Crevettes fraîches de Sept-Îles dans les étalages : l’incertitude règne
Sept-Îles a le plus bas stock de crevettes nordiques du golfe Saint-Laurent. Photo Seafood Canada
À quelques jours du début de la nouvelle saison de crevette, prévue le 1er avril, les pêcheurs et les poissonneries sont plongés dans l’incertitude. Au moment d’écrire ses lignes, les quotas officiels n’ont pas encore été annoncés.
Les stocks de crevettes nordiques sont en déclin depuis quelques années dans le fleuve Saint-Laurent. La région de Sept-Îles n’est pas épargnée.
« Pendant plusieurs années, à Sept-Îles, on débarquait plus de 15 000 tonnes de crevettes. Puis là, dans les deux dernières années, on n’a pas dépassé 500 tonnes », dit Hugo Bourdages, biologiste à Pêches et Océans Canada et responsable de l’évaluation des stocks de crevette à l’Institut Maurice-Lamontagne.
Est-ce qu’on pourra retrouver des crevettes fraîchement pêchées dans les étalages des poissonneries septiliennes ? Rien de certain, selon Marco Lapierre, pêcheur de crabe et l’un de propriétaires de la poissonnerie Omer, sur l’avenue Brochu.
« On ne sait pas les prix, on ne sait pas les quotas, il n’y a rien de décidé, de tout ça encore », dit Marco Lapierre. « Nous autres, la petite poissonnerie qu’on a là, s’il n’y a pas de fournisseur de crevettes, je ne sais pas ce qu’on va faire avec ça. On va probablement juste pas faire de crevettes cette année, j’imagine », ajoute-t-il.
Selon lui, plusieurs pêcheurs ont abandonné la crevette pour se concentrer sur la pêche au homard. Pêcher la crevette serait devenu plus difficile vu la baisse du stock dans la région.
« Ah, la crevette, oui, c’est de l’ouvrage », lance M. Lapierre.
Peut-être après le homard
Le Septilien Martin Element est le capitaine du Mérou. Il pêche la crevette depuis au moins 25 ans. Malgré la possible annonce d’une augmentation des quotas de crevettes pour 2026, il reste prudent. Il n’envisage pas partir pêcher la crevette dès l’ouverture de la saison prévue le 1er avril.
« Je vais mettre mon bateau à l’eau le 1er avril, mais je n’irai pas à la pêche. (…) Mais après le homard, normalement, dépendamment du prix du carburant, parce que je te dirais que, là, au prix du carburant, c’est comme impensable d’aller à la pêche à la crevette. Je veux dire, je n’irai pas à la pêche rien que pour donner mon profit aux vendeurs de fuel », dit Martin Element.
En 2025, M. Element, était l’un des seuls crevettiers nord-côtiers à avoir tenté de pêcher la crevette en début de saison.
« Ça s’est avéré pas rentable. Il n’y avait pas de crevettes le printemps passé. Puis après deux semaines, j’ai arrêté ça là, parce que j’étais déficitaire », dit-il.
Pour le reste de la saison 2025, il a décidé de louer son quota à d’autres pêcheurs qui avaient envie de retourner tenter leur chance.
« Pas dans le banc de Sept-Îles, mais dans Anticosti et dans le banc de l’Estuaire, là, ça a été vraiment bon », explique Martin Element.
Pour sa part, il avait mis une croix sur sa saison de pêche aux crevettes. Or, lorsqu’il a vu que la pêche était bonne en milieu de saison, il a décidé d’investir sur son crevettier durant l’hiver pour être prêt pour la pêche 2026.
« Essayer d’en faire au moins une pêche complémentaire, vu que j’ai le bateau, j’ai les permis. J’ai comme pas le choix d’essayer de continuer un petit peu avec ça. »
*Cet article a été publié avant la publication des quotas officiels jeudi par le ministère des Pêches et des océans.