Entrevue avec le PDG de la Société du Plan Nord : occuper le territoire

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Par Manuel Paradis 5:00 AM - 24 avril 2026
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Patrick Beauchesne, président-directeur général de la Société du Plan Nord Photo Manuel Paradis

L’occupation du territoire doit guider le développement nordique et non seulement la rentabilité économique : c’est ce qu’a affirmé Patrick Beauchesne, de la Société du Plan Nord, à l’occasion du dixième anniversaire de l’organisme, lors de l’État du fer 2026 à Québec.

Pour fêter les 10 ans de son organisation, Patrick Beauchesne, président-directeur général de la Société d’État, a accordé une grande entrevue sur scène, lors de l’événement qui réunissait, début avril, les acteurs principaux de la filière québécoise du fer.

« En 2008, la réflexion entourant le Plan Nord de Jean Charest était guidée par un postulat économique. Depuis 2015, depuis la création de la Société du Plan Nord, nos actions sont guidées par un postulat qui repose sur l’occupation du territoire. C’est le réel fil directeur des décisions de la SPN. »

Rencontré ensuite pour une plus « petite » entrevue, M. Beauchesne poursuit sa réflexion.

« Les données démographiques sont au cœur de nos préoccupations. Prenons la Côte-Nord. Il y a un déficit migratoire chez les jeunes qui souvent partent étudier au sud. Il y a aussi une diminution de l’offre de soins de santé, ce qui fait que les personnes plus âgées doivent, tôt ou tard, partir vers les grands centres pour recevoir des services. […] Quand je parle de vitalité des communautés, je pense à ce qu’on peut faire à court, moyen et long terme pour amorcer le virage qui mènerait à maintenir ces gens-là en région. »

Le déclin démographique de la Côte-Nord est depuis plusieurs années documenté. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, la population nord-côtière a diminué d’approximativement 11 % depuis 25 ans et on rapportait récemment que la Côte-Nord perdrait près de 17 % de sa population d’ici 2051.

L’éducation comme stratégie d’occupation

Considérant la participation de la Société du Plan Nord à la création de la Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire (SFPPN) comme un geste d’occupation du territoire, M. Beauchesne anticipe que le renversement du déficit migratoire sera la prochaine action d’envergure similaire.

« Avant de renverser la tendance, il faut la freiner. Un des facteurs de la dévitalisation, c’est que les gens du nord viennent chercher une formation postsecondaire collégiale ou universitaire au sud. […] Je pense à la Côte-Nord, le Rail, le génie ferroviaire. Il y a un écosystème industriel parfait. […] Dès le premier cours, l’étudiant peut être mis en contact avec des enjeux de logistique de transport ferroviaire réel. Et tout va partir de là. Les jeunes diplômés, ils vont se trouver des emplois en région, s’établir, peut-être fonder une famille. »

Il souhaite voir les gens formés directement sur le territoire nordique et contrer les conséquences du modèle fly-in fly-out, qui, selon lui, contribue à la dévitalisation de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec.

Il rappelle que la Société du Plan Nord a contribué au projet de milieu de vie communautaire Nutshimit, pour les étudiants autochtones de Sept-Îles. Selon lui, l’organisation commence à mesurer les résultats de ses investissements en termes de taux de rétention, de persévérance et de réussite scolaire et est en chantier pour analyser ces informations.

Désenclaver la richesse

En février 2026, le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) a annoncé qu’il mènerait, avec la Société du Plan Nord, les travaux visant à étudier le bouclage des deux chemins de fer privés existants.

À savoir si la logistique entourant la fosse du Labrador pourrait éventuellement devenir un frein au développement économique nordique, il considère que l’important est d’anticiper le plus de situations possible.

« Je considère que le directeur de Minerai de fer Québec, David Cataford, c’est le leader d’une entreprise qui voit très loin. Il lance la ligne très loin, mais, en même temps, il est capable de voir à court terme comment mettre ça en place. Autrement dit, oui, la logistique peut devenir un enjeu économique », admet-il, avant de poursuivre.

« Ce qu’on réalise, c’est que le vrai point d’enclavement est en bas. Parce que tu ne peux pas sortir le minerai autrement que par le sud. Et le point de sortie, c’est Pointe-Noire […] Une fois que le minerai est rendu en bas, il faut le sortir. C’est là qu’il faut augmenter la capacité de manutention pour diminuer les coûts, augmenter la productivité et s’assurer de la fluidité des corridors logistiques. »

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