Le cégep veut former de futurs policiers spécialisés en réalité autochtone et enjeux régionaux

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 29 novembre 2018
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Le Cégep de Baie-Comeau espère obtenir l’aval du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur à sa demande pour offrir le programme Techniques policières avec une spécialisation en réalité autochtone et enjeux régionaux. Photo archives Le Manic

Baie-Comeau – Le cégep de Baie-Comeau veut intégrer à sa carte de programmes une formation en Techniques policières, dont le contenu spécialisé en réalité autochtone et enjeux régionaux le distinguerait de ce qui existe présentement au Québec.

L’établissement, qui a déposé un avis d’intention en ce sens au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur en février 2018, est actuellement en période de récolte d’appuis. Mercredi, il a reçu celui de la table des maires de la MRC de Manicouagan. Deux semaines plus tôt, un appui majeur lui avait été accordé, celui du Conseil régional des partenaires du marché du travail.

La nouvelle offre de formation, le cégep explique la réclamer afin de combler un vide à ce chapitre. Son directeur général, Claude Montigny, explique que la Côte-Nord est l’une des deux régions du Québec, avec la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, à ne pas dispenser le programme de Techniques policières.

Le programme est offert dans 12 établissements collégiaux du Québec. Le lieu de formation le plus près par la route se situe à Alma, soit à 375 kilomètres de Baie-Comeau. Permettre aux futurs policiers d’étudier en région aurait des retombées positives sur le recrutement et la rétention de la relève policière, tout comme sur le solde migratoire interrégional excessivement déficitaire, notamment parce que les jeunes quittent la Côte-Nord pour leurs études et n’y reviennent pas.

Autochtone et milieu isolé

Mais il y a plus. La formation en Techniques policières spécialisée en réalité autochtone et enjeux régionaux permettrait, « de bien préparer, d’une part, les futurs policiers à cette réalité bien distincte et bien typique de notre région qu’est l’intervention en milieu autochtone et, d’autre part, de leur apprendre à intervenir sur d’immenses territoires, en milieu isolé et forestier, une approche très différente de la formation traditionnelle actuellement offerte », précise M. Montigny.

La Côte-Nord compte neuf postes de police de MRC sous la juridiction de la Sûreté du Québec et cinq corps de police autochtone parmi les neuf communautés de la région. Ce sont autant de besoins d’effectifs policiers à combler.

Dans l’argumentaire de son projet, le cégep rappelle que la formation policière actuelle ne considère pas, ou très peu, deux éléments importants à l’exercice du métier dans une région comme la Côte-Nord, mais aussi l’Abitibi, notamment.
M. Montigny fait référence à la formation et au perfectionnement des policiers œuvrant au sein des corps policiers autochtones, tout comme à la sensibilisation des policiers non autochtones aux façons de faire particulières en intervention au sein de ces populations.

Selon le directeur général, la réalité des régions du Québec, avec les déploiements sur de grands territoires et l’intervention en milieu isolé ou forestier, ne sont également pas nécessairement prises en compte dans la formation dispensée.

Contingentement

Le programme de Techniques policières est très contingenté dans les cégeps du Québec. Au total, 2 300 étudiants y sont inscrits. Les diplômés attendent souvent longtemps avant de pouvoir entrer à l’École nationale de police de Nicolet, l’étape ultime avant d’espérer pratiquer leur métier.

M. Montigny est bien conscient de tout ça. Pour éviter d’exercer une pression additionnelle sur l’école de police, il verrait bien la modification des contingentements par établissement de façon à ce que le cégep de Baie-Comeau puisse développer le programme.

Le cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, qui offre déjà la formation, travaille en partenariat avec le cégep de Baie-Comeau. Ce n’est pas le fruit du hasard puisque les deux régions se ressemblent au chapitre du territoire et de la réalité autochtone. Si le programme voit le jour, il est d’ailleurs très possible que des places soient dédiées à des étudiants autochtones.

Le cégep de Baie-Comeau détient déjà une expertise en matière de formation de la clientèle autochtone. Cela va de même pour le domaine de l’intervention en région éloignée et en forêt par l’entremise de cours offerts dans les programmes en Technologie forestière et Techniques d’aménagement cynégétique et halieutique. On peut penser à la conduite de véhicule tout terrain, à la survie en forêt ou encore à la lecture de carte et boussole, entre autres.

Même si peu de gens sont au courant, précise M. Montigny, une partie de la formation des agents de protection de la faune au Québec est dispensée par le cégep de Baie-Comeau. Les deux autres établissements collégiaux impliqués sont ceux de Saint-Félicien et d’Alma.

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