Après un an d’efforts pour se reconstruire, Jade (nom fictif)* a réussi, à l’âge de 16 ans, à tourner le dos à la drogue. Elle s’est retrouvée au centre jeunesse de Baie-Comeau à un moment où plus rien n’allait pour elle. Aujourd’hui, elle regarde son parcours avec fierté et pose un regard positif pour la suite.
Jade est au centre jeunesse depuis environ un an. Elle y est entrée après avoir rechuté et s’être tournée à nouveau vers la drogue et les personnes l’entraînant vers les mauvaises habitudes. Elle a été rencontrée par Le Manic lors du dévoilement du projet de l’appartement Le Passage le 20 février.
Le centre jeunesse a été une étape cruciale dans le parcours de Jade. C’est comme ça qu’elle est arrivée à poser un tout nouveau regard sur sa consommation.
« Je suis contente d’être rentrée ici, parce que je me regarde aujourd’hui et je ne serais pas rendue où je suis rendue, si je n’étais pas passée par cette étape. Je serais encore dans les mêmes patterns », dévoile-t-elle.
C’est avec force qu’elle arrive aujourd’hui à porter ces réflexions sur elle-même. « C’est une expérience de vie qui m’a fait apprendre », lance-t-elle. Elle en parle comme une expérience difficile, mais nécessaire, pour réaliser ce qui était important. « Ça m’a fait apprendre et réaliser des choses que, dans le temps, je n’aurais jamais vu ça comme ça. »
« Sauf que ce n’est pas toujours facile. Dans les premières journées, tu es en détresse, en panique. Tu ne veux pas rentrer là, tu veux t’en aller », poursuit Jade.
Le centre jeunesse vient avec un cadre et de nombreux règlements à ne pas prendre à la légère, comme les déplacements, les appels ou l’interdiction pour la consommation.
« Au début, je voulais juste partir. J’étais en détresse et si j’étais ressortie après un mois, je serais retombée », lâche-t-elle.
Mauvaise influence
Tout a commencé quelques années auparavant, lorsque la jeune adolescente a rencontré certaines personnes qui l’ont fait plonger dans cet environnement.
« J’ai connu un gars plus âgé que moi qui consommait. Dans ce temps-là, on fumait du pot. C’est quand on a croisé un gars d’environ 30 ans dans un bloc-appartements que ça a dérapé », confie la Baie-Comoise.
« Un soir, j’étais dans un bloc-appartements et il y avait une fille en détresse. Je lui disais que si elle avait besoin de parler, j’étais là pour elle. Elle s’est confiée à moi. Depuis ce temps-là, on a commencé à se parler, j’allais chez elle. Mais, elle connaissait le gars de 30 ans. Ce qui fait que j’ai continué à consommer avec eux », poursuit-elle.
Elle passait ses journées avec eux ou ne pensait qu’à être avec eux pour consommer. Toujours. Cette envie occupait toutes ses pensées.
Se perdre
Dépression, médication, intimidation ; plusieurs facteurs ont été chaotiques sur sa route. « J’ai perdu des amis et c’est ça qui m’a amené à me rapprocher de personnes plus vieilles que moi. En fait, je n’avais plus personne », soutient-elle.
Rapidement, sans que Jade s’en rende compte, la drogue avait « pris le dessus » et l’avait emportée dans une spirale. Elle a presque tout essayé pour aller toujours plus loin.
Sur le moment, elle n’a pas vu qu’elle dérapait. « Je ne le voyais pas vraiment à ce moment-là. Je me méfiais, mais n’importe quand j’aurais pu dérailler », dit-elle.
« Je le vois aujourd’hui, je me suis vraiment perdue au travers de la drogue », partage l’adolescente avec honnêteté.
La motivation pour ne pas tout perdre
Jade démontre une résilience en discutant de son parcours. Malgré tous les souvenirs plus difficiles à partager, elle parle aussi avec positivisme.
Ayant toute la vie devant elle, la jeune fille de 16 ans est retournée à l’école et s’est fixé des objectifs de carrière. « Ça se passe super bien, je suis motivée, dit-elle. Je suis à l’école, je continue mon secondaire. Je veux aller chercher mon secondaire 4 au minimum pour les DEP. J’aimerais devenir pompière ! »
Elle parle avec détermination. La détermination de ne pas retomber dans cette consommation. « En ce moment, je me dis : j’ai réussi et faut pas que je lâche. Si je lâche, je perds tout. Est-ce que je vais réussir à encore remonter la pente ? Ça a été tellement dur de la monter déjà. »
Elle lance, dans toute sa sincérité, voir la consommation de drogue de manière totalement différente maintenant. « Il y a un an, tu m’aurais mis de la consommation devant moi et tu m’aurais donné le choix d’en prendre ou non, j’en aurais pris. J’aurais pas hésité. Mais aujourd’hui, tu en mets devant moi et je dis : non. »
« Ça ne sert à rien d’en prendre. Si j’en prends pour un moment de plaisir, les autres journées, ça sera l’enfer et je vais vouloir recommencer et ça va être encore pire. Je ne vais pas briser un an d’efforts pour même pas deux heures de fun. »
Fière d’elle-même
Jade se dit fière du parcours difficile qu’elle a surmonté. « Je suis fière du travail que j’ai fait sur moi-même. J’aurais pu finir dans la rue. Avec le temps, je vois que je m’améliore. Je vois que ma sortie du centre jeunesse s’en vient. Il y a six mois, ils ne me laissaient pas sortir », dit-elle.
Pour l’aider, elle peut compter sur son intervenante au Programme qualification des jeunes (PQJ), mais aussi son intervenante en toxicomanie, sa psychologue et plusieurs autres ressources là pour l’écouter et la guider.
« Ça aide beaucoup. Ils sont là pour m’aider à aller de l’avant. Je reçois de l’encouragement pour m’aider à continuer, à me faire comprendre que je suis capable. C’est du monde pour m’encourager, m’aider et surtout m’écouter », se réjouit-elle.
Jade devrait bientôt quitter le centre jeunesse. Deux options vont s’offrir à elle. Elle saura bientôt si son parcours l’emmènera en famille d’accueil ou à son domicile. « Je suis contente de sortir du pavillon et j’espère aller chez moi », partage-t-elle.
Par la suite, dans moins de deux ans, peut-être que l’appartement de transition sera une bonne option pour elle si elle le désire.
Ne pas faire confiance
« Il ne faut pas faire confiance à n’importe qui » : c’est le message que lance Jade aux jeunes.
Elle met en garde les jeunes de 13 ou 14 ans qui, comme elle, peuvent se faire approcher par des personnes plus vieilles. Elle souhaite aussi avertir que la consommation « ne vaut pas vraiment la peine » pour un petit moment qui semble être de bonheur.
« Tu penses que tu ne deviendras pas accro, mais tu ne le sais pas. Peut-être que tu vas trouver que la première fois, ce n’est pas grand-chose et tu vas vouloir réessayer. C’est là que la dépendance commence », mentionne celle qui tenait à raconter son histoire.
* L’anonymat de l’adolescente doit être conservé puisqu’elle est mineure.