Le Festif! : Songe halluciné de quatre nuits d’été
Épique bataille de fanfares avec Emperor Norton's Stationary Marching Band (en bleu électrique) face à The Van Hornies (shout out à la maman du jeune tromboniste de 16 ans qui distribuait des stickers! De quoi être fière, la mère!). Photo Samuel Gaudreault
Le Festif ! n’était peut-être qu’un rêve, mais nous avons été une méchante trâlée à rêver ensemble. 53 000 lunatiques sur des longueurs d’onde parallèles, concentriques, perpendiculaires… Un beau barbot hertzien !
53 000. Le chiffre paraît un brin absurde, mais quiconque a tenté de se frayer un chemin dans la ville a ressenti dans sa chair la densité de la foule. Ajoutez à cela une température idyllique, limite caniculaire, et vous comprendrez pourquoi cette édition du Festif ! était si « hot »…
Sur la rivière, les canards, cygnes, licornes, orignaux et autres bouées ridicules ont téléporté leur lot de festivaliers, éméchés ou pas, unanimement joyeux. Pour m’y être jetée tête première à maintes reprises tout au long du festival, je peux témoigner qu’il y avait du courant sur la Gouffre… C’est un petit miracle qu’il n’y ait pas eu de blessé grave ou pire. Quelques genoux écorchés, quelques tasses bues et une multitude de coups de soleil, certes, mais rien pour fermer l’accès au vigoureux plan d’eau…

Et avouez que ça fait partie du charme de l’événement de voir les gens se balader avec leurs embarcations grotesques en pleine rue Saint-Jean-Baptiste…#nullepartailleurs.
La question à 100 $ :

Mais où vont-elles une fois la descente terminée et les bagages remballés ? Si j’étais un.e jeune loup.ve de Baie-Saint-Paul avec l’esprit entrepreneurial et de l’espace d’entreposage, me semble que j’y verrais une sacrée belle opportunité d’affaires !
« Entreposez votre licorne jusqu’au prochain Festif ! »; « Louez un orignal pour 15 $ et faites votre part pour l’environnement ! »; « Méga promo location: 3 Explorer 200 pour le prix de 2 durant le Festif ! 2027 »… Hey kiddo, y’a une piasse à faire ! Lance-toi comme une « tripe » dans le courant !

En 17 ans, je n’ai manqué qu’une édition de ce rendez-vous musical annuel. Et ça ne m’arrivera plus tant que je serai capable de « bouncer » dans un show fou braque de vérité de Violett Pi, de rouler à vélo jusqu’au bout du quai à 4 h du matin pour brailler sans retenue devant Natasha Kanapé Fontaine, de suivre une parade de fanfares sur le 220 au milieu de la nuit, de suer sous un chapiteau bondé devant Gab Bouchard, Malaimé Soleil ou Patche, de me barrer les pieds au Parvis, d’écouter, pâmée, des artistes venus des quatre coins du monde dont je n’avais jamais entendu ni le nom ni la musique avant ce jour béni…
La vie est trop courte pour manquer ça, non ?

Mon Festif ! 2026 en bref
Le coup de coeur absolu : Flore Laurentienne à la Scène Loto-Québec (si beau et si vert parc de la Virevolte)

Euh, pardon ? Quessé ça ? J’avais, bien sûr, écouté Flore Laurentienne sur les plateformes, mais rien ne m’avait préparé à ce moment de grâce pure ! Mathieu David Gagnon et ses musiciens nous ont envoûtés, je dirais même enfirouapés ! Le courant passait directement de la scène au cœur, sans s’enfarger dans les méandres de la tête. Le plaisir évident que partagent les membres de ce band du feu de Dieu est contagieux. Et comment définir le bidouilleur claviériste multitalentueux Mathieu David Gagnon ? Un très charismatique hybride entre Elvis et Brian Wilson, disons !

Le moment émouvant : Natasha Kanapé Fontaine en Concert à l’aube Go-Xplore

Quelques jours avant ce moment d’une grande beauté, je faisais des entrevues avec cette belle poète en lien avec un référendum dont l’issue s’annonçait déterminante pour l’avenir du Nitassinan de Pessamit, sa terre natale. L’implication de Natasha Kanapé Fontaine a, à mon humble avis, contribué définitivement à faire pencher la balance du résultat.
Dans sa voix, ce matin-là, entre le fleuve calme et le ciel de coton, sous le vol des oiseaux rieurs, il y avait tout l’amour du territoire, toute la charge des luttes menées et à venir, toute la vulnérabilité de celle qui se sait goutte d’eau dans la mer… Mais n’est-ce pas avec des gouttes que se forment les vagues ?
La palme « belle bibitte 2026 » est attribuée à… Alphonse Bisaillon

J’avais vu ce drôle de zigoto à Tadoussac il y a 2 ans. Il était un peu fou, vraiment dedans, et tout vert tendre encore ! C’est un Bisaillon plus mûr et en pleine possession de ses grands mots et de ses grands moyens qui est apparu sur la scène de la MicroBrasserie Charlevoix. Manier la poésie avec assez d’agilité pour qu’elle fasse à la fois réfléchir et danser, voilà un talent qui n’est pas donné à tout le monde. Si Émile Proulx-Cloutier, André Marchand et Freddy Mercury avaient un fils, il s’appellerait Alphonse Bisaillon !
Le bémol : Combien est trop ? (traduction libre de l’expression chinoise How much is too much)
Même si la magie Festif ! a encore une fois permis d’éviter la plupart des situations fâcheuses qu’une affluence de 53 000 personnes peut tout naturellement induire, il y a eu de petits accros. Un twit avec une bombe de poivre de cayenne, une situation déplorable au pit à sable (sous enquête), des excès, un peu de casse, des citoyens qui se sont sentis envahis…

J’ai pour mon dire que la proportion de « pas fins » est à peu près toujours la même dans un groupe donné, à l’instar de la proportion de gens bienveillants. Si on poursuit plus loin la réflexion, on peut facilement conclure, sans tomber dans le sophisme, que plus la foule est grande, plus il y a plus d’épais dedans…
S.V.P., les gnochons, l’an prochain, allez donc voir ailleurs si le bordel est plus facile à faire pogner et laissez-nous rêver en paix !
Le gros plus : le camping chez les Julie
C’est intense, un Festif !, surtout quand au plaisir anti-sommeil s’ajoute une bonne dose de travail. Je profite de l’occasion pour remercier celles qui m’ont accueillie dans leur petit paradis à un tour de roue de vélo de l’action, un camping de luxe et de simplicité, de fous rires et de moments partagés, de bonne bouffe et de plongeon revigorant dans l’eau glacée… Gratitude !
