L’écrivain Camille Bouchard, originaire de Forestville, fête ses 40 ans de carrière cette année. Il a toutefois fallu quelques détours avant d’aboutir au Camille Bouchard que l’on connaît, qui compte aujourd’hui une centaine de romans publiés et dont le désir d’écrire pour les adolescents est plus que jamais présent.
Le Journal a voulu savoir ce qui s’était passé exactement en 1986, date de publication du premier roman de l’auteur. Le jeune Camille Bouchard de 31 ans était-il tombé sur une dactylo par accident ? « C’est presque ça », commente-t-il avec bonne humeur.
C’est avec Les Griffes de l’empire que Camille Bouchard laisse sa première empreinte en maison d’édition, un roman de science-fiction qu’il avait écrit par plaisir.
« C’est un défi que je me suis donné à moment donné. J’avais commencé à lire des romans de science-fiction, et il y en avait plusieurs qui m’avaient déçu », raconte l’écrivain.
« Je m’étais dit “voyons donc, ça ne se peut pas que ce soit publié, je ne suis même pas écrivain et j’ai une histoire bien meilleure que celle-là”, et j’ai commencé à écrire pour le plaisir sans nécessairement en parler à personne », poursuit-il.
Pour le plaisir
Camille Bouchard continue d’écrire de la science-fiction et de la fantaisie toujours dans une optique de divertissement et, un bon jour, il reçoit un appel d’une maison d’édition.
La directrice littéraire lui demande tout bonnement s’il n’aurait pas un manuscrit qui traînerait quelque part. « Je me disais que je n’étais même pas un écrivain et voilà, les maisons d’édition me sollicitent. Je me sentais vraiment flatté », se rappelle M. Bouchard.
Il roule alors sa bosse et continue à écrire des nouvelles et des romans durant les années 1990.
« Ce que je trouvais bien, c’est qu’à Forestville à l’époque, on n’avait pas l’impression que par chez nous on pouvait se démarquer par les arts. Ça me rendait fier et c’était quelque chose de plaisant pour moi », rapporte-t-il.
Engagement
Également globe-trotteur à ses heures, Camille Bouchard prendra un tournant plus engagé dans sa façon de raconter vers la fin des années 1990.
En voyage en Asie du Sud-Est, M. Bouchard entre en contact avec les facettes les plus sombres du tourisme sexuel.
« En allant chez une famille que je parrainais en Thaïlande, on a commencé à me conter toutes les affaires croches qui étaient reliées à ça. Quelqu’un m’avait dit que je pouvais peut-être écrire là-dessus pour parler de la situation dont je suis témoin », se remémore-t-il.
C’est alors qu’il écrit son sixième roman mettant en scène une histoire qui se déroulait dans ce contexte.
« Je me rendais compte que la littérature, ça me convenait très bien, parce que ça me permettait de m’exprimer comme artiste, mais aussi comme être humain avec les choses qui me révoltent », se rappelle M. Bouchard.
Temps plein
C’est en 2003 que Camille Bouchard fait le grand saut : gagner sa vie avec sa plume.
« À l’époque, je travaillais pour Transport Forestville à Québec, et c’est là que j’ai décidé de laisser tomber tout ça. Toutes les planètes se sont bien alignées, et j’ai commencé à écrire à plein temps », relate M. Bouchard.
Il en convient, ce n’est pas toujours facile de faire sa marque dans la littérature et encore moins la littérature jeunesse.
« On peut soit espérer des romans qui se vendent énormément, ou faire comme moi et produire beaucoup dans une année », estime l’écrivain. « Je remercie la vie. On est 8 % des auteurs au pays qui peuvent vivre de la littérature », ajoute-t-il.
S’en est suivie une quarantaine de distinctions littéraires ici et en France, dont le prix du Gouverneur général du Canada en 2005.
L’écrivain, qui aura bientôt 71 ans, se fait discret pour son 118e roman qui paraîtra cette année. « Je ne parle jamais de mes romans qui ne sont pas sortis encore. Je garde ça pour moi », dit Camille Bouchard.