North Savage Gang : un nouveau gang formé en prison
Plusieurs résidences ont été perquisitionnées à Longue-Rive le 13 mai. Photo Johannie Gaudreault
Le North Savage Gang (NSG), ça vous dit quelque chose ? C’est la nouvelle cellule du crime organisé, fomentée en prison, avec des ex-membres du BFM et All Boivin à leur tête.
Né derrière les barreaux il y a moins d’un an, le North Savage Gang (NSG) s’impose désormais dans les luttes de pouvoir entourant le trafic de stupéfiants sur la Côte-Nord.
L’importante opération policière menée le 13 mai à Longue-Rive, mobilisant près de 70 policiers de la Sûreté du Québec, s’inscrit dans un contexte de recomposition du crime organisé sur la Côte-Nord, croit la criminologue Maria Mourani.
Derrière cette intervention se trouve notamment le nom du NSG, un groupe criminel récent qui, selon la criminologue et docteure en sociologie, serait né à l’intérieur même de l’établissement de détention de Québec.
« On peut dire que ce gang s’est formé en prison », explique celle qui est également présidente de Mourani Criminologie. Elle nuance toutefois le statut du groupe.
« Pour l’instant, on ne peut pas officiellement parler d’un “gang de prison”, parce qu’il n’existe pas depuis plus de deux ans et qu’on ne peut pas encore démontrer une structure durable à l’extérieur des murs », précise-t-elle.
Une fracture au sein du BFM
Selon Maria Mourani, le NSG serait issu d’une scission de la Blood Family Mafia (BFM), un groupe lui-même composé d’individus auparavant liés aux Hells Angels. À la suite de plusieurs arrestations de membres du BFM, certains se seraient retrouvés détenus à Québec. C’est dans ce contexte qu’une rupture serait survenue au sein du groupe.
« Ceux qui sont restés avec le BFM sont demeurés fidèles à Dave “Pic” Turmel. Ceux qui ont créé le NSG soutiennent All Boivin », résume l’experte du crime organisé. All Boivin est le fugitif le plus recherché au pays.
Le phénomène demeure exceptionnel au Québec. « Aux États-Unis, les gangs de prison existent depuis longtemps. Ailleurs au Canada aussi. Mais au Québec, on n’avait encore jamais vraiment vu ça », affirme la spécialiste du crime organisé.
Dans le dossier de Longue-Rive, la Sûreté du Québec parlait d’une organisation « liée » au NSG. Une nuance importante, selon Maria Mourani. « Ce sont des individus qui peuvent être des partenaires ou des alliés du NSG, mais pas nécessairement des membres officiels », fait-elle savoir. Ce serait le cas de Steve Tremblay, qui a été arrêté lors des perquisitions.
Elle ajoute que certaines opérations menées dans la région de Québec auraient toutefois impliqué directement des membres du groupe.
Le principal objectif du NSG serait le contrôle du marché des stupéfiants, longtemps dominé par les Hells Angels et leurs réseaux affiliés. « C’est vraiment une volonté de prendre des territoires et des marchés de la drogue qui étaient historiquement contrôlés par les Hells », confirme-t-elle.

Une « révolte » criminelle
Pour comprendre la situation actuelle sur la Côte-Nord, Maria Mourani remonte à l’été 2023. Selon elle, une forme de « révolte » aurait alors éclaté dans plusieurs régions allant du Saguenay-Lac-Saint-Jean jusqu’à Québec et la Côte-Nord.
Des groupes auparavant liés aux Hells Angels auraient cessé de payer les redevances imposées sur le trafic de stupéfiants. « Les gars du BFM ont commencé à dire : “C’est fini, on ne travaillera plus pour eux.” Ensuite, il y a eu une escalade », raconte Mme Mourani.
Selon la criminologue, des actes de violence et d’intimidation auraient même été filmés puis diffusés sur les réseaux sociaux afin de démontrer que l’autorité des Hells Angels pouvait désormais être contestée. « Dave Turmel leur a prouvé que c’était possible de s’attaquer aux Hells Angels. Avant, plusieurs considéraient ça impensable », affirme-t-elle.
Maria Mourani estime que les Hells Angels se trouvent aujourd’hui dans une position délicate. « S’ils répondent de manière trop intense, ça risque de devenir une guerre ouverte. Et une guerre, ce n’est jamais bon pour le business. »
Selon elle, le groupe criminalisé miserait plutôt sur les interventions policières pour affaiblir ses adversaires, évitant ainsi une escalade directe.
Cette retenue aurait toutefois un prix. La spécialiste évoque notamment la perte du « capital symbolique » des Hells Angels, soit leur réputation d’intouchables dans le milieu criminel. « Leur aura a pris un coup dur. Maintenant, des groupes osent les défier ouvertement », analyse-t-elle.
Les opérations policières peuvent-elles freiner le phénomène ? Reste à voir si les importantes perquisitions comme celle de Longue-Rive permettront réellement de ralentir l’implantation du NSG sur la Côte-Nord.
« Les opérations policières permettent d’enlever du terrain des individus dangereux. Ça peut freiner le phénomène, parfois même l’éradiquer. Mais tout dépendra de leur capacité à continuer de recruter », souligne Maria Mourani.
Elle rappelle que plusieurs gangs de rue apparaissent puis disparaissent rapidement, incapables de survivre aux arrestations, aux conflits internes ou aux guerres de territoire. « Chez les gangs, les structures sont souvent très fluides. Certains groupes émergent puis disparaissent après quelques années », dit-elle.
Pourquoi la Côte-Nord
Selon l’experte du crime organisé, Maria Mourani, la région n’est pas devenue une cible en raison de ses caractéristiques propres, mais plutôt à cause des bouleversements internes survenus dans les réseaux criminels déjà présents.
« Pendant longtemps, ces territoires étaient contrôlés par les Hells Angels. Mais avec les conflits internes et les alliances qui ont changé, plusieurs groupes ont vu une occasion de prendre leur place », estime Maria Mourani ajoutant que certains groupes montréalais cherchaient depuis longtemps à étendre leur influence vers les régions.
« Maintenant, ils voient une opportunité d’occuper le terrain pour eux-mêmes et de contrôler directement les marchés », conclut-elle.
