Le principal enjeu des musées en région éloignée est le financement, selon la directrice générale du Musée régional de la Côte-Nord (MRCN), Mélissa Lacroix. « On a estimé que c’est environ 60 % plus élevé en coûts pour un musée en région éloignée, que pour un musée qui est près des grands centres », dit Mme Lacroix.
En décembre dernier, le Programme d’aide au fonctionnement des institutions muséales (PAFIM) a été bonifié. Pour le Musée régional de la Côte-Nord, cette nouvelle représente environ 20 000 $ de plus par année, pour leur période de subvention de trois ans.
« Nous, on souhaiterait avoir une cote, si on veut, un espèce de pourcentage lié à l’éloignement (…) Plus un musée serait éloigné, plus il y aurait un pourcentage qui serait augmenté. On aurait un bonus pour pallier aux iniquités de l’éloignement », dit Mélissa Lacroix. « 20 000 $, c’est dans un budget de 800 000 $ et plus par année, c’est très peu. Au moins, il y a une ouverture », dit la directrice.
Lors du dernier budget provincial annoncé le 18 mars, le Gouvernement a annoncé une deuxième bonification de l’enveloppe du PAFIM. Bien que le Regroupement des musées régionaux de l’Est du Québec, dont fait partie le Musée régional de la Côte-Nord, accueille favorablement cette nouvelle, il insiste pour rappeler que la bataille est loin d’être gagnée pour les musées de région.
« Une seconde augmentation est effectivement prévue, mais il est encore trop tôt pour savoir dans quelle mesure notre musée pourra en bénéficier concrètement. On est bien sûr contents de voir ces investissements. Cela dit, certains éléments restent encore flous, notamment la bonification pour les musées en régions éloignées : on ne sait pas exactement sur quoi le calcul s’est basé pour cette première augmentation », dit Mélissa Lacroix.

Parmi les éléments qui augmentent les coûts d’opération des musées en région, on retrouve les coûts de transport plus élevés pour les expositions, les défis de recrutement et de rétention du personnel spécialisé et une population moins nombreuse.
« Vu qu’on est loin, faire venir l’exposition, ça coûte plus cher avec le transport. S’il faut faire venir une main-d’œuvre qualifiée pour ça, la même chose aussi. En plus de ça, c’est plus difficile d’attirer la clientèle touristique, puisqu’on est loin », explique Mme Lacroix.
Difficile d’attirer les visiteurs locaux
La directrice du MRCN explique que le tourisme local au musée est difficile. Leur clientèle principale n’est pas locale, c’est plutôt des touristes et des croisiéristes de l’extérieur de la région qui compose la majorité de leur clientèle. Le MRCN a mis en place des stratégies pour tenter d’attirer davantage la clientèle locale.
« Nous, on a changé de stratégie de tarification. On instaure une nouvelle tarification pour 2026. On augmente seulement les coûts pour la saison haute avec le tourisme extérieur, pour garder des coûts plus bas pour attirer plus le monde d’ici », dit Mélissa Lacroix.
Elle précise que les visiteurs locaux fréquentent le musée, lorsqu’il y a des activités spéciales, par exemple durant la semaine de relâche.
« Ils vont moins venir en général pour des expositions, ou juste visiter comme ça. On a quand même pas mal moins d’achalandage [local] », dit Mme Lacroix. « D’avoir une population locale qui vient plus au musée, nous, en tant que musée, on aurait une crédibilité vraiment augmentée », ajoute-t-elle.
L’importance des musées de région
Pour plusieurs, un musée est uniquement un lieu où l’on retrouve des expositions et des artefacts, mais c’est beaucoup plus que ça, selon Mélissa Lacroix.
« On représente la Côte-Nord au complet. On est un musée ressource qui détient des connaissances et de l’expertise, par rapport au patrimoine de la Côte-Nord en entier », dit Mme Lacroix. « On dessert toute la région. On veut fournir de l’expertise. On veut la partager avec tout le monde. Nous, ce n’est pas juste de l’histoire, c’est même des sciences naturelles. »
Pour la directrice générale, il est essentiel de conserver les musées régionaux, car leur mission est de conserver l’histoire et le patrimoine de notre région.
« Ce n’est pas dans les autres musées à l’extérieur, ou des musées à Montréal qu’ils vont nécessairement se pencher là-dessus », dit Mélissa Lacroix.
Le Regroupement des musées régionaux de l’Est du Québec va poursuivre ses démarches auprès du gouvernement et des partis d’opposition, au cours des prochains mois.