Cinq siècles de légendes nord-côtières à découvrir
Philippe-Daniel Clément, devant son nouvel ouvrage. Photo Rocket Lavoie
Vigneault, Mestokosho, Comeau, Le Jeune, Marie-Victorin… Les noms de ces grands personnages résonnent chez les férus de littérature nord-côtière. Leur prose féconde est réunie dans l’anthologie Contes, légendes et nouvelles de la Côte-Nord, lancée le 22 avril dernier à la Bibliothèque Louis-Ange-Santerre de Sept-Îles.
« La vérité réside dans le mythe », résume l’anthropologue de formation Philippe-Daniel Clément, à l’origine de cet ouvrage. Ce passionné de contes et de tradition orale a été initié à la beauté de cette forme littéraire, durant ses nombreuses années de recherche consacrée aux Innus d’Ekuanitshit.
Titulaire d’un doctorat sur la connaissance des Innus sur les animaux, M. Clément a toujours été fasciné par le rôle qu’occupent les légendes dans la culture innue.
« Comme anthropologue, je m’intéressais à ce que les légendes peuvent amener dans la vie de tous les jours », explique-t-il.
L’ouvrage qu’il a chapeauté, cette fois-ci, ne porte pas que sur les Innus.
Le livre Contes, légendes et nouvelles de la Côte-Nord paraît après le succès de son opus presque homonyme consacré à la région de la Mauricie. Le pari de l’auteur Philippe-Daniel Clément est osé ; réunir dans une anthologie soixante-deux auteurs nés ou ayant séjourné sur la Côte-Nord pour y illustrer la richesse des légendes. Les derniers chapitres sont majoritairement des nouvelles, produits par des auteurs contemporains.

Une méthode hors du commun
Vouloir poser sur papier des contes, naturellement conçus pour être transmis à l’orale, peut comporter son lot de défis.
« Pour récupérer une des histoires qui m’intéressait particulièrement, j’ai dû retranscrire à la main un spectacle duquel on avait produit un CD-ROM ! », déclare Philippe-Daniel Clément avec hilarité.
Même si la plupart des textes recueillis n’ont pas nécessité un tel procédé, son travail de recherche a été particulièrement méticuleux. Il lui aura fallu deux ans pour produire l’ouvrage. Car, même si la Côte-Nord regorge de grands littéraires, ils n’ont pas tous écrit sur le territoire lui-même, ce qui était l’objectif du recueil. À cet effet, M. Clément cite le cas de Robertine Barry, une pionnière du journalisme originaire de Tadoussac, dont les écrits nord-côtiers ont été particulièrement ardus à dénicher.
Bien conscient des multiples façons de raconter une légende, M. Clément dit avoir travaillé « comme un moine » pour mettre sur papier les récits. « Chez les Innus, par exemple, les mythes fondateurs peuvent différer d’une communauté à l’autre », explique l’anthropologue, qui a finalement dû trancher et choisir une version pour son livre.
Fil conducteur
Certains textes de l’anthologie sont aussi anciens que ceux de l’ecclésiastique Paul Le Jeune, auteur des Relations jésuites aux balbutiements de la Nouvelle-France.
« Le livre est conçu de manière chronologique, de sorte que l’on puisse apprécier les changements de ton et de mentalité », explique Philippe-Daniel Clément.
Il précise que, même si plusieurs textes ont été produits par des écrivains d’horizons radicalement différents, le but reste de mettre en valeur des légendes nord-côtières « qui parlent de sirènes, de serpents de mer et de trépassés », comme il l’écrit dans la préface.