Jos D’Astous craint que son « bébé » ne lui survive pas

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 15 Décembre 2016
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Jos D’Astous œuvre à l’entretien de la patinoire Saint-Sacrement depuis les années 70. Atteint aujourd’hui d’un cancer incurable, il espère une relève. Photo archives Le Manic.

Jos D’Astous œuvre à l’entretien de la patinoire Saint-Sacrement depuis les années 70. Atteint aujourd’hui d’un cancer incurable, il espère une relève. Photo archives Le Manic.

Baie-Comeau – Jos D’Astous vient d’avoir 83 ans. Depuis juillet, un cancer des os l’affaiblit et le fait souffrir, mais il n’y a pas que la maladie qui le fasse souffrir. L’absence de relève pour assumer la responsabilité de l’entretien de la patinoire Saint-Sacrement crève littéralement le cœur de ce grand bénévole.

 

Depuis les années 70, le Baie-Comois donne largement de son temps pour l’infrastructure du quartier Saint-Sacrement. Il le fait surtout pour faire plaisir aux enfants et aux adolescents du voisinage. Les sourires qui éclairent leurs visages sont sa récompense.

En raison de son cancer, M. D’Astous sait que ses jours sont comptés et il craint que « son bébé » ne lui survive pas. Il y a bien un petit noyau de quatre bénévoles actifs, mais personne ne veut reprendre le flambeau. Leur disponibilité est aussi très limitée les fins de semaine.

L’ouverture de la patinoire le matin ne cause pas de problème au chapitre du bénévolat. Les choses se corsent le soir pour la fermeture, souvent associée au grattage et à l’arrosage des trois surfaces glacées (deux glaces et un anneau). Parfois, ces tâches se prolongent jusque tard en soirée.

En raison de sa maladie, le responsable ne peut plus gratter, passer la souffleuse ou simplement nettoyer la petite bâtisse où les gens enfilent et retirent leurs patins. Son médecin le lui interdit formellement et son épouse veille d’ailleurs au grain. « Il a un ultimatum. S’il fait le fou, il va rester tout seul. Puis, s’il pense que je ne suis pas sérieuse, il va être surpris », lance d’ailleurs la dame, d’un regard qui dit tout, pendant l’entrevue réalisée par Le Manic avec le bénévole.

Un cri du cœur

M. D’astous lance un véritable cri du cœur. « La patinoire Saint-Sacrement, on veut la garder, mais aidez-nous », martèle-t-il. Une personne doit lever la main pour assumer la responsabilité de la patinoire. Il faut aussi que des bénévoles adultes et jeunes mettent la main à la pâte.

Dans la soirée du 5 décembre, le premier arrosage de l’hiver a été effectué. Pour avoir les deux bénévoles nécessaires à cette tâche, le responsable a dû en joindre cinq.

Pourtant, la patinoire est très populaire. Les fins de semaine et encore plus pendant la période des Fêtes, de 200 à 300 personnes par jour peuvent s’y rendre patiner ou jouer au hockey. Mais quand vient le temps de gratter les glaces le soir et d’arroser, tout le monde s’éclipse comme par magie. « Comme on dit, beaucoup de monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir », illustre l’homme.

Contrairement à ce que des citoyens pensent, l’entretien des installations ne relève pas de la Ville de Baie-Comeau. Cette dernière verse cependant un montant de 3 000 $ pour les couts inhérents, notamment le renouvellement des grattes, des pelles ou même de la souffleuse. À l’occasion, des petites récompenses sont également versées à des jeunes qui aident à l’entretien. « Je leur dis d’aller s’acheter un lunch », explique le responsable.

Déclin du bénévolat

La pénurie de bénévoles ne date pas d’hier. M. D’Astous remarque un recul depuis près d’une dizaine d’années. « Ça descend tout le temps et c’est pire encore depuis l’an passé. Le bénévolat, y’en a plus. On est cependant chanceux, parfois, avec les bénévoles qui sont sortis d’Alcoa ou de Quebec North Shore (la papetière de Produits forestiers Résolu)», dit-il.

Du côté du service des loisirs de la municipalité, le message est clair. Sans un nombre suffisant de bénévoles, la patinoire fermera. « J’ai dit à Richard (Ouellet), d’accord, je vais ouvrir ça avec mes trois-quatre bénévoles. »

Le responsable a même été dans l’obligation de fermer la patinoire pendant une semaine, il y a trois ans, en raison de bris et de manque de main-d’œuvre. Or, des enfants de six ou sept ans ont rappliqué chez lui pour l’implorer de la rouvrir.

Depuis trois ans, la Ville délègue un employé des travaux publics pour déneiger à la chargeuse après une bonne tempête de neige. Parfois, M. D’Astous reçoit aussi l’aide d’entrepreneurs de son quartier qui ont la machinerie nécessaire au déneigement.

Tout dépendant de la température de la dernière semaine, l’octogénaire envisageait lancer les opérations de la patinoire Saint-Sacrement le lundi 12 décembre. Il se croise maintenant les doigts pour que son appel aux bénévoles trouve écho au sein de la population.

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