La pénurie de pharmaciens freine le déploiement des soins pharmaceutiques

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 19 octobre 2018
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François Paradis et Linda Vaillant, respectivement président et directrice générale de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, étaient en tournée sur la Côte-Nord la semaine dernière. Photo Le Manic

François Paradis et Linda Vaillant, respectivement président et directrice générale de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, étaient en tournée sur la Côte-Nord la semaine dernière. Photo Le Manic

Baie-Comeau – La pénurie de pharmaciens en établissements de santé sur la Côte-Nord perdure et, dans son sillage, un enjeu de taille apparaît : le frein au déploiement de l’offre de soins pharmaceutiques.

En tournée en région la semaine dernière, le président et la directrice générale de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, François Paradis et Linda Vaillant, ont insisté sur l’importance que leurs membres puissent sortir de leur pharmacie pour aller à la rencontre des patients que ce soit à l’urgence, sur les unités de soins ou encore en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Actuellement, dans une région comme la Côte-Nord, seuls les services de base sont offerts par les pharmaciens en établissements. « Par rapport au reste du Canada, on a pris du retard par rapport à la présence des pharmaciens sur les unités de soins », déplore M. Paradis.

De plus, lorsqu’on sait que les résidents en CHSLD prennent chacun en moyenne 14 médicaments différents par jour, la présence d’un pharmacien sur place est loin d’être un luxe. « C’est un secteur où les pharmaciens ont un rôle essentiel », martèle le président.

« La population continue de vieillir et les maladies chroniques sont en croissance. Ce sont des gens qui prennent de plus en plus de médicaments et des médicaments de plus en plus complexes. De maintenir les services de base, ce n’est pas suffisant et pas rentable en bout de ligne », ajoute l’homme. Linda Vaillant renchérit : « Les services de base, c’est correct, mais en 2018, c’est à la limite du correct ».

Recrutement difficile

Oui, le recrutement demeure difficile et vient freiner les activités à valeur ajoutée. Actuellement, à peine les deux tiers des 22 postes de pharmaciens en équivalent temps complet dans les établissements de santé de la Côte-Nord sont comblés.

D’après Mme Vaillant, le ministère de la Santé et des Services sociaux n’est pas très actif pour changer la donne. « Il ne travaille pas très très fort dans le recrutement de pharmaciens d’établissements », assure-t-elle.

La directrice générale déplore que Québec ne fasse pas davantage la promotion d’un programme de bourses permettant l’embauche par un établissement de santé des étudiants en pharmacie dès leur maîtrise, moyennant l’assurance qu’il pratique chez lui après ses études. Dès son embauche, il reçoit un salaire de pharmacien au public et bénéficie d’avantages sociaux.

En mars 2019, le Centre multiservices de santé et de services sociaux de la Minganie à Havre-Saint-Pierre accueillera d’ailleurs un pharmacien à temps complet, embauché en septembre 2017 par le Centre de santé et de services sociaux de la Côte-Nord alors qu’il était encore aux études.

L’assurance d’un salaire concurrentiel par rapport aux pharmaciens du secteur privé pourrait aussi permettre d’attirer davantage de professionnels dans les pharmacies des établissements de santé. « Il faut avoir des mesures intéressantes. Ici sur la Côte-Nord, il existe des primes qui représentent entre 40 et 50 % du salaire. On veut que ces primes s’insèrent comme du vrai salaire », insiste la directrice générale, soulignant que les primes ont normalement une fin, même si elles sont constamment reconduites.

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