La freinotomie : une opération parfois indiquée

Par 12:00 AM - 05 mai 2014
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Baie-Comeau – La freinotomie est une opération sûre et efficace pour soigner un frein de langue court chez le bébé et ainsi régler les problèmes d’allaitement qui y sont liés, a martelé le groupe de soutien à l’allaitement Aimons-Lait.

Karine Boivin Forcier

La parution, la semaine dernière, d’un article dans le journal La Presse et de reportages radiophoniques à Radio-Canada, qui présentait la freinotomie comme une opération risquée pratiquée dans une quête de l’allaitement à tout prix a poussé Aimons-Lait à réagir afin de rectifier certains faits. «De nombreuses études prouvent que la freinotomie peut contribuer à améliorer la conduite de l’allaitement si un frein de langue court était la cause des problèmes de mauvaise prise du sein, de mauvaise succion et de douleur», a souligné la responsable d’Aimons-Lait, Isabelle Joly, citant des documents de référence de la Ligue La Leche.

La Dre Martine Lévesque, chef du département d’obstétrique au Centre de santé et de services sociaux de la Haute-Côte-Nord–Manicouagan (CSSSHCN–M), abonde dans le même sens. «Il y a nettement plus de bénéfices à couper le frein de langue que de ne pas le faire, parce qu’il y a beaucoup plus de bénéfices à allaiter qu’à donner des préparations commerciales pour nourrissons», estime-t-elle.

Notamment, en présence d’un frein de langue court, la freinotomie amènerait une meilleure tétée au sein, une meilleure éjection du lait, une meilleure prise de poids pour le bébé, une meilleure tenue du bébé au sein, une diminution des douleurs aux mamelons de la mère et une amélioration des troubles digestifs du bébé.

Le bon diagnostic

Le frein de langue est une petite membrane qui relie la langue au plancher de la bouche. Chez certains bébés, elle s’étend plus loin que la normale vers le bout de la langue, c’est ce qu’on appelle un frein de langue court, ou ankyloglossie. On trouve quatre types de freins, évalués du grade 1 à 4. Ils peuvent causer des problèmes d’allaitement, comme une mauvaise prise du sein, un gain de poids lent et des douleurs aux mamelons de la mère.

«Lors de la tétée, c’est la langue, en se soulevant, qui amène l’aréole contre le palais et crée un mouvement de vague», explique Chantal Lavigne, consultante en lactation IBCLC. Si la langue, attachée par le frein au plancher de la bouche, ne peut se soulever pour comprimer les canaux lactifères, le transfert de lait ne sera pas adéquat. De plus, la langue peut glisser derrière la gencive, forçant le bébé à frotter ou mordre.

En présence d’un frein de langue court qui cause des problèmes d’allaitement, la freinotomie, qui consiste à couper cette membrane, est donc indiquée. Cependant, tous les problèmes d’allaitement ne sont pas causés par un frein de langue, selon Chantal Lavigne, d’où l’importance d’obtenir un bon diagnostic. «Pour évaluer la pertinence de l’opération, il faut comprendre ce qui se passe dans la bouche du bébé lorsqu’il tète. Il faut qu’une personne spécialisée en allaitement, capable d’évaluer correctement un frein de langue, voie le bébé. Il faut que cette personne soit capable de t’expliquer ce qui se passe dans la bouche du bébé qui tète, mais encore plus, ce qui se passe avec ton bébé», insiste-t-elle.

Intervention mineure

La freinotomie, ou coupe du frein de langue, est une intervention mineure, rapide et efficace lorsque réalisée par un professionnel compétent. Les professionnels distinguent le frein antérieur, une membrane sans nerf ni vaisseau sanguin, et le frein postérieur, qui lui est irrigué en sang. «Le frein antérieur, c’est une technique mineure. Habituellement, il y a très peu de saignement», indique la Dre Martine Lévesque, chef du département d’obstétrique au Centre de santé et services sociaux de la Haute-Côte-Nord–Manicouagan (CSSSHCN–M). Le frein postérieur, quant à lui, saigne un peu plus. Toutefois, «lorsque c’est bien fait, ça saigne un peu, mais rein de problématique», estime Chantal Lavigne, consultante en lactation IBCLC. L’opération, qui se déroule souvent sans anesthésie chez les jeunes bébés, ne prend que quelques secondes. À Baie-Comeau, la section se fait à l’aide de ciseaux spécialisés. L’opération ne serait pas douloureuse. Chantal Lavigne compare la douleur, par exemple, au pincement ressenti lors d’un perçage des oreilles. «Le bébé, quand il est petit, n’aime pas se faire tenir la tête, c’est pour ça qu’il pleure», ajoute la Dre Lévesque. Par ailleurs, le bébé est mis directement au sein après l’intervention, puisque la tétée contribue à la guérison et que le lait maternel possède des propriétés antibactériennes.

La Manicouagan

Au CSSSHCN–M, la freinotomie n’est pas monnaie courante, mais plusieurs médecins ont suivi une formation en allaitement et peuvent en faire le diagnostic. «On ne le fait pas systématiquement non plus, seulement s’il y a un problème avec l’allaitement. Il faut analyser si le problème est vraiment lié à ce frein court», mentionne la Dre Lévesque. Avant trois mois, la freinotomie est pratiquée par les médecins du département d’obstétrique du CSSSHCN–M. Par la suite, ce sont les dentistes ou les oto-rhino-laryngologistes qui le font.

Un peu d'histoire

Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, la freinotomie était une opération courante en obstétrique. En fait, elle faisait partie de l’examen de routine des nouveau-nés.  «Quand j’ai commencé ma pratique comme infirmière en périnatalité, il y a 13 ans, c’était une intervention faite systématiquement sur tous les nouveau-nés qui présentaient un frein de langue court. Aujourd’hui, on ne la recommande que quand il y a vraiment un problème d’allaitement», révèle Isabelle Joly, responsable du groupe Aimons-Lait. Une information que corrobore Chantal Lavigne, consultante en lactation IBCLC, qui souligne que cette pratique s’est perdue en même temps que la culture de l’allaitement et les connaissances et habiletés qui y sont liées.

 

Photo :Le frein de langue est la membrane qui relie la langue au plancher buccal. On aperçoit ici quelques exemples de frein de langue court. Selon Chantal Lavigne, IBCLC, il existe plusieurs types de freins de langue courts, aussi une personne compétente en allaitement doit effectuer le diagnostic.

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