Un rapport fédéral propose des changements majeurs au régime d’assurance-emploi pour mieux soutenir les travailleurs saisonniers, un enjeu crucial pour la Côte-Nord et d’autres régions à forte saisonnalité.
Le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées a publié un rapport le 10 mars sur le travail saisonnier et l’assurance-emploi au Canada, après avoir entendu des témoins, dont Line Sirois, directrice d’Action-Chômage Côte-Nord.
Le document met en lumière les difficultés persistantes des travailleurs saisonniers, qui représentent jusqu’à un quart de la main-d’œuvre dans certaines régions nord-côtières et qui assurent la vitalité économique de secteurs clés comme la pêche, la foresterie, l’agriculture et le tourisme.
Ces travailleurs épuisent souvent leurs prestations avant la fin de la saison morte, créant un « trou noir » pouvant atteindre 18 semaines. Le rapport souligne que le système actuel, fondé sur des normes d’admissibilité et des régions économiques mal adaptées, ne reflète pas la réalité saisonnière et aggrave l’instabilité financière des familles.
Pour remédier à ces lacunes, le comité recommande « une réforme en profondeur du régime d’assurance-emploi afin de l’adapter aux réalités actuelles du marché du travail, notamment celles des régions et des industries à forte composante saisonnière ».
Il préconise notamment de réduire le seuil d’heures requis pour être admissible aux prestations, d’instaurer un calcul uniforme indépendant du taux de chômage régional, et de mentionner clairement la mise à pied saisonnière sur le relevé d’emploi afin de faciliter l’accès à l’assurance-emploi.
La durée des prestations devrait être prolongée pour couvrir la totalité de la saison morte, avec une hausse du taux de prestations et un plancher garanti pour les saisonniers. Le rapport suggère également d’encourager le travail hors saison et d’investir dans la formation spécialisée pour maintenir les compétences et la stabilité de l’emploi régional.
Action-Chômage Côte-Nord accueille ces recommandations avec optimisme. « Nous accueillons avec plaisir les recommandations de ce document », dit l’organisme qui a reçu le rapport le 17 mars.
Le document de 50 pages souligne aussi les enjeux environnementaux et démographiques, rappelant que les changements climatiques et les événements extrêmes perturbent les industries saisonnières et compliquent l’obtention des heures ouvrant droit aux prestations.
Sans adaptation du régime, la précarité risque de pousser les travailleurs à quitter les régions rurales, menaçant la stabilité économique et sociale. Notons que le comité a transmis ses recommandations à la Chambre des communes du Canada et que le rapport a été présenté aux élus le 10 mars.
Les Conservateurs s’opposent
Les Conservateurs ont quant à eux déjà prononcé une opinion dissidente quant à la réforme proposée par le Comité. Même s’ils reconnaissent que « les industries saisonnières sont vitales pour de nombreuses régions du pays », ils se disent « en désaccord avec ce rapport ».
Selon eux, « il ne tient pas compte des coûts associés aux changements proposés et de leur incidence négative sur l’emploi ». Le parti politique croit qu’en l’absence d’autres réformes, les nouvelles propositions devraient être financées par une hausse des charges sociales.
« Une telle hausse, surtout dans un contexte de chômage élevé, entraînerait davantage de pertes d’emplois, en particulier dans les petites entreprises et les entreprises saisonnières qui fonctionnent déjà avec des marges serrées », peut-on lire dans le document.
À lire aussi :
Mobilisation sur la 138 : des citoyens dénoncent le « trou noir » de l’assurance-emploi