À l’heure où Donald Trump se chamaille avec le pape Léon XIV parce qu’il est incapable d’accepter la critique positive, celle qui mène à des solutions plus justes pour l’humanité et des peuples en particulier, on peut s’interroger sur le sens profond de la vie. Comment le fait-on ? En cherchant à se donner des objectifs à atteindre et, pour y parvenir, des modèles de vie.
Nous en avons tous eu et nous en avons tous encore. Quand j’étais jeune, je regardais la télévision et je voulais m’exprimer dans un français aussi impeccable que ces annonceurs et comédiens qui se faisaient un réel devoir d’honorer la langue française. Mais cela comportait des risques, celui de me différencier de mon entourage et d’en subir la critique. Honnêtement, je suis passé outre et malgré certains qualificatifs peu enviables, j’ai survécu à cela.
J’en suis même fier. Mais plus sérieusement, je me suis tourné vers la lecture. J’ai dévoré tout ce qu’on pouvait trouver d’inspirant dans la bibliothèque de l’École Dominique-Savio où j’ai commencé mes études primaires à sept ans pour en ressortir quelques années plus tard avec un diplôme de onzième année.
Qu’est-ce que je pouvais donc lire d’intéressant ? Quand on cherchait des modèles à cette époque, forcément on se tournait vers la vie religieuse. Je me suis donc nourri de la vie de plusieurs saints, dont le Saint Curé d’Ars et bien d’autres. Leurs qualités et leurs sacrifices, on n’aspire pas à la sainteté sans quelques sacrifices, sont devenus des phares qui m’ont guidé et permis de naviguer sur le fleuve de l’existence, malgré les marées, les tempêtes et les écueils possibles.
Par la suite, je me suis tourné vers les grands personnages de l’histoire. La leçon que j’en ai tirée, rien n’est acquis d’avance, il faut suivre sa pente pourvu que ce soit en montant. Cette pensée d’André Gide m’a suivi tout au long de ma vie. Il faut suivre sa voie, prendre des risques et des décisions éclairées, ne pas craindre d’affirmer ses vraies valeurs et d’être soi.
Deux exemples me viennent à l’esprit. Dernièrement, Sœur Jeannette Lord a bouclé ses valises pour s’en retourner à Québec après un long passage ici même à Baie-Comeau où elle a aidé de nombreuses filles-mères à assumer leur maternité à une époque où cela faisait scandale, mais où la vie était d’égale valeur à celle d’aujourd’hui. Elle est arrivée chez nous avec une poignée d’autres membres de sa communauté, les Ursulines, qui ont accepté volontairement de sortir des sentiers battus (elles étaient destinées à l’enseignement à de hauts niveaux) pour aller vers les gens et les aider dans leurs responsabilités quotidiennes.
Il faut du courage pour renoncer à une belle carrière pour se mettre au service des autres, souvent des personnes disposant de peu de moyens. J’ai eu l’occasion dans ma carrière journalistique de couvrir quelques rassemblements organisés par Sœur Jeannette, surtout à l’approche de la plus grande fête familiale, celle de Noël. Spectacles à caractère religieux avec les enfants, échange de cadeaux et des salles pleines à craquer, où régnait un profond respect à l’égard de la religieuse, mais aussi de l’amour. Dans l’assistance, il y avait souvent des grands-mères.
Sœur Jeannette laisse derrière elle une œuvre solide et bien vivante, l’Accueil Marie-de-l’Incarnation, du nom de la fondatrice de son ordre. Cette femme au cœur d’or, qui a triomphé d’embûches somme la maladie et de critiques mesquines à une certaine époque de sa vie, bénéficie aujourd’hui de l’admiration générale.
Je tiens aussi à vous parler d’un autre modèle. Il est nettement plus jeune, mais l’initiative qu’il a lancée, la fabrication d’un serpent de roches peintes, a mobilisé la population de la grande région de Baie-Comeau, comme on l’a rarement vu. Hugo Jobin, neuf ans, a été qualifié d’enfant héros par la Fondation Charles-Bruneau. Il a triomphé d’un cancer. En 2024, il a créé une vague d’espoir avec quelques pierres peintes. Maintenant qu’il est guéri, tout en sagesse, il déclarait dernièrement aux élus : « Je veux que mon serpent dure pour toujours, pour que les gens se souviennent qu’on peut accomplir de grandes choses même quand on est petit et malade. »
Si jeune et être à l’origine d’un record Guinness en créant le plus long serpent de roches peintes du monde constitue aux yeux de tous et des miens en particulier un réel exploit, voire une prouesse extraordinaire. Il n’y a pas d’âge pour devenir un modèle et le demeurer dans l’esprit de tous. Sœur Jeannette et Hugo Jobin en sont la preuve, la première par le don de soi et le second par son combat pour la vie.
C’est loin des livres qui nourrissaient mon enfance, mais c’est aussi une manifestation d’espoir. On peut s’inspirer de vedettes de la chanson ou du sport pour chercher nos idéaux, mais on peut aussi regarder autour de soi et les découvrir à travers des visages familiers. Et ils sont très nombreux.
Félicitations, bravo Jeannette pour tout .Je te souhaite la santé pour continuer ton travail .