CHRONIQUE | L’usine de la relance économique
Devant la tiédeur du gouvernement du Québec pour le financement et le silence d'Hydro-Québec pour l'attribution d'un bloc énergétique de 100 mégawatts, Northern Graphite s'est tourné vers l'Arabie saoudite où elle compte investir 200 millions de dollars pour une installation à Yanbu. Photo archives
Il y aura bientôt un an, je signais un billet concernant le développement économique de Baie-Comeau. Deux projets, la construction d’une usine de fabrication de matériaux d’anodes pour des batteries au lithium-ion de Northern Graphite et celle de fabrication d’ammoniac vert de Hy2gen, permettaient d’espérer la possible création de 550 emplois permanents à Baie-Comeau.
Devant la tiédeur du gouvernement du Québec pour le financement et le silence d’Hydro-Québec pour l’attribution d’un bloc énergétique de 100 mégawatts, Northern Graphite s’est tourné vers l’Arabie saoudite où elle compte investir 200 millions de dollars pour une installation à Yanbu. Cette entreprise a décidé de reléguer à l’arrière-plan son projet d’usine à Baie-Comeau.
Pourtant, Northern Graphite avait franchi des pas importants, notamment en s’associant avec le groupe BMI et sa filiale Norderra, propriétaire de l’ancienne papetière de Baie-Comeau, pour localiser son usine à cet endroit. De plus, elle venait de vendre des actions pour financer l’étude de faisabilité concernant les aspects techniques et la viabilité de son projet d’usine.
Donc, en se tournant vers l’Arabie saoudite, Northern Graphite met de la pression sur le Gouvernement du Québec et notre fleuron national, mais, même si elle ne semble pas fermer totalement la porte, il y a fort à parier que le projet de Baie-Comeau est tombé à l’eau. En économie, comme dans la vie, on court rarement deux lièvres à la fois, sans risque de n’en attraper aucun.
Les choses sont nettement plus encourageantes avec Hy2gen. Dernièrement, les dirigeants de cette entreprise allemande ont tenu des soirées d’information tant à Pessamit qu’à Baie-Comeau dans le but de discuter des détails techniques et des procédés des usines qui seront construites à Baie-Comeau. Ils tentent également de rassurer la population sur les risques que comportent les produits qui seront utilisés dans la fabrication de l’ammoniac vert. Selon eux, il n’y a pas d’enjeux de sécurité, car ces produits roulent déjà sur les routes de la Côte-Nord.
Le projet semble évoluer positivement. L’entreprise a déjà obtenu un bloc énergétique de 307 mégawatts pour opérer une usine dont la construction coûtera plus de deux milliards de dollars, créera 1 000 emplois durant les travaux et 300 une fois qu’elle sera en fonction. Il y a un an, elle a déposé un avis de projet au ministère de l’Environnement et l’étude d’impact environnemental est en cours de réalisation. S’il le juge à propos, le BAPE tiendra des audiences publiques où la population et les environnementalistes pourront s’exprimer sur tous les aspects de ce projet.
Hy2gen construira deux usines à Baie-Comeau pour produire de l’ammoniac vert servant à réaliser du nitrate d’ammonium, lequel est utilisé dans la fabrication d’explosifs dont se sert l’industrie minière. La production finale sera acheminée directement à Fermont, mettant ainsi fin au camionnage du nitrate d’ammonium sur la route 138. Elle constitue une innovation industrielle unique au monde en termes de décarbonisation puisqu’elle utilise de l’eau brute au lieu du gaz naturel. Comme l’entreprise vise une production annuelle de 540 000 tonnes, elle serait en mesure d’approvisionner tout le Québec, mettant ainsi fin à sa dépendance américaine.
Si le projet d’Hy2gen voit le jour, il s’imposera comme le fer de lance de la relance économique et industrielle de Baie-Comeau. Actuellement, il y a d’importants acteurs économiques à l’œuvre comme le Port de Baie-Comeau et, en soutien technique, Innovation et Développement Manicouagan. Norderra fait aussi partie de l’équation dans le processus de relance économique de la Ville Étoile de la Côte-Nord. Dans l’air, flotte également un projet de gaz naturel liquéfié (GNL) soutenu par Marinvest Energy Canada. La Baie des Anglais, rebaptisée, la Baie des Énergies, semble à nouveau être très convoitée.
Le député de René-Lévesque vient d’amorcer une démarche de mobilisation dans la Manicouagan afin de positionner Baie-Comeau comme lieu tout indiqué pour l’implantation d’une base navale de la Marine royale canadienne. Celle-ci veut créer une base dans une région francophone du Canada. Or, Baie-Comeau figure parmi les possibilités soulevées, avec Rimouski, Québec et le Nouveau-Brunswick. Nous ne pouvons qu’espérer qu’Yves Montigny réussisse à regrouper autour de lui toutes nos forces vives pour que la Manicouagan redevienne la terre d’espérance qu’elle fut au temps des Colonels McCormick et autres visionnaires.
Et tout semble bien parti avec le feu vert donné par Québec à AquaBoréal pour l’implantation de son usine de production de saumon atlantique à Baie-Trinité. Une somme d’un demi-million de dollars lui est allouée pour accéder la mise en œuvre de son projet. Autre bonne nouvelle, la Scierie des Outardes, fermée depuis le 16 janvier, rappelle 126 travailleurs dès le 20 avril pour ses activités de sciage. Même s’il s’agit d’une reprise partielle, c’est un signe encourageant pour la population.
La bureaucratie québécoise dans toute sa splendeur!