L’interdiction de fumer sur les terrasses fait mal

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 08 octobre 2016
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Michel Martin, copropriétaire du Bar 760, évalue à environ 15 % la baisse de son chiffre d’affaires à la suite de l’interdiction de fumer sur les terrasses.

Michel Martin, copropriétaire du Bar 760, évalue à environ 15 % la baisse de son chiffre d’affaires à la suite de l’interdiction de fumer sur les terrasses.

Baie-Comeau – L’interdiction de fumer sur les terrasses, entrée en vigueur à la fin mai, fait mal aux restaurateurs et aux tenanciers de bars de Baie-Comeau. Après avoir traversé une première saison estivale, le constat est généralisé : les terrasses sont beaucoup moins populaires et le chiffre d’affaires est à la baisse.

Il faut dire que les propriétaires s’y attendaient. À la fin de l’été 2015, leur inquiétude et leur grogne face au projet de loi étaient palpables dans un reportage publié dans . Les gens interrogés craignaient les réactions de leur clientèle devant la disparition probable de la cigarette de leurs terrasses, qui n’était à ce moment-là qu’au stade de projet de loi.

Un an plus tard et après quatre mois passés sous ce règne, Denis Harel, du resto-bar Le Blues, ne décolère pas. « Ç’a eu un énorme impact. La terrasse a été morte tout l’été. Ç’a été un vrai désastre », souligne-t-il. Aménagée en 1998, sa magnifique terrasse n’a jamais été aussi vide que ces derniers mois, selon lui. Il déplore la baisse de son chiffre d’affaires, mais affirme ne pouvoir la quantifier.

En grillant leur cigarette près du foyer extérieur, les fumeurs, dit l’homme d’affaires, attiraient d’une certaine façon la clientèle des non-fumeurs vers la terrasse, histoire de boire une consommation ou de manger un repas en plein air. Au cours de l’été 2016, les choses ont changé.

Le propriétaire dénonce la politique de mur-à-mur dans l’application de cette nouvelle disposition de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme. Avec la configuration de sa terrasse en deux paliers, il aurait été facile, dit-il, de réserver un palier aux fumeurs et un autre aux non-fumeurs. « On est dans un carcan et dans tous les domaines », conclut-il.

Baisse de 15 %

Du côté du bar 760, son de cloche similaire. L’interdiction de fumer sur les terrasses fait disparaître une partie de sa clientèle. « Les clients sont moins au rendez-vous du 4 à 7 et ils ne rentrent pas nécessairement à l’intérieur », affirme Michel Martin, copropriétaire. Il évalue à environ 15 % sa perte de revenus.

Il trouve triste aussi que les serveuses doivent jouer à la police. « Elles deviennent comme la police des cigarettes. Parfois, des clients, il y en a des bêtes et on est obligé d’intervenir », précise-t-il. M. Martin rappelle aussi que pour les fumeurs qui fréquentent son établissement depuis 30 ans, le changement d’habitude peut prendre un certain temps.

Un habitué du bar 760, Sylvain Gagnon, grillait une cigarette à l’extérieur de la terrasse lorsque l’a croisé. Bien qu’il avoue que les fumeurs se sentent aujourd’hui comme des proscrits, la nouvelle loi, dit-il, ne l’empêcher pas de fréquenter l’établissement. « On va derrière pour fumer », précise le client.

Appréhensions pour novembre

À compter de novembre 2016, de nouvelles dispositions à la loi entreront en vigueur. Elles auront encore plus de mordant puisqu’elles obligeront les fumeurs à s’installer à neuf mètres des bâtiments, notamment les bars et les restaurants.

Au resto-bar Les Trois-Barils, Daniel Larrivée appréhende grandement l’arrivée du mois de novembre. Déjà, dit-il, l’achalandage a baissé depuis l’interdiction de fumer sur les terrasses. D’ailleurs, sa terrasse est même devenue trop grande pour ses besoins.

Le restaurateur ose à peine imaginer ce que ce sera avec l’obligation pour les fumeurs de se rendre pratiquement dans le milieu du stationnement pour griller une cigarette, au lieu de se tenir tout près de la porte de l’établissement, comme c’est le cas actuellement. « L’impact va être encore pire. Ça va faire mal », affirme-t-il.

Le restaurateur craint que ses clients désertent encore plus son établissement. « Les gens vont se faire des soupers à la maison en se disant : « On va rester chez nous tant qu’à se faire avertir », croit-il.

Au Québec

À la Corporation des propriétaires de bars et de restaurants du Québec, qui représente 1 200 établissements, le directeur général Renaud Poulin confirme que le constat est le même partout en province : l’interdiction de fumer sur les terrasses a eu un impact négatif.

« Les établissements sans restauration sont plus affectés. Certains nous ont dit n’avoir eu personne de l’été sur leur terrasse puisqu’il n’y avait pas d’intérêt pour les clients. Certains préfèrent rester chez eux. La baisse de chiffres d’affaires se situe entre cinq et quinze pour cent », souligne M. Poulin.

D’après lui, les bars doivent déjà composer avec une diminution de clientèle depuis plusieurs années, en raison notamment de la loi sur la conduite avec les capacités affaiblies. Cette baisse, il l’évalue à un ou deux pour cent par année.

Les nouvelles dispositions qui entreront en vigueur le 26 novembre feront aussi très mal, précise-t-il aussi. Les fumoirs ou autres abris mis en place pour protéger les fumeurs du froid ou de la pluie devront se trouver à neuf mètres des établissements.

Rappelons que la loi interdisant de fumer à l’intérieur des restaurants et ses bars est en vigueur depuis 2006.

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