Un projet de serres unit la Ferme Manicouagan et GPU.one

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Par Charlotte Paquet
Un projet de serres unit la Ferme Manicouagan et GPU.one
Sur cette photo prise en octobre 2018, on aperçoit Julie Bérubé (deuxième à partir de la gauche) en compagnie de son oncle, son frère et son père, Laurent, Luc et Donald Bérubé, de sa mère Françoise Marquis, et Joel Almando, un employé mexicain qui était de retour cette année.

La Ferme Manicouagan de Pointe-Lebel a beau être occupée ces semaines-ci à clore sa saison de culture 2019, un beau projet tient tout de même son monde en haleine : l’implantation à Baie-Comeau d’un complexe de serres chauffées avec la chaleur dégagée par les cheminées du centre de données de GPU.one.

« Pour la ferme, c’est un projet qu’on trouve très intéressant et novateur d’utiliser les résidus d’une entreprise pour en créer une autre », souligne Julie Bérubé, qui, avec son frère Luc, constitue la relève de l’entreprise agricole, propriété de Donald et Laurent Bérubé.

Synergie 138, un maillon de la SADC Manicouagan qui fait la promotion de l’économie circulaire et des maillages entre entreprises, pilote le dossier depuis de nombreux mois. Des entreprises en agriculture ont été approchées, mais la Ferme Manicouagan est celle qui a levé la main avec le plus de vigueur.

L’idée des serres emballe littéralement Julie Bérubé, qui y voit un potentiel extraordinaire d’expansion pour l’entreprise. Oui, il y a la possibilité de cultiver 12 mois par année et desservir la Côte-Nord, mais il y aussi la création d’une vingtaine d’emplois permanents qui la réjouit. Actuellement, la ferme embauche une poignée de travailleurs à titre saisonnier et ce n’est jamais facile de trouver du monde.

L’entrepreneure considère le projet de serres comme une occasion à ne pas laisser passer pour le milieu agricole de la Manicouagan. Si aucun promoteur local ne s’était montré intéressé, elle se dit assurée que quelqu’un de l’extérieur se serait manifesté.

En détail

Le terrain disponible derrière le centre de données de GPU.one, rue William-Dobell, couvre une superficie d’un hectare, ce qui suffirait à l’érection d’un complexe équivalant à 42 serres de la dimension de l’unique installation du genre à la ferme à Pointe-Lebel. « Il y en aurait qui seraient en semence, d’autres en production ou en production en devenir », indique Mme Bérubé.

Par rapport à 42 serres chauffées à l’huile, la récupération de la chaleur générée par GPU.one permettrait d’éviter l’émission de 964 tonnes de gaz à effet de serre (GES) par année. « C’est quand même une belle économie. Si on est de cette grosseur-là, on pourrait fournir des épiceries, des restaurants », poursuit la porte-parole, en faisant remarquer que d’autres émissions de GES liées au transport sur de grandes distances seraient aussi évitées.

Le projet est estimé à 8 M$, mais les coûts réels restent à établir par une étude de faisabilité qui est sur le point de s’amorcer. Génika, une firme de Québec spécialisée en solution énergétique pour des serres, est attendue à Baie-Comeau en octobre afin de se pencher sur la meilleure technologie possible à mettre en place pour capter, emmagasiner et redistribuer l’énergie qui se dégage des 32 cheminées du centre de données.

« Le montage financier va se faire par la suite. Il n’est pas encore fait, car on n’a pas toutes les réponses à nos questions. On a bien hâte de voir l’étude de faisabilité », affirme Mme Bérubé, qui précise que la Ferme Manicouagan ne pourra réaliser le projet seule et aura besoin de partenaires.

Objectif 2020

Chargée de projet en économie circulaire à la SADC Manicouagan, Édith Corbeil a confiance que la première pelletée de terre du complexe de serres se fasse au printemps 2020. « Cet automne et cet hiver, on met les bouchées doubles pour que ça débloque au printemps. Je ne verrais pas pourquoi ça ne se réaliserait pas. »

Mme Corbeil assure que la chaleur générée par les milliers de serveurs de GPU.one est suffisante pour le projet. Des mesures l’ont démontré.
Selon elle, le projet impliquant la Ferme Manicouagan et GPU.one permettrait de réaliser une première au Québec. En effet, à ce jour, aucun centre de données ne valoriserait sa chaleur résiduelle pour chauffer des serres.

Fait à noter, Mmes Corbeil et Bérubé étaient de passage à Sept-Îles au début de la semaine dernière pour présenter le projet de serres au ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, dans le cadre de la tournée de consultation pour l’élaboration du Plan d’électrification et de changements climatiques.

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