L’élevage commercial de l’Osmia tersula est à portée de main

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Par Charlotte Paquet

Baie-Comeau – Des abeilles, Ève-Catherine Desjardins en voit presque dans sa soupe tellement elles occupent son quotidien. Mais l’entomologiste a depuis longtemps le regard fixé sur une espèce en particulier, l’Osmia tersula, une pollinisatrice hors pair pour les bleuets de la Côte-Nord et d’autres petits fruits nordiques.

Grâce aux travaux de la chercheuse du Centre d’expérimentation et de développement en forêt boréale (CEDFOB), affilié au cégep de Baie-Comeau, l’élevage commercial est plus que jamais à portée de main et ce n’est pas les producteurs de la Côte-Nord qui s’en plaindront. « Les abeilles, c’est ma spécialité. Ça fait au moins 15 ans que je les observe », raconte Ève-Catherine Desjardins.

Dans les faits, elle les a dans sa mire depuis qu’elle s’intéresse aux bleuetières de la Côte-Nord et au développement d’une méthode d’élevage d’insectes pollinisateurs.

Rapidement, ses travaux de recherche ont permis de trouver des abeilles qui venaient nicher dans des nids de fabrication maison. L’Osmia tersula, qu’on peut illustrer comme étant l’abeille du Nord, en faisait partie. « J’ai vu que cette espèce-là (déjà connue comme pollinisatrice des bleuets) était très abondante dans les nichoirs », raconte la chercheuse. Il n’en fallait pas plus pour que l’équipe du CEDFOB s’y intéresse particulièrement.

L’espèce a toutes les caractéristiques d’une pollinisatrice très efficace pour les cultures nordiques. « Elle est naturellement là. Depuis qu’elle existe qu’elle butine nos petits fruits. Elle s’est adaptée à notre climat et a plus de chances de polliniser de façon efficace », souligne Mme Desjardins. Elle est plus réceptive à la luminosité et est moins affectée par les basses températures, ce qui est parfait dans une région comme la Côte-Nord.

Il y a bien d’autres pollinisateurs, notamment le bourdon, mais ils sont moins efficaces pour la culture du bleuet. Actuellement, la pollinisation des cultures se fait avec des insectes importés.

Élevage plus simple

Au cours des trois dernières années, la chercheuse a développé un protocole d’élevage pour cette abeille tant prometteuse. Comme elle ne donne pas de miel, son élevage est plus simple. « L’élevage consiste à prendre soin de l’insecte et avoir une gestion de chaque étape de son cycle de vie. On lui fournit le climat et les nids », souligne-t-elle.

Le cycle de vie de l’Osmia tersula s’accorde d’ailleurs parfaitement à la culture du bleuet. Elle atteint son âge adulte au moment de l’épanouissement des fleurs du petit fruit. Le signal est donné que le temps est venu d’aller butiner le pollen des fleurs, avant d’y pondre leurs œufs et mourir après la floraison.

Des expérimentations d’élevage sont menées chez plusieurs agriculteurs de la Côte-Nord. Comme l’explique la chercheuse, une fois les œufs pondus, les producteurs n’ont qu’à prélever les cocons, qui contiennent aussi des larves, et les mettre au réfrigérateur jusqu’à la saison suivante. À ce moment-là, ils pourront faire éclore les œufs en l’espace de quelques jours.

Ève-Catherine Desjardins rêve d’un jour où tous les producteurs de bleuets, et d’autres fruits comme la camerise et la chicoutai, auront accès à grande échelle à cette pollinisatrice exceptionnelle et deviendront autonomes au chapitre de la pollinisation de leurs cultures. C’en serait fini de la location de ruches provenant d’ailleurs au Québec et des couts élevés qui en découlent.

Au cours des derniers mois, la chercheuse a déposé un projet auprès du Programme d’aide à la recherche et au transfert du ministère de l’Éducation du Québec pour permettre de franchir une étape de plus, celle de développer des équipements commerciaux destinés à l’élevage. « On va travailler avec des ingénieurs. On va faire des plans d’équipements, les faire usiner, faire des tests et éventuellement pouvoir vendre des équipements », conclut-elle.

En une quinzaine d’années, quelque 250 000 $ ont été investis dans les travaux de recherche autour du développement d’une technique d’élevage de l’Osmia tersula pour assurer la pollinisation des cultures de bleuets sur la Côte-Nord.

 

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