La tuberculose : un reflet des impacts de la colonisation, dit Dr Stanley Vollant

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Par Emy-Jane Déry 5:30 AM - 21 avril 2026
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Dr Stanley Vollant, de passage à Uashat dans le cadre d'un colloque sur la tuberculose, au musée Shaputuan. Photo Emy-Jane Déry

Les membres des Premières Nations étaient souvent utilisés pour des « expériences » de traitement de la tuberculose dans les sanatoriums. Certains n’en sont jamais revenus, d’autres pas complètement. Le grand-père du Dr Stanley Vollant y a laissé un rein, qui lui aurait été retiré supposément pour « le guérir du virus ».  

« Tous les gens de ma famille ont été au sanatorium », raconte l’Innu de Pessamit, qui a lui-même contracté la maladie vers l’âge de 6 ans. 

Le médecin-conseil à la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador était de passage à Uashat, les 15 et 16 avril, dans le cadre d’un colloque régional portant sur la tuberculose. L’événement fait partie des démarches visant à éliminer la maladie, qui frappe particulièrement les Premières Nations. 

Dr Stanley Vollant se souvient de la cicatrice de son grand-père, qui lui valait plusieurs questions, lorsqu’ils allaient se baigner à la rivière. 

« As-tu eu un cancer ? » lui demandait le jeune Stanley. 

Tout ce que son grand-père savait, c’était que c’était pour la tuberculose, mais pourquoi ? Ça, il l’ignorait. 

« Il y a eu beaucoup d’expériences non consenties de la part des Premières Nations, parce que c’était des gens qui étaient faciles à contrôler.

Ils ne savaient pas écrire ni lire », explique Dr Vollant, à propos des sanatoriums.

Dans les sanatoriums, les religieuses en charge reproduisaient le même modèle que dans les pensionnats, selon le médecin. La seule langue autorisée était le français, si bien que certains enfants qui y passaient un an ou plus, y laissaient la maîtrise de leur langue maternelle, souvent l’innu-aimun. 

« L’épisode des sanatoriums est une époque tout aussi traumatique que l’ont été les pensionnats », affirme-t-il. 

Dans les pensionnats, le médecin-conseil à la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador rapporte d’ailleurs un taux de mortalité lié à la tuberculose qui atteignait jusqu’à 50 %. 

Une peur bien ancrée

Durant le colloque au musée Shaputuan, une dame a témoigné du passage de son père dans un sanatorium pendant 10 ans. Il est ressorti avec un poumon en moins. Le traumatisme engendré est immense. 

« Lorsqu’il allait à l’hôpital, c’était à reculons et il avait toujours peur de signer un consentement. Il disait : je ne sais pas qu’est-ce qu’ils vont me faire », explique Dr Stanley Vollant. 

Les statistiques de la maladie de la tuberculose chez les Premières Nations et les Inuits parlent d’elles-mêmes. Au Nunavik, la situation est particulièrement frappante, alors que le nombre de cas y est 1 000 fois plus élevé que dans la population canadienne en générale, selon Dr Vollant. L’an dernier, on y a rapporté 100 cas de tuberculose, sur 14 000 de population inuite. 

« La tuberculose, c’est le reflet des impacts sur les déterminants de la santé et des impacts de la colonisation », affirme Stanley Vollant. « C’est plus qu’une maladie infectieuse, c’est un témoin des conditions de vie inadéquates. »

Il fait référence notamment aux logements surpeuplés, au statut socio-économique bas, aux problèmes d’accès aux services de santé, à la méfiance face au système, installée par les traumas des pensionnats et des sanatoriums.

On peut régler la tuberculose en donnant des antibiotiques, en faisant du dépistage. « Mais si on ne règle pas les problèmes de base… », souligne-t-il. 

« On a la capacité médicale, on n’est pas dans le tiers-monde, mais chez les Inuits, il y a des cas de mortalité d’enfants aussi jeunes que 2 ans », déplore-t-il. « Je ne peux pas concevoir que ça existe au Canada. »

Au cours de la dernière décennie, une quarantaine de cas ont été répertoriés dans la région. Plus récemment, trois cas de décès ont été rapportés dans des communautés innues de la Côte-Nord. Selon les données de santé publique, le taux d’incidence de la maladie chez les Premières Nations est de 21,4 contre 0,3 chez les non-autochtones nés au Canada. 

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