Essipit : la radio CHME se relève après la tempête

Par Johannie Gaudreault 7:00 AM - 24 février 2026
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L'équipe de la radio CHME est composée de l'animateur Stéfane Guignard, du journaliste Maxime Jodoin, de l'animatrice Audrey Arseneault et de la directrice par intérim Marie-Eve Bouchard. Photo Johannie Gaudreault

Après avoir frôlé la fermeture en décembre, la radio CHME d’Essipit reprend les ondes avec une programmation repensée et une équipe resserrée.

Portée par la mobilisation de la Haute-Côte-Nord et soutenue par le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit, la station mise sur un repositionnement stratégique pour assurer sa pérennité.

La radio CHME, à Essipit, a évité de justesse la fermeture annoncée le 12 décembre. La mobilisation citoyenne observée partout sur la Haute-Côte-Nord a joué un rôle déterminant dans ce revirement de situation.

Dans la foulée, le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit a pris en charge la relance et nommé Marie-Eve Bouchard, conseillère en développement économique, à titre de directrice par intérim.

Plutôt que de reprendre la programmation telle quelle, l’équipe a choisi de marquer une pause stratégique du 9 au 13 février. « On ne pouvait pas simplement dire : finalement, on est encore là », explique l’animatrice de l’émission Premier Café, Audrey Arseneault.

Après un mois à entendre que la station allait fermer, la réouverture nécessitait, selon elle, un véritable temps d’arrêt pour revoir les façons de faire.

Cette semaine de « lac-à-l’épaule » a permis de redéfinir les auditoires cibles en fonction des moments de la journée, de restructurer les blocs stratégiques et d’effectuer un important ménage musical.

Des milliers de chansons ont été retirées des listes internes afin d’adapter davantage la programmation aux habitudes d’écoute locales. « On ne peut pas plaire à tout le monde, mais on peut mieux choisir quand et comment on diffuse certains styles », soutient la directrice intérimaire.

Le matin est davantage axé sur l’actualité et le rythme, tandis que l’avant-midi adopte un ton plus posé. L’émission d’affaires publiques a été condensée en une heure, avec un accent accru sur les entrevues en direct, afin de gagner en efficacité et en dynamisme.

C’est ici que les animateurs et que le journaliste enregistrent leurs émissions. Photo Johannie Gaudreault

Le journaliste Maxime Jodoin voit déjà des effets bénéfiques alors que la nouvelle programmation a été lancée le 16 février. « C’est le fun et en même temps, ça amène une belle dynamique. On le sent. Il y a quelque chose de transformé comparativement à ce qu’on vivait avant », exprime-t-il.

La station a aussi bonifié son offre de chroniques, en multipliant les interventions d’acteurs du milieu dans des domaines variés comme l’environnement, l’alimentation, la justice de proximité, le leadership, le sport ou encore l’actualité internationale.

« CHME, ce n’est pas une radio comme les autres. C’est une radio de proximité, au cœur de la Haute-Côte-Nord. Il faut que ça se sente », insiste Marie-Eve Bouchard.

Le segment musical du midi propose pour sa part un concept par décennies, permettant aux auditeurs de naviguer entre les années 80, 90, 2000 et 2010, dans une formule empreinte de nostalgie. La musique autochtone demeure bien présente, intégrée aux blocs réguliers en plus des plages identifiées.

Au-delà de la grille horaire, la relance s’est aussi jouée à l’interne. L’équipe, qui fonctionnait depuis deux ans sans direction générale, a profité de cette pause pour revoir ses rôles et renforcer la cohésion.

Une activité de co-développement symbolique a servi à « retisser les liens » et à clarifier la vision commune. « On travaillait ensemble, mais on ne construisait pas ensemble. Là, on a recréé une équipe », résume Audrey Arseneault.

Sur le plan administratif, des défis demeurent. Deux postes doivent être comblés, soit ceux de la direction générale permanente et de la secrétaire-comptable. La gouvernance de l’organisation devra également être clarifiée au cours des prochaines semaines.

À cela s’ajoute un enjeu structurel : comme plusieurs radios communautaires, CHME ne dispose pas de données d’auditoire officielles, ce qui complique l’évaluation de la portée réelle et la vente publicitaire.

La directrice par intérim souhaite d’ailleurs entreprendre, dès la mi-mars, une tournée des municipalités, entreprises et organismes de la Haute-Côte-Nord afin de renforcer les liens et encourager un meilleur partage d’information. « On veut propulser la région, mais il faut que la région nous alimente aussi », souligne-t-elle.

La mobilisation de décembre a laissé une impression durable. Même des citoyens qui n’écoutaient pas régulièrement la station ont exprimé leur attachement à sa présence. Pour l’équipe, ce soutien représente une fenêtre d’opportunité. 

« C’est un coup dur qui nous oblige à nous repositionner. Mais c’est aussi une occasion de repartir sur de nouvelles bases », conclut Mme Bouchard, fière du chemin accompli jusqu’à maintenant.

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