Le Camille-Marcoux a-t-il déclenché une malédiction?

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Par Steeve Paradis
Le Camille-Marcoux a-t-il déclenché une malédiction?
Depuis qu’il a pris sa retraite, le Camille-Marcoux n’a pas de remplaçant fiable à long terme sur la traverse Matane-Côte-Nord. Photo courtoisie

Baie-Comeau – Depuis que la Société des traversiers du Québec (STQ) a décidé de mettre fin aux loyaux services du traversier Camille-Marcoux, une malédiction semble s’acharner sur la liaison maritime Matane-Baie-Comeau-Godbout. L’accident du potentiel navire de relève ciblé par la STQ en Allemagne la semaine dernière n’est que le dernier d’une très longue série d’incidents.

Ce navire, le Saaremaa, est entré en collision avec un cargo mercredi dernier, près du port de Cuxhaven. Les dommages semblent mineurs et devraient être réparés au moment où vous lirez ces lignes. La STQ refuse de confirmer qu’elle reluque ce traversier construit en 2010, mais n’empêche que cet incident émaille encore plus cette intarissable saga.

Remontons un peu dans le temps. C’est au tournant de la présente décennie que la Société des traversiers a pris la décision de trouver un remplaçant au Camille-Marcoux, un navire construit en 1974, par un bateau à la fine pointe de la technologie. En 2012, le contrat du futur traversier est accordé au chantier naval italien Fincantieri. Le mandat est de construire un bateau capable d’accomplir 1 600 traversées par année.

Le fameux navire, qui devait être propulsé au gaz naturel liquéfié, est nommé Félix-Adrien (F.-A.) Gauthier, du nom d’un ancien maire de Matane. Il arrive au Canada en avril 2015 et prend du service en juillet. En mesure d’accueillir 180 véhicules et 800 passagers, il a été construit au coût de 220 M$, 40 M$ de moins que prévu.

Toutes sortes de pépins

Ce ne sera pas long que le F.-A.-Gauthier connaîtra toutes sortes de pépins, petits et gros. Problèmes électriques et électroniques du système de propulsion, bris mécaniques de toutes sortes, porte incapable de s’ouvrir. Deux ans après son entrée en service, on répertoriait plus de 200 bris, ce qui avait fait dire au maire de Baie-Comeau de l’époque, Claude Martel, « ce bateau-là, c’est un échec ».

Pendant ce temps, même s’il avait accompli correctement son travail de remplacement du F.-A.-Gauthier durant ses arrêts techniques, la STQ décide en mars 2017 de se débarrasser du Camille-Marcoux, vendu à Marine Recycling Corporation, en Ontario. Plutôt que de faire un peu d’argent avec cette vente, la Société des traversiers doit au contraire débourser 2,3 M$ pour disposer du traversier.

Le F.-A.-Gauthier continue son épopée, clopin-clopant. Avec le démantèlement du Camille-Marcoux, la STQ se retrouve désormais sans bateau de relève durant une absence prolongée d’un de ses navires réguliers. Elle planche sur l’achat d’un tel bateau, mais en juillet 2018, le précédent gouvernement libéral refuse d’entériner cette acquisition.

Problème majeur

Ce qui devait arriver arriva. En décembre 2018, lors d’un arrêt technique prévu pour deux jours, on découvre un problème majeur sur les propulseurs azimutaux du F.-A.-Gauthier, qui ne pourra pas reprendre la mer avant la mi-août 2019 au plus tôt. Prise de court, la STQ fait appel au CTMA Vacancier, qui relie habituellement les Îles-de-La-Madeleine au continent.

Le CTMA Vacancier n’est toutefois disponible jusqu’à la fin janvier. La STQ doit donc se tourner d’urgence vers Labrador Marine, qui vient de mettre fin au service de l’Apollo, qui assurait la liaison entre Blanc-Sablon et St.Barbe, sur l’île de Terre-Neuve.

Le navire construit en 1970 n’a cependant effectué que 17 jours de traversée avant d’être déclaré bon pour la casse il y a deux semaines par le pdg par intérim de la STQ, Stéphane Lafaut. Son achat coûtera au bas mot 3,5 M$ à la Société, sans compter les frais qui seront encourus pour son démantèlement.

Durant son court service, l’Apollo ne l’a pas eu facile, pour dire le moins. Il est demeuré prisonnier des glaces plus souvent qu’à son tour et surtout, il a heurté les quais de Godbout et de Matane, faisant ainsi couler beaucoup d’encre.

Maintenant, quelle sera la suite dans ce dossier aux innombrables rebondissements? Le ministre des Transports, François Bonnardel, a encore déclaré récemment qu’un navire de remplacement sera en fonction à la traverse Matane-Côte-Nord d’ici la fin juin.

Est-ce que ce sera le Saaremaa qui, selon nos informations, serait le seul traversier actuellement disponible sur la planète qui pourrait répondre aux besoins? Ce navire est le jumeau du Qajaq, le successeur de l’Apollo sur la liaison Blanc-Sablon-Terre-Neuve, qui connaît lui aussi son lot d’ennuis dans les glaces. Nous serons fixés sous peu.

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