Les microréseaux électriques intelligents : du potentiel sur la Côte-Nord
Normand Beaudet, responsable à la mobilisation à la Fondation Rivières. Photo Emy-Jane Déry
Ressources naturelles Canada financera un projet de la Fondation Rivières et de la Coopérative d’électricité de Saint-Jean-Baptiste visant à explorer le potentiel des microréseaux électriques intelligents. L’objectif ? Favoriser un modèle de développement économique local au bénéfice des communautés sur la Côte-Nord et au Québec et contribuer à la décarbonation.
Soutenu par le Programme d’innovation énergétique de Ressources naturelles Canada (RNCan), ce projet vise notamment à analyser les « conditions législatives et réglementaires nécessaires pour déployer plus largement les microréseaux au Québec ».
Le projet s’appuie entre autres sur l’expertise de la Coopérative électricité de Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie.
« Nous voyons dans les microréseaux intelligents bien plus qu’une évolution technologique : c’est une étape clé de la transition énergétique. (…) Ce modèle collaboratif permet aussi d’engager nos membres dans une gestion plus responsable et efficace de leur consommation, renforçant ainsi notre autonomie collective en plaçant le citoyen au cœur de la transition », affirme Damien Tholomier, directeur général de la Coopérative.
La Coopérative, à l’instar de la Ville de Baie-Comeau et des 8 autres membres de l’Association des redistributeurs d’électricité du Québec (AREQ), jouit d’un droit exclusif de distribution d’électricité sur un territoire regroupant 16 villages.
« L’intérêt des microréseaux intelligents, c’est que ça permet une gestion de proximité et d’accommoder une diversité de sources de production », indique Normand Beaudet, responsable à la mobilisation à la Fondation Rivières.
Le potentiel de l’énergie solaire (couplée à un système de batteries) est particulièrement intéressant sur la Côte-Nord, évoque-t-il.
Selon lui, « une des raisons pour lesquelles les énergies alternatives ne se développent pas rapidement au Québec, c’est que la seule façon de rentabiliser, pour Hydro-Québec avec son gros réseau, c’est de dépenser énormément d’argent en infrastructure d’équilibrage, parce que l’énergie (qui provient des sources alternatives) est intermittente ».
Et c’est ici que les microréseaux apparaissent comme une solution.
« Le microréseau est îloté, il est capable de gérer la multidirectionnalité et les variations en temps réel. Il est conçu pour accommoder une diversité de sources de production. Il est intelligent parce que toute la gestion d’aiguillage d’énergie est multidirectionnelle. Il est capable de gérer des échanges de petits producteurs à petits consommateurs, en temps réel », explique-t-il, évoquant le « laboratoire de Lac-Mégantic. »
Cette municipalité, éprouvée par un tragique déraillement de train en 2013, a accueilli « le premier microréseau électrique du Québec, construit à l’échelle d’un quartier et inauguré en 2021. (…) Cette installation produit de l’énergie propre et renouvelable localement pour répondre aux besoins de la collectivité », peut-on lire sur le site d’Hydro-Québec.

La démarche en cours permettra d’explorer le potentiel des microréseaux ailleurs sur le territoire.
« On dit aux gens de l’Association des redistributeurs d’électricité du Québec (AREQ), qu’ils devraient commencer à revendiquer des microréseaux intelligents dans chacun des services de redistribution municipale pour atteindre un niveau d’autonomie beaucoup plus grand, être capables d’accommoder une diversité de source de production, être moins dépendants des achats à Hydro-Québec et sécuriser leur réseau », renchérit Normand Beaudet.
Développer la résilience
Pour Noël Fagoaga, chercheur à l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC), « les microréseaux peuvent devenir des outils capables de répondre aux besoins de communautés qui souhaitent opérationnaliser la transition et développer la résilience de leur territoire. »
Ultimement, cette façon de faire permettrait d’éviter l’harnachement de nouvelles rivières.
« Selon toute vraisemblance et probabilité, s’il y a de nouveaux projets énergétiques, ce sera des projets énergétiques de promoteurs privés au fil de l’eau sur les rivières de la Côte-Nord qui ont la puissance pour générer de l’électricité. Tous les indicateurs pointent dans cette direction. Au niveau énergétique, est-ce que c’est plus logique de continuer dans cette direction-là ou de dire “pensons autrement nos réseaux, nos façons de faire et de produire de l’électricité ?” », questionne M. Beaudet.
Le projet est financé à la hauteur de 650 000 $ sur 3 ans par Ressources naturelles Canada par l’entremise du Programme d’innovation énergétique — appel de propositions sur le renforcement des capacités en innovation réglementaire.
Qu’est-ce qu’un microréseau électrique intelligent ?*
« Les microréseaux électriques intelligents désignent un ensemble d’outils technologiques assurant une gestion optimisée d’un réseau électrique à l’échelle d’une communauté, d’une municipalité ou même d’une région. On les dit “intelligents” parce qu’ils mettent à profit des solutions numériques permettant d’équilibrer la production et la consommation en temps réel. Ces technologies de communication et de contrôle optimisent la consommation (notamment lors de la pointe), réduisent les pertes d’énergie en déployant une production locale plus proche des centres de consommation et permettent d’intégrer diverses sources d’énergie renouvelable de façon optimale. »
*Source : Fondation Rivières