Témoignages: la crise forestière inquiète les travailleurs

Par 12:00 AM - 12 août 2015
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Baie-Comeau – Les prochaines semaines seront difficiles pour les travailleurs de la Scierie des Outardes et de la papetière, dont le moral est grandement affecté depuis la réception de leur avis de licenciement. À l’approche de la date butoir du 14 août, Guy Bergeron et Francis Gravel nous racontent comment ils vivent cette crise.

Roxanne Simard

Guy Bergeron travaille à la Scierie des Outardes depuis 37 ans. L’insécurité liée à la crise forestière, il la vit depuis plusieurs années. Toutefois, depuis l’arrêt de la coupe en forêt par Produits forestiers Résolu et Rémabec le 19 juin dernier, rien n’a jamais été aussi inquiétant.

«Depuis 2006, à la scierie, on se demande si on va avoir encore une job. Mais là, c’est pire. Quand les travailleurs ont reçu leur lettre de licenciement, c’était comme un coup de masse. Là, c’était vraiment concret», précise-t-il.

Selon M. Bergeron, cela se fait sentir dans l’ambiance de travail à la Scierie des Outardes. «On reste motivés, mais c’est dur de se concentrer parce qu’il y a beaucoup d’inquiétudes. On ne veut pas arrêter et le chômage, ce n’est pas une option pour nous. Je me réveille des fois et j’ai des brûlements d’estomac à cause de ça… Ça me tracasse tout le temps», lance le travailleur inquiet.

Employé à l’usine à papier de Produits forestiers Résolu à Baie-Comeau, Francis Gravel vit la même chose. «On a beau se concentrer sur notre travail, ça nous revient tout le temps. On sait que les lettres de licenciement, c’est un passage obligé pour la compagnie, mais ce n’est pas pour nous motiver au travail… C’est notre professionnalisme qui nous tient!», déclare M. Gravel.

Conséquences

Ne sachant pas quand la crise se réglera, les travailleurs et leur famille vivent une insécurité sur le plan financier. Les deux hommes ont d’ailleurs remis en question leurs vacances et quelques projets, alors que certains de leurs collègues plus jeunes cherchent un emploi ailleurs.

«Il y a certains projets que l’on doit mettre sur la glace et ça va avoir un impact sur l’ensemble de la région. On commence à sentir l’hésitation des gens sur le plan économique et les choses commencent à ralentir», constate Francis Gravel.

Ce qui a aussi joué sur le moral des travailleurs depuis le début de l'année, ce sont les différentes annonces du ministre Laurent Lessard laissant croire que la crise était réglée. «C’était toujours des faux espoirs, explique M. Bergeron. Ça nous use aussi, ça…Ce n’est pas le fun.»

Garder confiance

Malgré la situation, les travailleurs restent confiants et croient qu’une entente aura lieu entre le gouvernement et les industriels de la Côte-Nord.

«Les gars gardent le cap malgré le contexte d’insécurité. Ce serait aberrant que tout le secteur de la forêt sur la Côte-Nord ferme, donc ça me redonne confiance. On voit que les élus travaillent fort pour nous et c’est sûr qu’on aimerait que la population se mobilise de nouveau. Ce n’est pas à l’avantage de personne que la scierie ferme», note Guy Bergeron.

De son côté, le travailleur de la papetière reste confiant et voit de manière encourageante les discussions en cours. Il dénonce toutefois la lenteur du gouvernement à agir. «On voit vraiment la lourdeur de la machine gouvernementale. Ça fait longtemps qu’on parle de ces problèmes-là et je trouve ça dommage de voir que l’on doit en arriver à faire des affaires de même. Ce qui m’inquiète, c’est aussi la façon dont la compagnie gère les choses. C’est une sorte de prise d’otage des travailleurs», note M. Gravel.

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