(PHOTOS) Une ferme familiale avant tout à Pointe-aux-Outardes

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Par Morgane Busson 7:00 AM - 9 juin 2026 Initiative de journalisme local
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Pierre Hugo Houle, Catherine Morin et leur fille aînée, Élisabeth Houle. Photo Morgane Busson

Depuis décembre 2024, une nouvelle ferme familiale fait partie du paysage de Pointe-aux-Outardes et commence à vendre du cochon. Pour le couple revenu sur la Côte-Nord après 16 ans à Québec, cette installation représente bien plus qu’une entreprise : un retour aux sources et la réalisation d’un rêve.

Quitter la ville, revenir aux sources et construire une ferme familiale à partir de rien : c’est le pari ambitieux qu’ont choisi de relever Catherine Morin et Pierre Hugo Houle en compagnie de leurs trois enfants. De retour sur la Côte-Nord depuis peu, ils développent progressivement une ferme familiale qui mise sur l’autonomie alimentaire et le partage avec la communauté.

« À la base, le projet, c’était de nourrir notre famille le plus possible avec ce qu’on produit nous-mêmes », explique la copropriétaire. Si le couple continue à acheter certains aliments à l’épicerie (difficile de cultiver des bananes), il produit sa viande, ses œufs, et, éventuellement, ses produits laitiers.

Le projet est encore en évolution. Quand ils sont arrivés sur le terrain en décembre 2024, les deux agriculteurs ont dû construire une grange, aménager des espaces pour les animaux et composer avec les défis d’un chantier incessant. 

Ils viennent de se lancer dans la vente de bétail. « On ne veut pas se faire de faux espoirs pour la première année. On serait vraiment contents si on est capable de payer nos factures et d’atteindre le déficit zéro », précise Catherine Morin.

Le couple ne possédait aucune formation agricole avant de se lancer dans cette aventure. Ils ont donc tous deux enchaîné les lectures et les formations. « On regarde aussi des vidéos YouTube », ajoute joyeusement Catherine Morin.

Elle raconte notamment avoir dû aider une brebis à mettre bas pour la première fois. « J’avais tellement lu que je savais ce que je devais faire. »

D’après le couple, la vache Marguerite agit comme un grand chien et est très affectueuse. Photo Morgane Busson

Adaptés au climat nordique

Aujourd’hui, la ferme compte des cochons, des chèvres, des moutons islandais, des poules et une vache laitière nommée Marguerite. Le choix des races n’est pas laissé au hasard. Le couple privilégie des animaux rustiques, capables de bien s’adapter aux hivers rigoureux de la région.

Les moutons islandais, par exemple, passent la majeure partie de l’année à l’extérieur. « Ils sont souvent mieux dehors que dans la grange », souligne Mme Morin. Les animaux tirent avantage également d’un mode d’élevage qui profite de la forêt environnante.

Plutôt que de s’appuyer sur des pâturages traditionnels, la ferme développe un système de pâturage forestier. Les chèvres broutent les arbustes, les feuilles et les jeunes pousses, tandis que les cochons fouillent le sol à la recherche de racines et d’insectes. Cette approche permet non seulement de nourrir les animaux, mais aussi de participer à l’entretien naturel du terrain. « Ça donne un petit côté rustique à la viande, ce n’est pas fort, mais ça se sent », note Pierre Hugo Houle.

Les épiceries et entreprises alentour font parfois don de leurs légumes invendus à la ferme pour nourrir les cochons. Photo Morgane Busson

La difficulté des produits laitiers

Parmi leurs rêves figurait la transformation artisanale du lait. Avec leur vache laitière, ils produisent déjà pour leur consommation personnelle du yogourt, du fromage et d’autres produits maison.

Toutefois, la vente de produits laitiers représente un défi majeur. La réglementation québécoise impose des exigences importantes en matière de quotas laitiers et limite l’accès aux petits producteurs.

« On a le droit de boire le lait de notre vache, mais on n’a pas le droit de le vendre ou de le donner. Si on voulait développer le laitier, on serait obligés de prendre plus de vaches et d’embaucher, et on ne pourrait pas garder l’aspect familial de la ferme », résume l’agricultrice.

Le couple aimerait éventuellement obtenir une dérogation leur permettant de transformer localement une petite quantité de lait et d’en faire profiter la communauté, sans devoir investir les sommes considérables exigées par le système actuel.

Voici quelques poules. Photo Morgane Busson

Une aventure familiale

Au-delà des bâtiments et des animaux, la ferme repose avant tout sur une aventure humaine. Les trois enfants participent eux aussi au projet selon leurs capacités. Les grands aident avec les animaux, tandis que le plus jeune découvre peu à peu la vie à la ferme.

La famille bénéficie également d’un important réseau de soutien. Parents, cousins et amis viennent régulièrement donner un coup de main pour les travaux, la construction ou simplement pour partager les tâches du quotidien. « Quand on parle d’une ferme familiale, ce n’est pas seulement nous deux. C’est toute une communauté autour de nous », affirme Catherine Morin.

Pour financer les investissements nécessaires, le couple adopte une stratégie prudente. Catherine Morin travaille toujours à temps plein comme enseignante, tandis que Pierre Hugo Houle œuvre quelques journées par semaine dans une microbrasserie. Ces revenus permettent de soutenir les dépenses familiales et l’achat d’équipements agricoles. 

On nourrit les cochons. Photo Morgane Busson

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