Photo d’archives du mois : La Musk-o-mobile ou l’échec d’un “patenteux”
Ellis Moore, Dutchy Villeneuve et Jack Bellefontaine devant la Musk-o-mobile, 20 septembre 1952. Archives nationales à Sept-Îles, fonds Compagnie minière IOC (P21, 2780). Photo : John A. Rodriguez.
Le fonds d’archives de la compagnie minière IOC, conservé aux Archives nationales à Sept-Îles, contient de nombreux trésors sur l’histoire de la région, témoignant de grands événements sociaux dont certains se souviennent encore. Ce fonds d’archives regorge aussi de photographies témoignant de faits divers anecdotiques tombés dans l’oubli.
Certains clichés stimulent la curiosité et poussent quiconque s’intéressant à l’histoire à creuser davantage dans les strates de sédiments accumulés et à dépoussiérer les archives et les journaux régionaux afin de documenter ces photographies intrigantes. C’est le cas d’une série photographique d’une expérience mécanique qui s’est avérée non concluante et qui se termina littéralement dans la boue.
Parmi les employés qui s’affairent au début des années 1950 à construire le chemin de fer depuis Sept-Îles jusqu’au minerai de la fosse du Labrador dans la région du lac Knob, où sera fondée Schefferville, plusieurs se sont démarqués par leurs passions en menuiserie et en mécanique. C’est le cas du mécanicien et « patenteux » Jack Bellefontaine.
Employé de la CMMK, consortium alors responsable de la construction du chemin de fer, il dessina en 1952 ce qui allait devenir la Musk-o-mobile, un véhicule sur chenilles destiné aux déplacements sur les tourbières et les marais (muskeg en anglais, d’où son nom).

À l’époque de la conception de la Musk-o-mobile, les travaux de construction de la voie ferrée se heurtent aux défis de terrassement que sont les marécages gorgés d’eau de la Côte-Nord et surtout les fondrières de l’arrière-pays où s’embourbe la machinerie, pouvant même couler sous son propre poids. C’est dans ce contexte que Bellefontaine conçoit son cheval de Troie pour conquérir l’adversaire dans l’atelier de menuiserie de la CMMK. L’histoire nous dira que, dans ce cas-ci, c’est Troie qui aura le dernier mot.
Le 23 septembre 1952, la Musk-o-mobile est prête. Elle sort de sa tanière et se pavane fièrement dans les rues de Sept-Îles. Une équipe accompagnée du concepteur conduit l’engin vers Clarke City où il est pesé pour ensuite se diriger vers les plaines et les marécages afin de tester ses capacités de mouvement. Hélas, la Musk-o-mobile s’empêtre et cale, à moitié immergée dans un marais. L’équipage tente alors des manœuvres de redressement du véhicule, en vain.
Nos joyeux naufragés décident alors de rebrousser chemin à pied et reviennent à Sept-Îles bredouilles sous l’objectif du photographe de la compagnie minière IOC, John A. Rodriguez, qui immortalise les déboires de la Musk-o-mobile.
Les sources historiques restent silencieuses sur le sort du cadavre du véhicule. La CMMK est-elle revenue chercher le prototype ? Jack Bellefontaine a-t-il persisté et réalisé d’autres inventions ? Les réponses à ces questions se trouvent peut-être dans le fonds de la Compagnie minière IOC qui vous attend aux Archives nationales à Sept-Îles.
Les Archives nationales à Sept-Îles (BAnQ) sont situées au 700, boulevard Laure, bureau 190 | 418 964-8434 | archives.sept-iles@banq.qc.ca
Sources :
L’Avenir and Sept-Îles Journal, 30 septembre 1952, vol. 1, no 4, p. 5.
GEREN, Richard et Blake McCULLOGH, L’héritage de Caïn – Histoire de la compagnie minière IOC, Sept-Îles, Compagnie minière IOC, 1990, p. 137-158.