PEQ : Roberge annonce que son ministère va évaluer « différents scénarios »

Par Thomas Laberge et Caroline Plante, La Presse Canadienne 1:27 PM - 11 février 2026
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Le ministre québécois de l'Immigration, Jean-François Roberge, répond aux questions de l'opposition à l'Assemblée nationale du Québec, le mardi 10 février 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Pris entre les candidats à la chefferie et son gouvernement, le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, cherche à gagner du temps en annonçant que son ministère va «évaluer différents scénarios» pour permettre une «période de transition» entre deux programmes d’immigration: le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). 

«J’ai bien entendu les critiques, essentiellement de gens qui s’inquiètent de la période de transition entre l’ancien programme, le PEQ, et le nouveau programme, le PSTQ», a-t-il affirmé dans une courte mêlée de presse mercredi à l’Assemblée nationale où il a dit chercher à «apaiser le climat social».

Mardi, la candidate à la chefferie caquiste, Christine Fréchette, a fait volte-face en annonçant qu’elle proposait de ramener le PEQ pour une durée de deux ans afin de donner une «clause grand-père» aux immigrants qui étaient présents sur le territoire québécois au moment de sa fermeture. 

Elle se retrouve donc en contradiction avec son propre gouvernement. Rappelons que Jean-François Roberge – qui appuie Christine Fréchette dans la course – a mis fin au PEQ en novembre et refuse toujours d’accorder une clause de droit acquis. Il encourage les immigrants à se tourner vers le PSTQ pour obtenir leur résidence permanente. 

La décision du ministre ne cesse d’être décriée de toutes parts. La semaine dernière, il s’est engagé à ce que les dossiers de 6300 travailleurs étrangers du secteur de la santé soient traités en priorité dans le PSTQ. 

Selon M. Roberge, ce programme est «nettement supérieur» au PEQ. 

«C’est un programme économique. C’est un programme qui nous permet de régionaliser l’immigration, qui défend beaucoup mieux la langue française et qui sélectionne les gens directement sur le territoire. Donc c’est clair que le nouveau programme, c’est la voie d’avenir», a-t-il soutenu. 

Pourtant, le PSTQ reste inaccessible pour plusieurs immigrants qui sont déjà installés au Québec, a dénoncé Jeanne de Roover, une étudiante à la maîtrise de l’Université du Québec à Trois-Rivières d’origine belge qui s’est déplacée à l’Assemblée nationale mercredi afin d’interpeller le ministre.

«Actuellement, j’ai 504 points, ce qui n’est pas suffisant pour être sélectionnée», a-t-elle témoigné, en larmes.

«J’ai le sentiment qu’on nous voit comme des chiffres, comme des numéros. Pourtant, nous sommes des humains, des voisins, des collègues, des amis, des étudiants. Inviter des gens à bâtir leur futur au Québec, leur promettre un avenir, leur retirer cette chance une fois qu’ils ont tout sacrifié et qu’ils ont réussi à s’intégrer est un manque de considération.»

Même chose pour Tiffany Corti, une pâtissière qui habite Québec depuis 2023, qui n’a que 495 points. Son mari, qui travaille à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), en a 472. «Le Québec, c’était notre projet de vie. Inutile de vous dire qu’on ne sera jamais sélectionnés. On a un score ridiculement bas», s’est désolée Mme Corti lors d’un point de presse distinct.  

Elle était accompagnée de Calixte Andra, infirmière auxiliaire à l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, installée au Québec depuis 2022, qui a expliqué devoir quitter la province car son permis de travail vient à échéance. «Si j’avais eu le choix, je serais restée», a-t-elle dit.

Tous les témoignages entendus mercredi à l’Assemblée nationale accentuent la pression sur le ministre de l’Immigration. À son arrivée au parlement, Christine Fréchette a affirmé avoir des échanges réguliers avec son collègue Roberge. «Il était au courant que j’étais en réflexion. Je ne lui ai pas demandé d’endosser quoi que ce soit. Il fait sa route», a-t-elle dit mercredi. 

L’autre candidat dans la course, Bernard Drainville, s’est engagé à donner une clause grand-père aux travailleurs temporaires dans les secteurs prioritaires, comme la santé ou encore l’éducation, qui remplissent certains critères. 

Roberge plus isolé que jamais

«Jean-François Roberge est plus isolé que jamais», a déclaré en point de presse mercredi le député Guillaume Cliche-Rivard, de Québec solidaire.

«Envers et contre tous, contre les maires et mairesses du Québec, contre les syndicats, contre les chambres de commerce, contre le milieu collégial, contre le milieu universitaire, contre la mobilisation historique de la société civile, le ministre Roberge (…) avance tête baissée sur la question du PEQ.

«Maintenant que Mme Fréchette appuie ouvertement le retour du PEQ, qu’attend Jean-François Roberge pour mettre fin à la controverse? Cet entêtement est tout simplement inexplicable», a-t-il ajouté.

Le député libéral André Albert Morin abonde dans le même sens. «S’il faut attendre jusqu’au 12 avril (date de l’élection d’un nouveau chef de la Coalition avenir Québec), ça va en faire, des victimes du PEQ. Ça n’a pas de bon sens!»

D’ici là, la CAQ est-elle encore capable de mener les affaires de l’État? s’interroge de son côté le député du Parti québécois Joël Arseneau. «Jusqu’à quel point le Québec reste gouvernable?» a-t-il demandé.

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