À Pointe-aux-Outardes, la Résidence St-Joseph héberge, nourrit et accompagne des personnes en situation d’itinérance avec des moyens jugés insuffisants. Sur place, les lits sont remplis, les bénévoles tiennent le fort, mais le cri du cœur est clair, il faut une base financière pour survivre.
À l’intérieur de la Résidence St-Joseph, il y a des chambres, une cuisine commune, des salles de rencontre, des dons de vêtements bien rangés, des espaces de vie partagés et, depuis quelques mois, une salle commune transformée en dortoir.
Ce n’est pas un refuge improvisé, mais l’organisme doit continuellement s’adapter. « On n’est pas un motel », résume Guilaine Lévesque, présidente du conseil d’administration et bénévole. « On travaille avec eux pour leur chercher un logement, un emploi, pour retrouver leurs compétences », explique-t-elle.
La résidence dessert principalement la Manicouagan et la Haute-Côte-Nord. Elle accueille des hommes, des femmes et parfois des familles en situation d’itinérance ou de grande vulnérabilité. Aujourd’hui, 22 personnes y vivent, selon Mme Lévesque.
Il n’y a pas si longtemps, la ressource comptait plutôt de 8 à 12 places. La fermeture de la ressource Entre deux Portes par le CJE Manicouagan a forcé la Résidence St-Joseph à absorber une partie de la pression.
Des lits d’urgence ont été ajoutés. Une salle commune a été réaménagée pour l’hiver. « Ce ne sont pas des chambres, mais au moins, ils étaient au chaud, ils pouvaient prendre des douches et manger tous les jours », témoigne Mme Lévesque.
Le nerf de la guerre
Le principal enjeu demeure le financement à la mission. Selon les documents transmis par la résidence au Manic, le financement du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) atteint environ 150 000 $, un montant jugé insuffisant pour soutenir les besoins actuels de l’organisme.
En entrevue, Mme Lévesque précise que la résidence s’attend à recevoir 181 026 $ en financement à la mission pour 2026-2027. Or, selon elle, il manquerait environ 238 000 $ « juste pour se maintenir à flot ».
« Là, je ne suis même pas dans les avantages. Je suis vraiment juste dans le salaire. On est dans le strict minimum », insiste-t-elle.
Ce manque d’argent se traduit concrètement. L’organisme peine à nourrir tout le monde, à maintenir une équipe stable et à assurer une présence continue. La résidence fonctionne 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
À la suite du départ récent de deux employés, des bénévoles devaient combler des quarts de travail durant la fin de semaine. « Moi, je vais rentrer la fin de semaine pour travailler ici parce qu’on manque d’employés », confie la présidente.
Elle-même consacre entre 15 et 20 heures par semaine bénévolement à la gestion administrative, financière et au soutien terrain. Elle n’est pas seule. Six à sept bénévoles actifs donnent régulièrement du temps à la résidence.

Des canettes pour nourrir le monde
La précarité financière se voit jusque dans les gestes du quotidien. Pour nourrir les résidents, la résidence vend des canettes et demande des contributions à ceux qui le peuvent. Le cuisinier est bénévole.
Derrière les fourneaux, Steve Lemieux, ancien résident, redonne à son tour. « Même de courte durée, s’il n’y a pas de ressource, moi, je me retrouvais à la rue », dit-il. Il cuisine, mais transmet aussi des outils. « Si tout le monde faisait un petit peu, ça pourrait apporter beaucoup », lance-t-il.
Le profil de l’itinérance évolue, observe Guilaine Lévesque. « On n’est plus dans une personne itinérante avec sa bouteille dans son sac. On est ailleurs. » Perte d’emploi, rupture, crise du logement, jeunes adultes en transition, les parcours se diversifient.
La résidence agit comme un lieu de stabilisation. « On est un endroit pour que la personne se sente en sécurité », affirme la bénévole. Encadrement, règles, accompagnement et entraide structurent le quotidien des résidants.
Une pression qui s’accentue
Sur la Côte-Nord, l’itinérance visible aurait augmenté de 65 % depuis 2022, selon l’organisme. « Ici, on a une ressource pour toute la Côte-Nord. Ça crée plus qu’un problème », dit Mme Lévesque.
Malgré les démarches, les demandes de financement à la mission restent sans réponse. L’annonce d’une enveloppe de 60 M$ dans la province sur cinq ans a suscité de l’espoir, rapidement terni par une douche froide. « La Côte-Nord n’a pas été considérée dans ce financement gouvernemental », se désole la présidente sans comprendre pourquoi.
Sur place, la solidarité est tangible. Bénévoles, dons, entraide, tout s’additionne pour faire fonctionner la ressource. « Ça prend un solage », insiste Guilaine Lévesque. Sans cette base, le risque est réel. « Si l’on ferme, ces gens-là sont dans la rue », conclut-elle.
