Les expropriés des Bergeronnes n’abandonnent pas la partie

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Par Shirley Kennedy
Les expropriés des Bergeronnes n’abandonnent pas la partie
Tout comme les autres propriétaires des Bergeronnes concernés, Robert Larouche et Claudette Viens n’ont pas l’intention d’évacuer leur résidence d’ici le 25 mars 2021. Au moment d’aller sous presse hier, ils rencontraient les représentants du ministère de la Sécurité publique.

Les sept personnes concernées par l’avis d’expropriation aux Bergeronnes ont rencontré des représentants du ministère de la Sécurité publique. Ils ont bien l’intention de consulter d’autres experts afin de contester l’étude du ministère des Transports.

Le 9 février, les propriétaires de quatre résidences situées de part et d’autre de la route 138 dans le secteur du Cap de Bon-Désir aux Bergeronnes, ont appris qu’en raison des conditions de terrain critiques, ils étaient fortement invités à quitter leur propriété au plus tard le 25 mars 2021.

Une douche froide pour trois des sept personnes concernées par cette directive, que le Journal Haute-Côte-Nord a rencontrées. Bien qu’informés en 2017 qu’une étude du ministère des Transports était en cours, en aucun temps les citoyens n’ont été informés au préalable des conclusions crève-cœur du rapport d’études.

Claudette Viens et Robert Larouche habitent le Cap de Bon-Désir depuis 50 ans. Ils y ont élevé leur famille. Pour eux, comme pour les Lessard, leurs voisins, ce n’est pas seulement une question de matériel et de propriétés. C’est toute une vie qu’on leur demande de raser dans un délai de 6 semaines.

« Ce qui était au départ une recommandation lors de la rencontre d’information, est devenue une obligation quelques jours plus tard, après que moi et Yvan ( Lessard) ayons manifesté notre refus de signer leurs documents », explique M. Larouche.

Pour sa conjointe, Dre Claudette Viens, la façon de faire des représentants des deux ministères dénotait clairement une absence de tact.

« Ça été assez cavalier. Nous avons été conviés pour se faire évincer. Lorsque j’ai vu les travailleuses sociales et le psychologue sur place, j’ai compris que c’était sérieux. » « Il manquait juste l’ambulance », d’ajouter Robert Larouche.

Dre Viens reçoit au-delà de 900 patients depuis 25 ans dans son cabinet annexé à la résidence familiale. Dans le contexte actuel et la pénurie de médecins à laquelle est confrontée la Côte-Nord depuis des années, elle s’inquiète du sort qui sera réservé à ses patients.

« Il ne faut pas se leurrer, les médecins du Centre de santé aux Escoumins sont débordés, ils deviendront des patients-orphelins qui devront se rendre à l’urgence. »

Déménager ou démolir?

Lors de la rencontre du 9 février, les propriétaires ont été informés du programme mis à leur disposition et les options assorties. Puisque l’enrochement n’est pas une option envisagée pour l’instant par la Sécurité publique, les propriétaires doivent tenter l’exercice de la seconde option, soit celle de relocaliser leur propriété en soumettant au ministère deux soumissions.

S’il s’avère impossible de rencontrer les critères de la deuxième option, ils seront dirigés vers la troisième et dernière alternative, soit la démolition de leur résidence.

L’option deux s’avère impossible dans son cas, explique Robert Larouche, en raison des annexes ajoutées à la demeure au fil des ans.

Pour démolir leur résidence qui trône sur la berge du Cap de Bon-Désir au centre d’un terrain de 10 hectares, le couple Viens-Larouche obtiendrait 205 000 $.

« Et ce n’est pas le ministère qui s’occupe de ça, c’est aux propriétaires de s’arranger pour rencontrer les critères des programmes », ajoute M. Larouche, précisant que dans l’un ou l’autre des cas, les propriétaires s’engagent à céder leur terrain pour la somme de 1 $ à la municipalité.

Ce qui est contradictoire selon le Bergeronnais, c’est que des cas similaires de zones à risques et glissements de terrains sont survenus notamment à Pointe-Lebel et à Deschaillons-sur-Saint-Laurent, où les résidents ont pu rester à demeure sans être importunés par la Sécurité publique.

« On veut rester ici et assumer les risques. Tant qu’à perdre, si on est ici encore dix ans… On veut du temps et ils nous ont dit qu’une grande partie de l’année, en été et en hiver c’est sécuritaire. D’autant plus qu’on demande d’évacuer des résidences alors que la population de la Côte-Nord continuera de circuler sur la route 138 en face de ces résidences. Alors le danger est-il réellement présent? », questionne-t-il.

Même son de cloche chez les voisins, Gerthy Dufour et Yvan Lessard, qui refusent de sortir.

« Le 25 mars, je serai assis dans ma cuisine. Ils vont peut-être me sortir mais je ne sortirai pas avant », affirme l’homme d’affaires. Sa fille Valérie et son conjoint, qui habitent la maison adjacente, ont décidé de quitter, pour le bien-être de la future maman et le nouveau-né à venir.

Le 16 février, le conseil municipal des Bergeronnes a adopté une résolution à l’effet qu’il demande aux paliers gouvernementaux l’érection d’un mur de pierres afin de protéger le camping Bon-Désir et la portion côtière de Bon-Désir où habitent entre autres les sept résidents concernés.

Un projet fort ambitieux, soit une infrastructure de 1,5 km de long par 200 pieds de large, selon les informations obtenues par le Journal.

Dans un communiqué, la directrice générale Véronique Lapointe, affirme que le camping municipal sera amputé de 70 emplacements en lien avec cette directive. « Toutefois, 120 terrains sont toujours considérés comme sécuritaires. Le camping continuera ses opérations. »

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