L’annonce de la fin du programme de transport médical préhospitalier par hélicoptère d’Airmedic suscite des questions dans des secteurs éloignés de la Côte-Nord. Les explications avancées par le gouvernement et par l’entreprise diffèrent quant aux raisons ayant mené à cet arrêt.
Afin de mieux comprendre les impacts de cette décision et l’état de la couverture actuelle, le Journal a sollicité des précisions auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ainsi que de l’entreprise.
Selon le ministère, il n’existe actuellement aucun service public de transport héliporté préhospitalier au Québec. « Airmedic est un transporteur privé », précise le MSSS par courriel. « Les services héliportés offerts par l’entreprise n’ont jamais fait partie de l’offre de services préhospitaliers publics. »
Les interventions réalisées par Airmedic relevaient plutôt d’une offre privée basée sur la vente d’abonnements destinés à assurer des évacuations d’urgence dans des secteurs éloignés.
Un nouveau service
Le ministère souligne ensuite qu’un contrat a récemment été accordé à l’entreprise Summit Helicopters afin de développer un nouveau service de transport médical héliporté.
Ce projet vise à améliorer les transferts interhospitaliers entre établissements de santé et s’inscrit dans la Politique et le Plan d’action 2023-2028 sur le système préhospitalier d’urgence. « Le projet étant à ses débuts, le MSSS analysera attentivement ses retombées afin de déterminer les prochaines étapes », indique le ministère.
Québec précise également que la décision de mettre fin au programme héliporté d’Airmedic appartient à l’entreprise, qui opérait ce service à titre de prestataire privé.
Une décision liée au contrat
De son côté, Airmedic soutient que la décision gouvernementale a directement influencé la viabilité de son programme. « Airmedic a toujours milité pour une intégration au système préhospitalier public », explique Raphaele Bourgault, gestionnaire au développement des affaires et communications stratégiques.
« Le programme de transport médical héliporté représentait la seule solution viable pour intégrer le préhospitalier au système québécois et permettre la pérennité du programme d’évacuation médicale d’urgence héliportée dans les régions éloignées du Québec. »
Selon elle, l’octroi du contrat à une entreprise basée en Colombie-Britannique a fermé cette possibilité. « Cette décision gouvernementale entraîne des perturbations significatives et compromet le maintien d’une flotte d’hélicoptères ainsi que d’une main-d’œuvre hautement spécialisée nécessaire pour offrir ce service. »
L’entreprise anticipe ainsi qu’elle ne sera plus en mesure de maintenir, à moyen terme, ses services de transport médical préhospitalier par hélicoptère.
Des services maintenus aux abonnés
Pour les membres qui détenaient un abonnement auprès d’Airmedic, certains services continueront d’être offerts jusqu’à l’échéance de leur protection.
L’entreprise maintiendra sa centrale de coordination d’urgence, qui comprend la prise d’appel, l’évaluation de la situation et le déploiement de ressources appropriées. Selon le contexte, Airmedic pourra aussi envoyer un avion médicalisé de sa flotte ou mobiliser d’autres organisations, comme les services ambulanciers terrestres, la Sûreté du Québec ou les Forces armées canadiennes.
Une fois leur abonnement expiré ou résilié, les anciens membres devront toutefois se tourner vers un autre fournisseur privé ou composer le 911 en cas d’urgence.
Opérations aériennes en place
Malgré la fin du transport d’urgence par hélicoptère, Airmedic affirme maintenir certaines activités dans la région. L’entreprise continuera d’offrir des transports médicaux par avion Pilatus PC-12 et maintient notamment sa présence à La Romaine (Unamen Shipu) afin de desservir les communautés et les centres hospitaliers de la Côte-Nord.
« Même si le transport d’urgence par hélicoptère cesse, la mission d’Airmedic ne s’arrête pas et nous continuerons de servir les patients, les communautés et les centres de santé », dit Mme Bourgault.
Rappelons que la Côte-Nord demeure l’une des plus vastes régions du Québec. Elle s’étend sur plus de 1 300 kilomètres entre Tadoussac et Blanc-Sablon et couvre près de 240 000 km², ce qui représente des distances importantes entre certaines communautés et les centres hospitaliers.
Alors que le nouveau service héliporté annoncé par Québec est encore en développement, plusieurs acteurs du milieu du plein air et de la gestion de territoires isolés suivront de près sa capacité à répondre aux réalités de la Côte-Nord.