Une première chronique pour ma première année au journal

Par Colombe Jourdain 6:00 AM - 08 octobre 2022
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Il y a une expression qui dit : il faut savoir d’où on vient pour savoir où l’on va. Ou une autre encore : il n’est jamais trop tard pour réaliser nos rêves. Sauf si votre rêve est d’aller sur Mars. Bonne chance.

Peu importe, ces deux expressions, un peu cliché, définissent bien le long parcours qu’il m’aura fallu traverser pour enfin, à 46 ans, faire la profession que je souhaitais déjà faire quand j’étais au secondaire : journaliste.

Pourtant, ce fut l’une des décisions les plus difficiles que j’ai eu à prendre dans ma vie. Et, en même temps, l’une des plus faciles parce que tout mon être me disait de me lancer. Mais, accepter cet emploi de rêve signifiait laisser mes enfants derrière moi. De grands enfants, ils avaient 20 et 17 ans quand j’ai quitté Québec l’an passé.

L’hypersensible que je suis a pleuré toutes les larmes de son corps, pendant un mois. Déchirée. Entre rester avec mes deux grands, qui partiraient bientôt pour les études, et continuer à ne pas faire grand-chose de ma vie ou revenir chez moi, à Baie-Comeau, pour accomplir un rêve.

C’est un peu un concours de circonstances. J’allais lancer mon premier roman autoédité. Galvanisée, j’ai osé envoyer un communiqué de presse aux médias de la région. Seul Le Manic a fait un retour. J’ai donc fait une entrevue avec Charlotte Paquet. Et je pensais en même temps : j’aurais tellement dû faire ça dans ma vie!

Bizarrement, au lancement de mon roman, j’ai dit à une amie : je reviens m’installer à Baie-Comeau dans deux ou trois ans, quand mes garçons seront partis à l’université. J’ai ajouté, sans penser, mais ça pourrait arriver plus vite que prévu.

En recevant le journal, j’avais hâte de lire l’article de Charlotte. Et, quelques pages plus loin, je vois l’offre d’emploi pour un poste de journaliste au Manic. Tiraillée, j’ai envoyé mon CV. Deux semaines après, j’avais le poste et j’allais commencer le 27 septembre.

Aujourd’hui, ça fait un an. Que je fais ce métier passionnant. Que j’écris pour vivre. Pour la première fois de ma vie, je fais ce que j’aime. Je rêvais même d’être journaliste sportive. Couvrir les Nordiques. J’ai grandi avec Linda Hébert dans Lance et compte.

Alors, quand j’ai assisté à mon premier match du Drakkar comme journaliste, assise dans la galerie de presse, lors des séries éliminatoires, je me sentais comme un enfant dans un magasin de jouets.

Déjà un an. Ça n’a pas été toujours facile. Et j’apprends encore. Tous les jours. Le Manic a pris une chance avec moi. J’avais zéro expérience en journalisme et des études en littérature.

Mon boss, Steeve Paradis, m’apprend le métier. Il me pousse à sortir de ma zone de confort et à me dépasser. Il y a aussi Charlotte, avec ses trucs du métier et ses précieux conseils. Je fais encore parfois des erreurs. J’essaie de mieux puncher mes leads (le paragraphe en gras au début d’un article). De mieux titrer.

Je dois sortir de ma coquille, aller plus vers les gens. C’est un prérequis pour exercer ce métier, mais ce n’est pas naturel chez moi.

Je retrouve la fille passionnée que j’étais quand je suis partie la première fois, en 1994. La fille qui ose. Qui n’a peur de rien.

Je suis privilégiée d’être journaliste. Ça m’a permis de rencontrer ou de discuter avec des gens que j’admire, comme Sylvie Drapeau ou Natasha Kanapé-Fontaine. De poser une question au premier ministre, d’accompagner Marjo au Manoir pour une entrevue, de jaser avec Dave Morissette de son frère décédé, avec qui j’ai fait mon école primaire.

Mon emploi me permet de rencontrer aussi les gens, les organismes, les entreprises de notre région. D’y voir l’entraide et la collaboration de plusieurs entreprises dans un modèle d’économie circulaire. Ça me rend encore plus fière de Baie-Comeau.

Je ne regrette pas mon choix. Même si mes enfants me manquent. Mais je trippe fort dans cet emploi. J’espère juste être capable de le faire le plus longtemps possible, malgré des ennuis de santé.

Bref, ça fait un an. Que je vis le rêve. Et que je comprends de plus en plus d’où je viens.

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