Baie-Comeau : un gros chantier de modernisation s’en vient à la centrale McCormick

Par Charlotte Paquet 6:00 AM - 24 février 2026
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Jean Poirier est surintendant de la Société en commandite hydroélectrique Manicouagan. Il pose dans la centrale McCormick qui compte sept groupes turbine-alternateur. Photo Charlotte Paquet

Après les annonces des dernières années par Hydro-Québec pour la modernisation de ses centrales Outardes-2 et Manic-3, au tour de la Société en commandite hydroélectrique Manicouagan (SCHM) de confirmer un projet majeur d’amélioration de ses installations à la centrale McCormick à Baie-Comeau, en l’occurrence le remplacement de deux de ses sept groupes turbine-alternateur.

La SCHM, faut-il le préciser, est propriété d’Hydro-Québec à 60 % et d’Alcoa à 40 % depuis 2009, soit depuis que les propriétaires de l’ancienne papetière, à l’époque AbitibiBowater, ont vendu leur participation dans l’ouvrage à la société d’État.

Autorisé par le conseil d’administration de la SCHM en janvier, le projet de modernisation de la centrale, située sur la rivière Manicouagan, permettra de faire passer la puissance installée de ses 375 mégawatts (MW) actuels à 420 mégawatts (MW) vers la fin de 2030. 

Surintendant à la SCHM, Jean Poirier préfère ne pas dévoiler le montant de l’investissement parce que, dit-il, « on n’est pas une société publique et on ne voit pas l’intérêt à diffuser cette information-là ».

Le remplacement des groupes turbine-alternateur 6 et 7 vise à assurer la fiabilité des systèmes liés à la production. Mis en service en 1964, ces deux groupes sont aujourd’hui arrivés en fin de vie.

« Les deux groupes les plus jeunes, mais qui n’ont jamais eu de rénovation, les 6 et 7, c’est eux qu’on remplace. On pourrait seulement les remplacer avec la même puissance actuelle, mais on en profite vu que la technologie a avancé depuis les années 60 et qu’on est capable de produire plus avec ces deux groupes-là », explique M. Poirier.

Les groupes 1 et 2 avaient été mis en service en 1951 et 1952, tandis  et les groupes 3, 4 et 5 vers la fin des années 50. Ils n’ont jamais été remplacés au complet, mais ils ont fait l’objet de réfection au fil des ans.

À droite, on a une vue sur l’extérieur de la centrale McCormick et à gauche, sur un poste électrique. Photo Charlotte Paquet

Travaux et échéancier

Les premiers appels d’offres du projet seront lancés bientôt en vue de travaux qui s’amorceront dès l’été 2026.

Le chantier commencera avec l’aménagement d’une aire pour les entrepreneurs, destinée à l’installation de leurs roulottes et autres équipements, et d’un nouveau stationnement pour leurs employés, dont le nombre atteindra le cap de 80 au plus fort des travaux en 2029 et 2030.

Il est aussi question de la construction d’un accès à la centrale par le toit pour les travailleurs. « Pour limiter les transports et les pertes de temps, on va leur faire un accès directement sur le toit de la centrale. Donc, on va percer le toit de la centrale et on va installer des escaliers pour leur permettre de descendre faire leurs travaux », précise M. Poirier, en invitant les entrepreneurs régionaux à participer aux appels d’offres pour ces étapes préparatoires au gros du chantier.

Plus tard, le pont roulant de la centrale sera remplacé tandis qu’un nouvel entrepôt chauffé et une aire d’entreposage extérieure seront construits. Une vieille structure de béton, située tout près de l’entrée du bâtiment administratif et utilisée lors des débuts de la construction de la centrale, sera aussi démolie.

Enfin, vers la fin de 2028, le turbinier, soit l’entrepreneur responsable du remplacement des deux groupes turbine-alternateur, mobilisera son chantier et effectuera le prémontage du premier groupe à l’intérieur de la centrale.

Le remplacement des groupes 6 et 7 nécessitera un arrêt de production d’une durée de 10 mois pour chacun d’eux. « Pour 2029, on arrête notre premier groupe, on démantèle le vieux groupe puis il (le turbinier) va installer son nouveau groupe. À l’automne 2029, il va faire le prémontage de son deuxième groupe. Il va nous l’installer en 2030 », note le surintendant.

La fin du chantier est prévue dans la première moitié de l’année 2031.

Cette vieille structure de béton, utilisée lors de la construction de la centrale McCormick, sera démantelée dans les débuts du chantier, qui s’étendra jusqu’en 2031. Photo Charlotte Paquet

Une centrale méconnue, mais pourtant…

La centrale McCormick et son barrage situés à l’embouchure de la rivière Manicouagan demeurent méconnus à Baie-Comeau et dans les environs, malgré leurs trois quarts de siècle d’existence.

“ Les gens croient qu’on appartient à la Ville de Baie-Comeau. J’entends souvent ça, mais je ne sais pas d’où ça vient ”, admet Jean Poirier, surintendant de la Société en commandite hydroélectrique Manicouagan (SCHM).

Selon lui, le fait que la centrale et son barrage, accessibles tout juste à l’ouest du pont Émile-Laurence, ne soient pas visibles à partir de la route 138 pourrait expliquer une partie de cette méconnaissance.

Pourtant, avec sa puissance installée actuelle de 375 mégawatts, la centrale McCormick demeure un joueur important sur l’échiquier de la production hydroélectrique dans la Manicouagan. Elle alimente l’aluminerie Alcoa, propriétaire à 40 % des installations, la céréalière Cargill, les installations de Norderra (l’ancienne papetière) et le poste Bégin.

À partir du poste Bégin, ce sont tous les clients du secteur Marquette qui sont desservis. “ Ce qui n’est pas livré à Alcoa est tout livré à Hydro-Québec via le poste Hauterive. On embarque sur le réseau d’Hydro-Québec ”, fait remarquer le surintendant.

En plus d’être propriétaire de la centrale McCormick et du barrage du même nom, la SCHM possède l’évacuateur de crue, les postes de 69 et 161 kilovolts et les lignes qui y sont associées.

Dix-neuf personnes sont à l’emploi de la SCHM. Ce sont des électriciens, des mécaniciens et des opérateurs. Un poste doit s’ajouter avec le futur chantier.

Une vingtaine d’employés travaillent à la centrale McCormick, soit des électriciens, des mécaniciens et des opérateurs. On aperçoit ici un opérateur dans la salle de contrôle. Photo Charlotte Paquet

Des rappels historiques

L’histoire de la centrale McCormick et celle de l’ancienne papetière de Baie-Comeau sont intimement reliées. 

À l’époque de la mise en service d’une première machine à papier à l’usine en 1938, son propriétaire et fondateur de la ville de Baie-Comeau, le colonel Robert Rutherford McCormick, avait déjà fait construire au début des années 1930 la centrale Outardes-1, la première source d’énergie destinée à son usine et la nouvelle localité.

Puis, un peu plus d’une dizaine d’années plus tard, le potentiel hydroélectrique de la rivière Manicouagan apparaît sur le radar du colonel et des dirigeants de la Quebec North Shore Paper de l’époque. En 1949, la Manicouagan Power Company voit le jour.  Elle deviendra plus tard la Compagnie hydroélectrique Manicouagan. 

Les travaux de construction d’un nouveau barrage et d’une centrale à deux turbines sont lancés. Les installations seront inaugurées en 1951.

Plus tard dans les années 50, la Canadian British Aluminum, aujourd’hui Alcoa, s’installe à Baie-Comeau et devient partenaire à 40 % de la Compagnie hydroélectrique Manicouagan. Trois groupes turbine-alternateur sont ainsi ajoutés à la centrale pour répondre à ses besoins. En 1964, le nombre de groupes passe à 7. 

En 2009, la Société en commandite hydroélectrique Manicouagan voit le jour à la suite de la vente par AbitibiBowater, alors propriétaire de la papetière, à Hydro-Québec de sa participation de 60 %.

Cette plaque commémorative en l’honneur du colonel Robert Rutherford McCormick est apposée à l’entrée du bâtiment administratif de la centrale. Photo Charlotte Paquet

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