Après 30 ans à façonner l’une des tables les plus réputées de Baie-Comeau, les fondateurs de La Cache d’Amélie passent le flambeau à un jeune couple déterminé à préserver l’âme du lieu tout en y insufflant une nouvelle énergie.
C’est une page importante de l’histoire gastronomique de Baie-Comeau qui se tourne et une autre qui s’écrit. À compter du 1er mai, Majorie Forest et Julien Lamarre deviendront officiellement copropriétaires de La Cache d’Amélie, succédant à Lynn Harvey et Glenn Forbes, qui ont bâti et fait prospérer le restaurant depuis 1995.
Pour les nouveaux propriétaires, l’acquisition est à la fois un projet entrepreneurial et un engagement envers leur milieu. « On voulait que ça reste », confie Majorie Forest. « On voulait avoir un projet ancré à Baie-Comeau », ajoute son conjoint.
Le couple, dans la trentaine, voyait depuis longtemps l’opportunité de se lancer en affaires, sans nécessairement viser la restauration. Mais ici, le contexte était différent. « C’est quelque chose qui roule déjà, qui a une belle clientèle. Ça nous a parlé », racontent-ils.
L’histoire entre les deux parties remonte à environ deux ans. Alors clients au restaurant, Majorie et Julien apprennent que les propriétaires songent à la retraite. De leur côté, Lynn Harvey et Glenn Forbes espéraient une relève qui assurerait la continuité.
« Dans notre inconscient, on aurait préféré que ça soit une continuité. Pour nos clients aussi », assure Mme Harvey, native de Baie-Comeau. L’idée de voir disparaître ce lieu emblématique au profit d’un autre usage comme « un dentiste ou une clinique de physiothérapie » ne les séduisait guère.
La connexion entre les deux couples s’est rapidement imposée comme une évidence. « Ils sont pleins d’énergie et super sympathiques. C’est le bonheur », se réjouit le chef cuisinier Glenn Forbes, qui cumule 50 ans d’expérience derrière les fourneaux.
Conscients de l’héritage qu’ils reprennent, les nouveaux propriétaires privilégient une transition en douceur. « Ils nous laissent un héritage et on veut y faire attention », insiste Majorie Forest. Le menu conservera ses classiques, tout en évoluant progressivement.
Le chef Édouard Bélanger, déjà en place, jouera un rôle central dans cette continuité renouvelée. « On est tombés en amour avec lui », affirme Julien Lamarre. « On avait la même vision de ce qu’on voulait faire. » Sa cuisine, tournée vers les produits locaux et les saisons, permettra d’insuffler une touche de créativité sans brusquer la clientèle fidèle.
Ainsi, si certains plats évolueront, l’expérience globale, soit la qualité du service, la constance et l’ambiance, demeurera intacte. « Le service et la qualité, c’est indéniable. Ça va toujours rester pareil. C’est important pour nous », souligne le nouvel entrepreneur.
Sans expérience directe en restauration, le couple mise sur une équipe solide pour assurer le succès de la transition. Une gérante expérimentée, Jade, a été recrutée, et plusieurs membres de l’équipe actuelle demeureront en poste, dont Annie Caron qui cumule 25 ans d’expérience au restaurant.
Le défi du recrutement, notamment pour un sommelier, figure déjà parmi les priorités. Mais la nouvelle copropriétaire, qui œuvre en recrutement chez Hydro-Québec, aborde cet enjeu avec confiance.

Un lieu, une âme
Au-delà de l’assiette, c’est aussi l’atmosphère unique de La Cache d’Amélie que les nouveaux propriétaires souhaitent préserver. « Dès notre arrivée, on s’est tout de suite sentis dans un endroit exceptionnel », citent-ils, reprenant les commentaires fréquents de la clientèle.
Pour Glenn Forbes, cette dimension est essentielle : « Ici, il y a une âme. Il faut qu’elle soit là. »
Installé dans l’ancien presbytère du quartier Saint-Amélie, le restaurant bénéficie d’un emplacement chargé d’histoire et d’un panorama prisé. Le nom lui-même, inspiré de l’histoire locale, fait partie intégrante de cette identité que personne ne souhaite altérer.

Une page qui se tourne
Pour Lynn Harvey et Glenn Forbes, la décision de vendre s’inscrit dans un désir de se rapprocher de leur famille, notamment de leur fille et de leur petit-enfant à Montréal. Après trois décennies de travail soutenu, l’heure est venue de ralentir.
« On est comblés par ces années-là. On n’est pas amers, ça s’est bien passé », affirme Mme Harvey en parlant des 30 ans d’opération du restaurant à Baie-Comeau. Leur plus grande satisfaction demeure la fidélité de leur clientèle et les moments partagés. « Les gens venaient ici pour célébrer, se gâter. On a été chanceux de les accompagner dans ces beaux moments », dit-elle.
Le passage du flambeau se fera sans transition formelle prolongée, mais dans un climat de confiance. Les nouveaux propriétaires reprendront les rênes dès le début mai, prêts à écrire la suite.
Pour Majorie Forest et Julien Lamarre, l’aventure s’inscrit aussi dans un projet de vie : le couple s’installera sur place avec leur petit bébé de quelques mois à peine, conciliant ainsi famille et entrepreneuriat. « On trouve que c’est deux projets qui se combinent bien », témoigne la nouvelle copropriétaire.
Portés par l’énergie de la relève et le respect du passé, ils entendent contribuer à faire rayonner cette table d’exception, dans une région où, comme le souligne Glenn Forbes, « des restaurants comme ici, il n’y en a pas tant que ça ».

Bravo aux nouveaux propriétaires.
Bonne retraite Lynn et Glenn et merci pour tout.