Fusion Baie-Comeau/Hauterive : querelles autour du projet de loi

Par Colombe Jourdain 7:00 AM - 01 décembre 2021
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Les trois principaux protagonistes de ce dossier : le maire de Baie-Comeau Henry-Leonard à gauche, celui d’Hauterive Maurice Boutin à droite et pris entre les deux, le député du comté de Saguenay, Lucien Lessard. Photo archives Société historique de la Côte-Nord.

Les querelles continuent d’envenimer les relations entre les villes jumelles de Hauterive et Baie-Comeau. Chacun veut tirer la couverte de son bord et le député-ministre Lucien Lessard, pris entre deux feux, jette de l’huile sur le feu plutôt que de calmer le jeu.

Au début des années 80, la fusion est un sujet qui revient régulièrement dans l’actualité, mais c’est au printemps 1981, à la suite de la réélection de Lucien Lessard dans le comté de Saguenay que la fusion devient de plus en plus probable. Lucien Lessard avait d’ailleurs dit à ce moment que la fusion allait se faire d’ici la fin de l’année, lui qui, auparavant, assurait que la fusion ne serait pas forcée.

« La loi favorisant le regroupement municipal prévoit qu’une requête soit présentée conjointement par des municipalités dans le cas d’une fusion volontaire. Cependant, lorsqu’il y a division sur le sujet, le ministre des Affaires municipales a la possibilité de décréter une fusion », indique le journaliste Jean Garon dans l’édition du 20 novembre du journal Le Nordic, dix jours avant le dépôt du projet de loi.

Les rumeurs allaient bon train et plusieurs articles du 20 novembre laissent présager que le gouvernement déposerait un projet de loi sur la fusion rapidement, projet qui a été déposé le 30 novembre 1981 alors que les principaux intéressés, Lucien Lessard et Jacques Léonard, n’étaient même pas présents à l’Assemblée nationale. M. Lessard était en Haïti pour une conférence internationale et « quant au parrain du projet de loi, le ministre des Affaires municipales Jacques Léonard, il était lui-même en voyage ».

Le projet de loi prévoyait que la fusion serait officialisée le 1er janvier 1982. C’était sans compter les objections soulevées par l’administration municipale de Baie-Comeau et ses citoyens.

Rejoint par téléphone par le journaliste Raphaël Hovington peu après le dépôt du projet de loi, Henry Leonard « a déclaré qu’il ferait connaître ses commentaires à l’occasion d’une assemblée publique ». Quant à lui, le maire Boutin, dans une allocution devant la Chambre de commerce de Hauterive, « salue avec enthousiasme le dépôt du projet de loi 37, disant qu’il n’avait jamais cru à une fusion volontaire ».

Un sondage

Une semaine après le dépôt du projet de loi, le journal Le Nordic en collaboration avec le département de sciences humaines du cégep de Hauterive effectue un sondage auprès de la population.

Le fait que la ville de Baie-Comeau ait fait circuler un document contre la fusion dans sa population « a eu un effet non négligeable puisqu’il n’y a maintenant que 23 % des citoyens de cette ville qui approuvent le projet de fusion », explique Jean Garon dans son analyse du sondage.

En bref, les citoyens sondés à Hauterive étaient pour le projet de fusion à 88 % et seulement 2 % ont dit être contre. À la question : êtes-vous d’accord avec l’intervention du gouvernement pour obliger la fusion entre les deux villes, les gens de Baie-Comeau ont répondu non à 84 % tandis que pour ceux de Hauterive, le taux diminue à 38 %.

Les citoyens étaient plutôt d’avis que la fusion était un dossier qui aurait dû se régler entre les deux municipalités. Dans ce même sondage, on apprend aussi que les gens favorisaient le nom de Baie-Comeau pour la nouvelle ville au détriment de Haute Baie, Baie-Comeau/Hauterive et Cité de Manicouagan.

Dans les jours qui ont suivi, le maire de Baie-Comeau s’est présenté devant 4 000 de ses citoyens lors d’une assemblée publique au centre récréatif pour organiser la résistance et annonce qu’il « n’hésitera pas à recourir à la désobéissance civile pour s’opposer », reprochant au passage au gouvernement. « d’agir dans cette affaire avec une excessive rapidité et une brutalité que rien ne justifiait ».

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