Se relever les manches ensemble pour combattre le cancer – Stéphanie Tremblay

Par 12:00 AM - 20 mai 2015
Temps de lecture :

Baie-Comeau ­– En 1981, un petit garçon de cinq ans, Manuel Tremblay, de Ragueneau, a été le premier patient à participer à un traitement expérimental contre la leucémie. Il n’a pas survécu, mais des milliers d’autres malades ont guéri grâce à lui, depuis. La lutte contre le cancer doit se poursuivre et chacun peut y collaborer à sa façon, martèle Stéphanie Tremblay, la présidente d’honneur du Relais pour la vie de Baie-Comeau, de la Société canadienne du cancer, et la sœur du garçon.

Charlotte Paquet

«À partir de l’histoire de mon  petit frère, je veux montrer au monde qu’on peut changer le monde pour vrai. On n’a pas tous la même façon de le faire, mais l’important, c’est qu’on a tous la possibilité de changer quelque chose pour le cancer», explique la Baie-Comoise.

Ayant elle-même déjà combattu un cancer de la glande thyroïde, Stéphanie Tremblay a accepté la présidence d’honneur, cette année, pour montrer que la contribution à la cause peut prendre différentes formes. Son frère l’a fait à sa façon. Elle-même s’implique à sa manière. Certains recueillent des dons et marchent lors de la grande nuit du Relais pour la vie, tandis que d’autres font leur part en encourageant les participants avec leur don ou encore en multipliant les heures de bénévolat pour soutenir les personnes atteintes.

L’important, et elle insiste là-dessus, c’est de faire sa part dans la lutte contre le cancer.

«Pour mes amis»

Stéphanie Tremblay avait huit ans quand son petit frère est décédé à l’hôpital Sainte-Justine de Montréal, après plus d’un an de combat contre une forme agressive de leucémie. Les médecins lui donnaient trois mois à vivre. Avec le traitement lié à un médicament expérimental, il n’avait pas d’espoir de guérir, mais de prolonger un peu sa vie et sa qualité de vie, indique la grande sœur.

Ce fameux médicament, connu sous le nom scientifique de 5-azadéoxycytidine, testé uniquement sur des rats et des souris en laboratoire jusqu’alors, était administré à un humain pour la première fois. Le petit garçon savait qu’il allait mourir. Aussi, quand on lui a parlé de ce traitement expérimental, il a mentionné qu’il y participerait pour ses amis. «Il pensait à ses amis, il ne pensait plus à lui», évoque Stéphanie Tremblay.

À l’époque, les médias avaient amplement couvert l’histoire du petit bonhomme de la Côte-Nord. Des reportages avaient notamment été publiés dans La Presse, le Journal de Montréal et le Journal de Québec. «Ma sœur et moi, on avait visité les laboratoires et les médecins nous expliquaient que le médicament, c’était pour refaire des petits soldats à mon frère», se souvient encore la présidente d’honneur avec cette image du système immunitaire à reconstruire pour combattre la maladie.

Stéphanie Tremblay et sa grande sœur étaient compatibles pour un don de moelle osseuse à leur petit frère. Cependant, comme il n’a jamais atteint l’étape de la rémission, elles n’ont pas eu la chance de lui faire ce cadeau. Manuel est décédé dans les bras de sa mère le 1er décembres 1982, mais, avant de quitter ce monde, il a eu le temps de lancer: «Maman, c’est beau ce que je vois.»

Des vies sauvées

Aujourd’hui, ce médicament fait partie du traitement pour lutter contre de nombreux cancers, notamment de la prostate, du côlon et du sein. «Grâce à Manuel, des milliers de vies ont été sauvées depuis. C’est sûr que si ça n’avait pas été lui, ç’aurait été un autre, mais ç’a montré qu’un petit garçon de cet âge-là, un petit garçon d’un village de la Côte-Nord, a permis de sauver des vies», raconte Stéphanie Tremblay. À l’époque, rappelle-t-elle, son frère était considéré par plusieurs comme un véritable héros.

À la demande de la Société canadienne du cancer, une vidéo sur l’histoire touchante de Manuel a été tournée avec la collaboration de ses deux sœurs. Elle est diffusée sur le site Internet de la Société ainsi que sur les réseaux sociaux. À l’intérieur de la vidéo, la présidente d’honneur du neuvième Relais pour la vie de Baie-Comeau en profite pour marteler son message: «On a besoin que vous fassiez comme mon frère, mais à votre façon, pour sauver le plus de vies ensemble.»

Photo: Stéphanie Tremblay invite les gens à faire leur part pour la lutte contre le cancer, comme l’a fait son petit frère, décédé en 1982.

Partager cet article