Camille et Ariane secourent un cycliste victime d’un malaise cardiaque

Par Charlotte Paquet 3:00 PM - 01 juin 2021
Temps de lecture :

Ariane Desbiens et Camille Desbiens-Morin ont été les premières secouristes à intervenir auprès d’un cycliste de 58 ans, Jacques Beaudet, victime d’un malaise cardiaque après avoir gravi la côte du boulevard Blanche le 10 mai. L’événement est survenu derrière elles, de l’autre côté de l’artère. Photo courtoisie

L’une a 20 ans, l’autre 17 ans. Étudiantes en première année de soins infirmiers, Camille Desbiens-Morin et Ariane Desbiens n’auraient jamais cru avoir à intervenir auprès d’un cycliste victime d’un malaise cardiaque, mais c’est arrivé. Une expérience gratifiante, certes, mais aussi mémorable pour les deux jeunes femmes tout heureuses que l’homme s’en soit sorti.

Le 10 mai en milieu d’avant-midi, Camille se trouve au volant de son véhicule avec Ariane à ses côtés. Elles circulent sur le boulevard Blanche en direction sud pour se rendre au cégep de Baie-Comeau. Comme elles ont un peu de temps devant elles avant leur prochain cours, elles décident d’aller se promener, raconte Camille au bout du fil.

Cette dernière s’apprête à s’engager dans la descente de la côte lorsqu’en bordure de la voie opposée, elle aperçoit un cycliste inerte au sol à côté de son vélo. Rapidement, elle fait demi-tour.

Après avoir immobilisé son véhicule « sur les quatre flashes », comme elle le dira si bien, Camille accourt auprès de l’homme avec son amie. « Il y avait deux personnes avec, mais elles ne savait pas quoi faire et elles n’avaient pas de téléphone. Elles n’avaient averti personne », poursuit l’aînée des deux copines.

Pendant que cette dernière amorce les manœuvres de réanimation cardiovasculaire (RCR), Ariane appelle les secours. « Mon amie était paniquée un peu et je lui ai dit, passe-moi le téléphone », souligne Camille.

De l’aide bienvenue

Avec soulagement, les étudiantes voient du renfort arriver avant même les ambulanciers. Deux infirmières, qui passaient dans le coin par hasard, se pointent. L’une d’elle est Jessica Tremblay, qui travaille à l’urgence de l’hôpital de Baie-Comeau.

Cette dernière raconte qu’elle montait la côte du cégep en auto lorsqu’elle a vu le cycliste étendu au sol avec les deux jeunes femmes près de lui. Elle s’est évidemment arrêtée. « J’ai pris le pouls et il n’avait pas de pouls », précise-t-elle. Après être allée récupérer son masque de poche dans son véhicule, communément appelé « pocket mask », elle entreprend à son tour des manœuvres de RCR.

L’arrivée d’une deuxième infirmière permettra aux deux professionnelles de se relayer pour les manœuvres jusqu’à ce que les ambulanciers prennent en charge la victime, notamment à l’aide d’un défibrillateur.

Comme le dira Camille Desbiens-Morin, c’est un « gros travail d’équipe » qui a été réalisé dans un court laps de temps.

Une belle histoire

« C’est une belle histoire, oui, vraiment », admet aujourd’hui la vingtenaire. Pendant les deux jours qui ont suivi l’événement, elle a trouvé éprouvant d’être dans l’inconnu par rapport à l’état de santé de l’homme. « Tu te demandes si tu as fait une différence ».

Puis, quand Ariane a reçu des nouvelles par Messenger de Joanne Mallet, qui l’avisait que son conjoint, Jacques Beaudet, le cycliste concerné, avait repris conscience et l’avait reconnue, Camille a réalisé que cette différence, elle l’avait faite. « Souvent, quand on fait la réanimation, on sait qu’il peut y avoir des dommages cérébraux, car on ne sait jamais combien de temps s’est écoulé avant », précise celle qui détenait son accréditation en RCR à titre d’entraîneure de cheerleading.

Au cégep, cette technique n’est pas enseignée en première année du programme de soins infirmiers. Elle l’est plutôt au début de la deuxième année avec les apprentissages reliés aux problèmes cardiaques et aux soins d’urgence. « Finalement, ce serait peut-être utile qu’on nous la donne la première année », indique a jeune femme.

En guise de conclusion, Camille souligne comment la vie peut nous réserver des surprises parfois. « On se promenait tranquillement et je me suis ramassée à réanimer quelqu’un. »

Et, excellente nouvelle dans les circonstances, Jacques Beaudet, l’homme de 58 ans terrassé par un syndrome de la mort subite après avoir gravi la côte du boulevard Blanche face au cégep, se remet tranquillement.

» Elles m’ont sauvé la vie »

Jacques Beaudet voue une grande reconnaissance à Camille Desbiens-Morin et Ariane Desbiens. « Elles m’ont sauvé la vie », lance-t-il, en ayant également une pensée pour toutes les autres personnes qui l’ont secouru, mais dont il ne garde aucun souvenir.

Le 1er mai, le Baie-Comois prenait officiellement sa retraite de l’aluminerie Alcoa sans se douter que neuf jours plus tard, il passerait à un cheveu de trépasser. « Le syndrome de la mort subite, ils ont appelé ça comme ça », souligne le cycliste.

Oui, il ne se souvient absolument de rien, mais d’après ce que ses médecins lui ont dit, sans l’intervention rapide des secouristes, il ne serait plus là aujourd’hui pour en parler. Il réalise pleinement la chance qu’il a d’en avoir bénéficié.

« Je suis content que vous le soulignez, pour les petites filles surtout », a-t-il confié au journal Le Manic, en parlant des deux jeunes femmes qui ont été les premières à intervenir auprès de lui et qu’il compte d’ailleurs remercier en personne lorsqu’il ira mieux.

M. Beaudet poursuit son rétablissement avec les hauts et les bas que cela implique. Comme il le dira lui-même, il lui faut être patient pour remonter la pente.

Partager cet article