Par Charlotte, votre humble narratrice (im)pertinente préférée
Mes très chers lecteurs,
Je vais vous faire une petite confidence. S’il y a encore quelques années, quelqu’un m’avait affirmé qu’il était possible d’observer de véritables icebergs… au Québec… sans prendre l’avion pour l’Arctique, je lui aurais probablement répondu qu’il avait regardé un documentaire un peu trop inspirant.
Et pourtant… Les icebergs existent bel et bien sur la Côte-Nord.
Mieux encore.
Chaque printemps, ils viennent tranquillement défiler devant Blanc-Sablon comme si cette partie de notre région avait décidé, le temps de quelques semaines, de jouer les petits cousins du Groenland.
Je trouve ceci complètement fascinant.
Nous avons tendance à associer les icebergs à Terre-Neuve, au Groenland ou aux expéditions polaires. Pourtant, il suffit de parcourir la Basse-Côte-Nord pour assister à ce spectacle naturel que des voyageurs traversent parfois la planète entière pour admirer. Et nous, nous l’avons la chance de l’avoir presque à côté de chez nous.
C’est sans doute l’une des activités les plus méconnues de cette série de chroniques. Parce qu’honnêtement, combien d’entre nous savent réellement que des géants de glace millénaires viennent dériver jusque devant nos côtes ?
Pas assez, il me semble.
Ces immenses sculptures naturelles prennent naissance sur les glaciers du Groenland. Au fil des années, parfois même des siècles, ils se détachent lentement de la glace avant d’entreprendre un incroyable voyage porté par le courant du Labrador. Après des centaines de kilomètres, ils finissent par atteindre le détroit de Belle-Isle et les côtes de Blanc-Sablon.
Quand on y pense, c’est presque irréel… Nous observons des morceaux de glace qui existaient déjà bien avant notre naissance, peut-être même avant celle de nos arrière-grands-parents.
Et ils poursuivent tranquillement leur route, au rythme des courants et du vent.
Mais le plus impressionnant, c’est sans doute leur taille. Même lorsqu’on les aperçoit depuis la terre ferme, ils semblent gigantesques. Pourtant, on oublie souvent que la partie visible ne représente qu’environ dix pour cent de leur masse. Tout le reste demeure caché sous la surface de l’eau.
Autrement dit… Ce que l’on admire n’est littéralement que la pointe de l’iceberg.
Oui, je sais, elle était facile. Mais il fallait bien que quelqu’un la fasse non ?
La meilleure période pour vivre cette expérience s’étend généralement d’avril jusqu’au début de l’été. Les icebergs sont alors nombreux à traverser le détroit de Belle-Isle et plusieurs deviennent facilement visibles depuis la côte ou le long de la route 138, notamment entre Blanc-Sablon et Vieux-Fort.
Et si vous souhaitez vous en approcher davantage, certaines excursions en bateau permettent de les observer de plus près, tout en respectant les distances de sécurité. Car ces géants de glace demeurent imprévisibles ; ils peuvent basculer ou se fracturer sans prévenir. Mieux vaut donc les admirer avec respect… et laisser les capitaines expérimentés gérer la proximité.
Même depuis la rive, le spectacle suffit largement. Car voir ces montagnes de glace flotter silencieusement sur le golfe procure une étrange sensation de calme. Elles semblent glisser sans effort, indifférentes au temps qui passe.
Comme si elles n’étaient que de passage, et c’est exactement le cas. Ce caractère éphémère rend l’expérience encore plus précieuse.
Si vous manquez la saison… il faudra patienter jusqu’au printemps suivant. Mais la magie de Blanc-Sablon ne s’arrête pas aux icebergs.
À cette même période de l’année, les glaces flottantes accueillent également les phoques du Groenland venus mettre bas. Avec un peu de chance, et des conditions favorables, il est même possible d’apercevoir les célèbres blanchons ou encore d’autres espèces comme le phoque gris ou le phoque à capuchon.
Décidément, la nature ne fait jamais les choses à moitié sur la Côte-Nord.
Je crois que ce qui me plaît le plus dans cette activité, c’est qu’elle nous rappelle à quel point notre région est exceptionnelle. Nous cherchons parfois des expériences extraordinaires à l’autre bout du monde alors que certaines se trouvent tout simplement… chez nous.
Des baleines que l’on observe depuis un quai.
Des plages infinies.
Des canyons cachés.
Du surf sur le Saint-Laurent.
Des châteaux.
Des fermes marines.
Et maintenant… des icebergs.
Franchement, si quelqu’un m’avait présenté cette liste avant mon arrivée sur la Côte-Nord, j’aurais probablement cru qu’il mélangeait plusieurs provinces. Pourtant, tout cela existe bel et bien ici.
Alors oui, Blanc-Sablon demande un peu d’organisation. La route est longue. Le voyage se prépare. Mais certaines destinations ne se mesurent pas en kilomètres, elles se mesurent en émotions.
Et je suis prête à parier que le moment où vous apercevrez votre premier iceberg flotter au large fera partie de ceux que vous n’oublierez jamais.
Parce qu’après tout, ce n’est pas tous les jours que l’on peut dire avoir croisé un morceau du Groenland… sans quitter la Côte-Nord.
Bien à vous,
Charlotte, qui est désormais convaincue que la Côte-Nord collectionne les merveilles… et qu’elle en garde toujours quelques-unes bien cachées pour ceux qui osent aller jusqu’au bout du monde.