Entre souvenirs vibrants et archives inédites, Le Grand Rappel replonge dans l’âge d’or de la Ligue locale d’improvisation (LLI), un phénomène culturel qui a marqué toute une génération à Baie-Comeau.
Le lancement du tout premier zine du Grand Rappel, consacré à la Ligue locale d’improvisation, ne relève pas du simple exercice de mémoire. Il remet en lumière un véritable phénomène populaire qui, au début des années 1980 à Hauterive-Baie-Comeau, attirait des centaines de spectateurs soir après soir.
« Le 3 janvier 1981, c’est au Cégep de Hauterive que des gens de théâtre de la région s’affrontent pour une première fois dans un match d’impro devant un public des plus enthousiastes et donnent ainsi naissance à la Ligue locale d’Improvisation », peut-on lire dans le petit magazine en papier glacé lancé au Cégep de Baie-Comeau le 16 avril.
Durant ses trois années d’existence, la ligue a rassemblé de 300 à 400 personnes par représentation, parfois davantage, témoignant d’un engouement rare. « C’était vraiment une grosse affaire », résume Marcelle Beaudin, ancienne joueuse étoile de la LLI. « Des fois, on refusait des gens. Les gens attendaient ça d’une game à l’autre. »
À ses débuts, l’improvisation locale s’inspire directement de la Ligue nationale d’improvisation de Montréal, avec ses règles empruntées au hockey. « Il y avait une patinoire, puis au lieu de s’échanger une rondelle, on s’échangeait des répliques », raconte Marcelle Beaudin.
Rapidement, une poignée de comédiens amateurs de la région recrée cette formule à Baie-Comeau et le public embarque immédiatement.
Si les règles ont évolué depuis, l’essentiel demeure, selon elle. « Ça prend de l’énergie pour jouer comme ça. Ça, c’est resté. » Elle note toutefois que les contraintes sont aujourd’hui plus nombreuses, alors qu’à l’époque, les formats étaient plus libres, alternant entre improvisations comparées et mixtes.

Un phénomène rassembleur
Pour Langis Jean, concepteur du zine et secrétaire du Grand Rappel, l’intérêt de revisiter cette époque est évident. « C’était rassembleur. On se ramassait là, c’était l’événement », dit-il. En fouillant les archives, il a recensé près d’une centaine de mentions de la ligue dans les journaux de l’époque.
« Il y avait même une une avec seulement une photo de la ligue, sans texte. L’improvisation était partout », s’exclame-t-il.
Le zine s’appuie d’ailleurs sur une riche documentation : une trentaine de photos du photographe Gérald Poirier, des textes de Marcelle Beaudin et plusieurs extraits de presse. « On avait une belle série de photos, puis ça méritait un support visuel », explique Langis Jean, qui assume pleinement le choix du format. « La mode est au balado, mais moi, j’aime avoir quelque chose dans les mains. »
Le lancement du zine, tenu au Kafé-Kibboutz du Cégep de Baie-Comeau, n’a pas été choisi au hasard. « Ça avait commencé au cégep. Je trouvais ça intéressant de revenir à la source », souligne le concepteur. L’événement coïncide d’ailleurs avec un anniversaire symbolique, près de 45 ans après la création de la ligue.
Même si la LLI n’a existé que trois ans, son impact s’est fait sentir durablement. Plusieurs participants se sont ensuite tournés vers le théâtre, contribuant à structurer la scène culturelle régionale. « On a eu des troupes de théâtre qui se sont formées après », note Langis Jean.

Une mémoire vivante
Pour Marcelle Beaudin, revoir l’improvisation aujourd’hui est source de joie. « Ça me réjouit. Je suis contente de voir que ça se fait encore », confie-t-elle, elle qui continue d’assister à des matchs de la LIBRE à l’occasion.
Le zine, tiré à seulement 50 exemplaires, se veut à la fois un objet de collection et un outil de transmission. Offert au coût de 25 $, il s’inscrit dans la mission du Grand Rappel : mettre en valeur l’histoire artistique de la Manicouagan et nourrir une identité culturelle régionale.
Et déjà, d’autres projets sont en préparation. « Il y a d’autres zines qui s’en viennent », annonce Langis Jean, évoquant notamment un futur numéro consacré au Centre d’art de Pointe-Lebel.
Une preuve que, même des décennies plus tard, l’élan créatif de la région continue de trouver écho.

Zine assez ordinaire comme mot