Un appel qui a tout changé pour l’honorable David Héroux
Le nouveau juge de la Cour supérieure résident de Sept-Îles, David Héroux (troisième à partir de la gauche) est entouré de l'honorable Daniel Dumais, juge en chef associé de la Cour supérieure du Québec, de la juge en chef, l'honorable Marie-Anne Paquette, de sa conjointe, Me Anne-Marie Gauthier et de leurs enfants Elliot et Frédérique. Photo Sylvain Turcotte
La carrière du Septilien d’adoption David Héroux a pris un virage à 180 degrés le matin du 4 décembre dernier, lorsque le téléphone a sonné à 8 h 51. Au bout du fil, c’était l’honorable Sean Fraser, ministre de la Justice et procureur général du Canada. Il lui annonçait sa nomination comme juge puîné de la Cour supérieure du Québec pour les districts judiciaires de Mingan et de Baie-Comeau.
La candidature de Me David Héroux avait été confirmée la veille.
« Ce fut un grand honneur d’être nommé juge, mais aussi très déstabilisant d’apprendre que ma carrière d’avocat venait soudainement de prendre fin après 25 ans », a mentionné David Héroux, au sujet de cet appel du 4 décembre.
Le 10 décembre, ce fut son assermentation à Québec, moment qu’il a trouvé « assez ébranlant », se retrouvant alors parmi plusieurs juges devant lesquels il a eu à plaider pendant sa carrière et « pour qui j’ai toujours eu beaucoup d’estime ».
Le natif de Québec, qui a grandi à Saint-Marc-des-Carrières, est le premier juge de la Cour supérieure du Québec résident à Sept-Îles.
Fait cocasse, lors de la cérémonie de présentation au palais de justice de Sept-Îles le 8 avril, David Héroux a eu le réflexe de vouloir se lever pour son allocution, ce qu’il devait faire lorsqu’il s’adressait à la magistrature comme avocat.
Près de 75 personnes étaient présentes à la cérémonie la semaine dernière, notamment des avocats et juges (Cour du Québec et Cour supérieure), des membres du barreau de la Côte-Nord, son parrain juge Serge Francoeur en Teams, les chefs Jonathan Shetush St-Onge (ITUM) et Jean-Charles Piétacho (Ekuanitshit), la ministre de la famille et députée de la Côte-Nord, Kateri Champagne Jourdain, Florent Vollant, ainsi que des membres de sa famille et des amis.
La juge en chef de la Cour supérieure du Québec, l’honorable Marie-Anne Paquette, déçue que l’événement soit une journée avant le lancement de la pêche au crabe, a fait savoir qu’elle voyait l’arrivée de David Héroux « comme une véritable source de réjouissances ».
« Le rôle de juge c’est exigeant intellectuellement et humainement. Il y a un proverbe qui dit que les éloges sont les attentes de demain. »
En restauration ?
David Héroux n’était pas prédestiné à une carrière en droit. Il était passionné de cuisine et de restauration.
D’ailleurs, à l’aube de ses études universitaires, son feu père lui avait offert de l’aider financièrement pour son premier restaurant.
Finalement, l’homme d’aujourd’hui 49 ans s’est « essayé » en droit et ça lui a réussi.
La diseuse de bonne aventure rencontrée par son paternel avait vu juste en lui prédisant qu’un jour, son fils David, encore ado, allait devenir un juge. C’est enregistré sur une cassette.
Son parcours
David Héroux a fait ses études collégiales au Cégep Garneau à Québec. C’est à l’Université de Sherbrooke qu’il a fait son droit.
Admis au barreau en 2000, où il a été assermenté le 17 novembre de cette année-là, il a notamment œuvré dans des cabinets à Joliette et Québec. Il aura bifurqué un peu plus d’un an en occupant le poste de contentieux pour la SÉPAQ (Société des établissements de plein air du Québec).
La salle de cour lui manquait et il envisageait sérieusement de retourner pratiquer le litige.
« Mon épouse, Anne-Marie [Gauthier], a profité de ce moment de réflexion pour me convaincre de déménager dans sa région natale [la Côte-Nord], afin d’assurer la pérennité du cabinet que son père avait fondé à Sept-Îles dans les années 70, le bâtonnier feu Me André Gauthier », a souligné M. Héroux dans son allocution du 8 avril.
Sa mère lui avait dit à cette époque : « David, tu sais, ton bonheur, tu peux te le créer, peu importe où tu es ».
Il a ainsi pris la décision, en juin 2011, de déménager à Sept-Îles et de s’y installer avec sa petite famille. Éliot et Frédérique, ses deux enfants, étaient alors âgés respectivement de 7 et 4 ans.
Il a œuvré près de 12 ans chez Cain Lamarre, où il a particulièrement côtoyé cinq des neuf communautés autochtones de la Côte-Nord ainsi que les Naskapis de Kawawachikamach.
« Les défis sont grands avec les Premières Nations. Elles sont à la recherche de leur autonomie. Elles sont en train de s’organiser dans toutes les matières. Elles ont besoin d’aide et de services juridiques pour bien mettre en place leurs structures pour leur permettre de devenir autonomes, beaucoup plus, en matière de santé, en toutes les matières », a-t-il mentionné lors d’une entrevue avec le Journal.
En 2023, David Héroux, sa conjointe et Me Caroline Neveu ont ouvert le cabinet d’avocats GNH.
C’est en octobre 2024 que quelqu’un a invité David Héroux à réfléchir et considérer de déposer sa candidature comme juge de la Cour supérieure du Québec. La suite se trouve plus haut.
Davd Héroux a eu ses premières assignations dans ses nouvelles fonctions dès le 12 janvier.
Le nouveau juge de la Cour supérieure du Québec deviendra juge coordonnateur pour la région dès l’automne, en remplacement du juge Serge Francoeur, basé à Baie-Comeau, devenu surnuméraire.
Le juge coordonnateur voit à la fixation des dossiers et « s’assure que les termes de cours sont complets, qu’il y a des causes, que les causes sont entendues et qu’elles le soient dans des délais raisonnables », explique M. Héroux.
Confortable avec les sacrifices
Cette nomination comme juge de la Cour supérieure amènera David Héroux à faire des sacrifices.
Connu par beaucoup de gens à Sept-Îles, il ne pourra plus prendre part aux soupers-bénéfice ni s’impliquer dans des organisations communautaires, comme c’était le cas au sein du Club Richelieu, en raison de son obligation d’être impartial et son obligation de réserve.
« Je suis obligé de me retirer un peu de la vie publique pour justement éviter que, quand il va y avoir des causes ici, que je puisse les entendre », a-t-il indiqué au Journal.
Il ne pourra pas entendre les dossiers d’avocats de GNH, notamment si sa conjointe est associée à ce cabinet.
« Je vis bien avec ça. C’est vraiment une fonction, un devoir (…) que je prends vraiment au sérieux. »
David Héroux assure toutefois qu’il ne mettra pas de côté sa passion pour le plein air, lui qui s’adonne entre autres au kayak, à l’escalade de glace et qui est mordu de randonnées sur divers monts au Québec et aux États-Unis, en plus de pratiquer la chasse.
« On ne peut pas m’enlever ça. Puis l’avantage que j’ai aussi, c’est que je vais voyager. Je vais voir d’autres régions du Québec aussi. Je vais pouvoir faire mes activités plein air un peu partout au Québec », dit-il.
« Ça va toujours rester en moi. Un juge aussi a besoin de s’évader, de se changer les idées. »
David Héroux soutient qu’il est important de rester connecté avec ce qui se passe.
« L’objectif, ce n’est pas d’être isolé non plus. Parce qu’on est des êtres humains. Mais c’est juste qu’on réduit notre cercle un petit peu plus, pour justement être capable de garder le caractère impartial. »
Le Septilien d’adoption assure avoir trouvé le bonheur sur la Côte-Nord et « j’ai non seulement eu une belle carrière de plaideur, je me suis vraiment épanoui dans mes activités de plein air et j’ai vraiment pu apprécier la qualité de vie que la région de la Côte-Nord peut offrir à une jeune famille. »
Et il entend y rester.
À propos de la Cour supérieure du Québec
- Elle compte 195 juges.
- Ils siègent dans 43 palais de justice au Québec, dont ceux de Sept-Îles et Baie-Comeau.
- Elle en est à sa 176e année d’existence.
- Ses juges sont nommés par le gouvernement fédéral.
- Elle compte la division de Montréal et celle de Québec, qui regroupe plusieurs régions, notamment la Côte-Nord, l’Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay, Chaudière-Appalaches, la Mauricie, le Bas-Saint-Laurent/Gaspésie ainsi que le Grand Nord.
- Même s’ils sont associés à un district, les juges de la Cour supérieure du Québec sont appelés à voyager énormément pour siéger ailleurs en province.