Chute des demandes d’admission en soins infirmiers – « Triste et désolant » selon le syndicat des infirmières

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 21 mars 2018
Temps de lecture :
La présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nord-Est québécois, Nathalie Savard, espère que le désintéressement des jeunes à l’égard de la profession infirmière suscitera un sentiment d’urgence au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux. Photo archives Le Manic

La présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nord-Est québécois, Nathalie Savard, espère que le désintéressement des jeunes à l’égard de la profession infirmière suscitera un sentiment d’urgence au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux. Photo archives Le Manic

Baie-Comeau – L’importante baisse de demandes d’admission en soins infirmiers pour la rentrée d’automne 2018 au cégep de Baie-Comeau ne surprend pas la présidente du syndicat des infirmières de la région. Nathalie Savard y voit là la conséquence de la détérioration des conditions de travail du personnel infirmier à la suite des compressions et des réorganisations de structures des dernières années.

Le cégep a reçu 14 demandes d’admission au premier tour des admissions, qui s’est terminé le 1er mars. C’est peu par rapport aux 21 de 2017 et aux 31 de 2016 à pareille date. Parmi les raisons envisagées pour expliquer ce désintérêt, la mauvaise presse entourant la profession n’aide pas.

« Je trouve ça triste et désolant. Mais en même temps, ça ne m’étonne pas de voir ça avec tout ce qu’on entend dans les médias et toutes les dénonciations qui se font », souligne la présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du nord-est québécois (SIISNEQ), qui représente environ 700 infirmières sur la Côte-Nord.

Elle rappelle que les conditions de travail se sont tellement dégradées dans le réseau de la santé que de plus en plus de jeunes infirmières abandonnent la profession dans les cinq premières années.

« On demande beaucoup aux infirmières en général et aux jeunes qui arrivent. On leur demande d’être bonnes tout de suite et vite, vite », note Mme Savard, soulignant au passage qu’il n’est pas rare qu’après deux ou trois ans en emploi, elles se retrouvent en congé de maladie et dénoncent leurs conditions.

Se réveiller

Jumelé à toutes les sorties publiques des derniers mois, le désintéressement à l’égard de la formation en soins infirmiers dans plusieurs cégeps du Québec (celui de Baie-Comeau n’est pas le seul) devrait sonner une cloche aux autorités au sein du ministère de la Santé. C’est du moins le souhait de la présidente.

« Il va falloir qu’on redresse la barre dans le milieu de la santé afin de rendre la profession plus attractive. Youou, on peut-tu se réveiller? », soutient celle qui insiste sur l’importance d’assurer une relève.

Questionnée quant à savoir si les infirmières ne se tiraient pas dans le pied en dénonçant sur la place publique leurs conditions de travail, si cela doit avoir pour effet d’éloigner les étudiants potentiels, Mme Savard rejette cette prétention. « Elles sont en train de rendre leur profession plus attractive », assure-t-elle au contraire.

Du côté du CISSS

Sur la Côte-Nord, 45 postes d’infirmières sont à pourvoir, selon le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS). La chute du nombre de demandes d’admission en soins infirmiers au cégep de Baie-Comeau n’est évidemment rien pour aider à contrer la pénurie.

« Cette baisse n’est pas favorable au recrutement », souligne sans surprise le porte-parole du centre, Pascal Paradis.

Lancé en prévision de la rentrée scolaire 2015, un programme incitatif de bourses destinées aux étudiants en soins infirmiers provenant de l’extérieur de la MRC de Manicouagan a été reconduit d’année en année depuis, grâce à un partenariat liant le CISSS et le cégep.

Il assure à ses récipiendaires un montant de 12 000 $ réparti par tranche de 2 000 $ par session, à la condition qu’ils s’engagent, après leur formation, à travailler en soins infirmiers localement pendant au moins un an.

Les deux partenaires poursuivent les discussions sur l’éventuelle prolongation du programme à l’automne 2018.

Partager cet article