« C’est sûr que je vais demander l’aide médicale à mourir » – Arlette Girard

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Par Charlotte Paquet
« C’est sûr que je vais demander l’aide médicale à mourir » – Arlette Girard
De 2013 à 2016, Arlette Girard a présidé la Fondation de la santé et des services sociaux de Manicouagan. On l'aperçoit avec sa directrice générale, France Lévesque. Photo courtoisie

Baie-Comeau – « C’est sûr que je vais demander l’aide médicale à mourir. Mon médecin est au courant. Je suis très sereine avec ça. Je me prépare. Puis quand ce sera le temps, on fera le saut de l’autre bord ».

Arlette Girard possède une résilience hors du commun face à la sclérose latérale amyotrophique (SLA) dont elle est atteinte. Elle prépare actuellement ses deux fils et son frère à son départ. Sa famille l’appuie dans sa décision, assure-t-elle.

La mort ne lui fait pas peur. La grande foi qui l’habite y est certainement pour quelque chose. « Moi, je ne vois même pas la mort comme une épée de Damoclès. Je sais que je m’en vais là et je n’ai pas d’autre track à côté », raconte celle qui veut mourir dans sa maison et qui remplit six des sept critères pour demander l’aide médicale à mourir. Le septième, c’est d’être en fin de vie.

Elle dit préparer sa valise peu à peu en prévision de son départ. « Tout ce qui s’appelle paperasse. Toutes les choses que je dois faire légalement avec mes enfants, j’en ai déjà une bonne part de fait », assure celle qui compte aussi réunir bientôt ses deux fils avec elle pour décider de ce qu’ils veulent garder, ce qu’ils veulent vendre. « Pour ne pas qu’ils soient déboussolés quand je vais partir. »

Arlette Girard travaille aussi à l’organisation de ses funérailles et à l’allocution qui sera prononcée. « Comme un vrai professeur qui planifie. J’ai toujours été planificatrice », lance-t-elle le sourire aux lèvres.

Des deuils

Depuis plusieurs mois, Arlette Girard a dû apprendre à surmonter de nombreux deuils, comme écrire de ses mains, s’habiller seule, voyager et, ajoutera-t-elle parmi bien d’autres exemples, s’impliquer socialement.

Et les deuils s’amplifieront plus la maladie progressera. « À un moment donné, je vais avoir de la misère à avaler, les muscles, la bouche, ça va lâcher. Je vais avoir de la misère à parler aussi, je sais ce qui s’en vient. J’ai le livre de la SLA », souligne celle qui se déplace à l’aide d’un déambulateur et a de la difficulté à contrôler ses doigts.

Elle sait que c’est le fauteuil roulant qui l’attend. D’ailleurs, il se trouve déjà dans sa chambre. « Je l’ai bien caché, mais il est arrivé », précise-t-elle en pensant aux sorties extérieures qu’elle pourra faire à l’été avec l’aide de personnes pour le pousser.

Malgré tous ces deuils à faire, Arlette Girard s’organise pour être le plus heureuse possible dans les circonstances. Elle se dit très bien entourée par ses proches et par des amis qui lui apportent des petites douceurs. « Les gens me disent : tu as tellement donné, c’est le retour du balancier, prends-le ».

La présence des gens du CLSC est également très importante pour elle, insiste-t-elle.

« Qu’est-ce que je peux demander de plus dans l’état que je suis. De quoi je me plaindrais, je suis tellement bien entourée », dit-elle bien installée dans le fauteuil souleveur fourni par le CLSC. Un fauteuil qui l’aidera à se mettre debout quand ses forces diminueront encore plus.

Si la fière dame a accepté de se raconter au Manic, c’est pour montrer aux gens que même si on sait que la vie peut être écourtée par la maladie, il est possible de s’organiser pour être heureuse. « On crée son propre bonheur », conclut-elle, en parlant d’un message d’espoir qu’elle souhaite lancer.

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