Prévention du suicide: le CISSS promet un plan d’action rapide

Par 12:00 AM - 19 mai 2015
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Baie-Comeau ­– Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord promet un plan d’action rapide pour contrer la flambée des cas de suicide dans la région. Les travaux d’un comité d’experts en prévention du suicide de tous horizons, qui doivent se rencontrer cette semaine, permettra certainement d’en dessiner le contenu.

Charlotte Paquet

En cinq semaines, six décès par suicide sont survenus sur la Côte-Nord depuis la mi-avril. «On est préoccupés, nous aussi, par l’accroissement du nombre de suicides. Ça vient nous chercher comme personne et ensuite comme établissement. Pour nous, c’est l’occasion de réfléchir, de voir où il y a peut-être eu des relâchements ou encore de voir les améliorations à faire. C’est sûr que côté situation économique, c’est pas jojo», indique Jeannot Michaud, directeur général adjoint aux programmes sociaux et de réadaptation au CISSS.

M. Michaud insiste sur le fait que le problème actuel est multifactoriel et relie plusieurs intervenants. «On va agir à plusieurs niveaux, pas à un seul endroit. Il faut que les gens sachent à quelles portes frapper, parfois même avant d’arriver à l’hôpital. On a des ajustements à faire partout sur la Côte-Nord», ajoute-t-il, promettant aussi une mise à jour des procédures.

L’information, la clé

Le directeur général adjoint constate des lacunes dans les informations transmises au public sur les services d’aide disponibles. «On doit "réinformer" les gens pour qu’ils sachent où sont les ressources. On a arrêté d’informer les gens. On se fie qu’ils savent où aller», analyse-t-il.

La rencontre du comité en prévention du suicide doit permettre de faire le point sur la situation, sur ce qui manque, ce qui doit être peaufiné et sur un possible fil conducteur qui pourrait expliquer les six pertes de vie, selon M. Michaud

Cependant, ce fil conducteur pourrait être difficile à identifier. D’après Gladys Tremblay, directrice générale du Centre de prévention du suicide de la Côte-Nord, son organisme s’est penché là-dessus, mais n’a trouvé aucune réponse.

Fait à noter, le CISSS promet de publiciser rapidement son plan d’action.

 

Photo: Jeannot Michaud, directeur général adjoint du CISSS Côte-Nord, promet un plan d’action rapide pour freiner la tendance à la hausse des décès par suicide.

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Selon Patrick Desbiens, d’Homme aide Manicouagan

La Manicouagan vit beaucoup d’anxiété

Baie-Comeau – Tenter de comprendre pourquoi six hommes se sont enlevé la vie en cinq semaines sur la Côte-Nord est une tâche colossale. «On essaie de comprendre, mais ce qu’on sait, c’est qu’il y a beaucoup d’anxiété qui se vit actuellement dans  la Manicouagan en raison de la situation économique, du nombre de ruptures amoureuses et du haut taux de chômage», souligne Patrick Desbiens, coordonnateur d’Homme Aide Manicouagan.

Charlotte Paquet

Rappelons qu’à Baie-Comeau seulement, trois décès par suicide sont survenus de la mi-avril jusqu’à la première semaine de mai. Il s’agit de personnes qui n’étaient pas connues de l’organisme qui vient en aide aux hommes en détresse. Avant de partir à Montréal pour de la formation au début de la semaine dernière, M. Desbiens ignorait cependant que le suicide avait fait d’autres victimes ailleurs sur la Côte-Nord. Il l’a appris par Le Manic, jeudi, lors d’une demande d’entrevue.

Tout en rappelant que l’anxiété est une anticipation négative à quelque chose qui n’est pas arrivé, le coordonnateur dit constater un niveau de détresse excessivement élevé, ces temps-ci, dans la Manicouagan. «J’ai failli remettre mon voyage à Montréal, car on a vraiment une hausse de la détresse avec des cas lourds liés à des idées de suicide et même d’homicides», raconte-t-il.

Appels à l’aide

Celui qui travaille avec les hommes en détresse depuis six ans insiste plus que jamais sur l’importance de demander de l’aide. «La demande d’aide ne doit pas être vue comme un signe de faiblesse, mais bien comme un signe de courage. Il faut trouver des moyens pour la valoriser», insiste-t-il. Pour les hommes dits traditionnels, qui sont d’ailleurs nombreux sur la Côte-Nord, lancer un appel à l’aide est loin d’être naturel. De tous les hommes qui ont reçu des services de l’organisme communautaire en six ans d’existence, aucun n’est passé à l’acte. «C’est la preuve qu’avec de l’aide, on peut s’en sortir. Je le répète: "Le suicide est une solution permanente à un problème temporaire"».

Savoir reconnaître les signaux de détresse est primordial pour éviter qu’une personne passe à l’acte. L’isolement, le changement dans les comportements et l’augmentation de la consommation sont des signes à ne pas prendre à la légère, tout comme l’impatience, l’irritabilité ou l’expression du sentiment d’inutilité dans la société.

«Le but, ce n’est pas de culpabiliser les proches qui, souvent, se disent "ben non, ça n’arrivera pas. Il va s’en sortir. Pas lui…"», indique M. Desbiens. Il invite les gens à intervenir le plus tôt possible. Notons que de tous les hommes rencontrés par Homme aide Manicouagan depuis son ouverture, un sur deux l’a été à la suite de l’appel d’une femme, qu’il s’agisse de sa conjointe, son ex-conjointe, sa mère ou même sa propre fille.

 

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