La filière forestière réclame un virage urgent au gouvernement du Québec
Rémi Paquet, président de l'AETSQ, Stéphane Gagnon, président de la FQCF, Yanick Baillargeon, président de l'ACF, Benoit Lasalle, président de l'AQEF, Michel Vincent, président du CIFQ. Photo courtoisie
Des centaines de familles plongées dans l’incertitude, des milliers d’hectares laissés à l’abandon et une industrie sous pression : cinq acteurs majeurs de la forêt québécoise demandent au prochain gouvernement de faire de la filière une priorité absolue.
À l’heure où la filière forestière traverse une période critique, cinq organisations nationales unissent leur voix pour exiger un changement de cap rapide et structurant de la part du prochain gouvernement du Québec.
En conférence de presse le 30 mars, elles réclament l’élaboration d’une véritable vision d’avenir pour le secteur, estimant que les mesures actuelles, bien que nécessaires, demeurent insuffisantes pour assurer sa pérennité.
L’Alliance des communautés forestières, l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec (AETSQ), l’Association québécoise des entrepreneurs forestiers (AQEF), le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) et la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) ont interpellé les candidats à la chefferie de la CAQ ainsi que le gouvernement en place.
Leur objectif : obtenir des engagements clairs et rapides afin de permettre à l’ensemble de la filière de se restructurer, de demeurer compétitive et de traverser la crise actuelle.
Sur le terrain, les répercussions sont déjà bien concrètes. « Chaque jour, des centaines de familles vivent dans l’incertitude la plus totale. Elles ne savent plus comment subvenir à leurs besoins. Elles n’ont plus personne vers qui se tourner, parce que le système censé les protéger les a abandonnées », se désole le président de l’Alliance des communautés forestières, Yanick Baillargeon.
Au-delà des enjeux sociaux, les organisations pointent également des problématiques structurelles importantes. Le retard dans les travaux sylvicoles et la sous-finance chronique fragilisent l’état même des forêts québécoises.
« Au cours des dernières années, 143 000 hectares de plantation ont été laissés à l’abandon. Seulement pour l’année 2025, il manquait 52 M$ pour faire les travaux de base. En période d’incertitude, la population place son argent dans des valeurs refuges, telles que l’or. La forêt… c’est l’or vert du Québec », a affirmé le président de l’AETSQ, Rémy Paquet.
Les entrepreneurs forestiers, premier maillon de la chaîne d’approvisionnement, subissent quant à eux une pression croissante. Hausse des coûts d’exploitation et baisse des volumes de travail limitent leur capacité à investir et à assurer la relève.
« Ces entrepreneurs subissent une double pression : des coûts croissants (machinerie, entretien, carburant, assurances, financement) et une baisse des volumes de travail qui fragilise leur capacité à investir dans la modernisation de leurs équipements et activités. Il est urgent de reconnaître pleinement ces défis spécifiques par des mesures ciblées et un cadre durable », de dire le président de l’AQEF, Benoit Lasalle.
Du côté industriel, la compétitivité des entreprises québécoises demeure un enjeu central, notamment dans un contexte de litiges commerciaux.
« Nous nous adressons maintenant au prochain gouvernement du Québec afin qu’il fasse de la forêt une priorité absolue et qu’il dote le Québec d’un régime forestier moderne et propice au développement de toutes les parties. En tant que plus importante province forestière du Canada, le Québec doit offrir à ses entreprises un environnement d’affaires compétitif », a clamé le président du CIFQ, Michel Vincent.
Le réseau des coopératives forestières, présent dans plusieurs sphères d’activité, n’échappe pas non plus aux impacts de la crise. « La crise actuelle touche l’ensemble de nos coopératives, donc l’ensemble du secteur forestier », a fait valoir le président de la FQCF, Stéphane Gagnon.
« Au cours des trois dernières années pourtant marquées par une forte inflation, les entreprises sylvicoles qui œuvrent à la remise en production de la forêt ont dû composer avec une baisse de leur rémunération et voilà que le gouvernement nous annonce qu’il se dirige vers trois autres années de coupes », ajoute-t-il.
Les propriétaires forestiers regroupés du Québec partagent ces préoccupations, notamment en ce qui concerne le manque de prévisibilité dans la gestion des forêts publiques. Cette incertitude complique la planification des interventions sylvicoles et fragilise la confiance envers le régime actuel, disent-ils.
Dans ce contexte, l’ensemble des acteurs appelle à l’instauration rapide d’un régime forestier plus stable, cohérent et prévisible, condition jugée essentielle pour assurer l’avenir d’un secteur névralgique pour plusieurs régions, dont la Côte-Nord.
