Du minage de cryptomonnaie et plus dans l’usine désaffectée de Kruger à Ragueneau

Par Charlotte Paquet 12:00 AM - 25 mai 2018
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Jérémie Gagnon, qui tient son fils dans ses bras, et Jason Lagacé espèrent recevoir une deuxième bonne nouvelle d’Hydro-Québec, cette fois-ci pour le raccordement à la ligne de 69 kilovolts qui passe tout près de l’usine désaffectée de Ragueneau. Photo Le Manic

Baie-Comeau – Des opérations de minage de cryptomonnaie devraient s’amorcer d’ici la fin de l’été à l’intérieur du bâtiment de l’ancienne Scierie Manic à Ragueneau. Les 500 miners à acquérir dans une première phase ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan puisqu’à terme, de 50 000 à 70 000 machines pourraient produire de la monnaie virtuelle dans un bâtiment qui semble taillé sur mesure pour cette activité.

Cet immense édifice de quelque 80 000 pieds carrés est vide depuis la fermeture de la scierie du groupe Kruger en 2007. Depuis février 2018, il appartient à Jérémie Gagnon, qui l’a acquis de l’entreprise Sani-Manic, qui elle-même l’avait acquis de l’industriel forestier en 2013. La récente transaction et les travaux de rénovation nécessaires représentent un investissement de 2 M$.

En plus du minage de cryptomonnaie grâce aux 500 machines qui seront propriété de son entreprise, La Compagnie minière de Ragueneau, M. Gagnon a un très gros projet dans ses cartons pour occuper une bonne partie de son bâtiment. Il travaille à la création d’une usine d’eau embouteillée à partir d’une source située au nord de Ragueneau. Sources Côte-Nord pourrait même commercialiser son eau en 2019.

Enfin, les discussions se poursuivent aussi avec un entrepreneur de la région pour l’ouverture d’une serre sur sa propriété.
M. Gagnon compte sur la cryptomonnaie pour apporter de l’eau au moulin (sans jeu de mots) de son projet. Pour ses opérations de minage, qui de mieux que quelqu’un qui connaît ça, en l’occurrence Jason Lagacé, futur locataire d’un espace de 33 000 pieds carrés où il compte y démarrer sa propre entreprise de minage de cryptomonnaie.

Aux détracteurs de cette monnaie virtuelle qu’ils voient comme un feu de paille, les deux partenaires partagent le même avis. « C’est de la bonne paille, car ça dure depuis le 31 octobre 2008 », précise en riant M. Lagacé.

Hydro-Québec dit oui

Le 7 mai, le duo Gagnon-Lagacé a reçu une première bonne nouvelle d’Hydro-Québec : sa demande de raccordement du bâtiment du chemin d’Auteuil à la ligne électrique de 25 kilovolts (kV) a été autorisée. Et Hydro-Québec Distribution est bien informée que le courant permettra notamment des activités de minage, en plus de la réalisation des travaux de rénovation. Le projet ragueneauvien ferait partie d’une douzaine d’autres acceptés récemment et pour lesquels les demandes d’énergie ont été déposées avant le moratoire du gouvernement du Québec concernant les projets  liés à la technologie de chaîne de blocs et à la cryptomonnaie.

La deuxième demande vise le raccordement à une ligne de 69 kV. Elle demeure à l’étude par Hydro-Québec Transénergie. Cette ligne passe tout près du bâtiment et elle lui est même dédiée. Aucun autre client n’y serait branché. Une deuxième bonne nouvelle est espérée de la société d’État une fois que sera levé le moratoire.

Le raccordement ouvrirait grande la porte à M. Lagacé et un associé de Québec pour lancer leur propre entreprise de minage puisqu’elle signifierait l’accès à plusieurs dizaines de mégawatts dont la quantité demeure confidentielle. « Les quantités d’énergie, c’est quand même névralgique comme information, on ne veut pas trop s’avancer. Il y a une compétition là-dedans, il y a une game qui se joue présentement et ne veut pas trop dévoiler nos cartes », explique le Baie-Comois.

Une chose est sûre, la quantité d’énergie qu’il espère pourrait lui permettre de brancher de 50 000 à 70 000 machines. Cependant, il est évidemment prêt à prendre ce qu’on va lui offrir.

Jason Lagacé, un véritable geek, est natif de Baie-Comeau. Cet analyste informatique de 32 ans, à l’emploi du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Côte-Nord, est de retour dans sa ville d’origine depuis le début de 2016, après un passage de 10 ans à Québec pour ses études universitaires et pour y travailler. Il a découvert l’univers du bitcoin dès son apparition et a commencé à s’y intéresser l’année suivante.

Pendant son séjour dans la Vieille Capitale, il a rencontré un autre passionné comme lui de ce monde virtuel, David Fortin Dominguez. Les deux travaillent d’ailleurs ensemble dans le domaine de l’hébergement de serveurs et de la vente de matériel informatique à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec. Ils sont aussi associés dans le projet de minage de la région Manicouagan, le Québécois étant responsable des fournisseurs et des investisseurs.

Un site parfait

Selon le passionné de cryptomonnaie, le bâtiment de Ragueneau est tout simplement parfait pour des activités de minage, entre autres pour sa situation géographique à l’écart d’une zone urbaine. De plus, deux lignes électriques de 25 kV et de 69 kV le traversent et il possède son propre poste de transformation, aussi appelé sous-station, bien qu’il doive être reconstruit. « Les deux lignes, pour les investisseurs, c’est un plus », précise-t-il.

Et pour couronner le tout, il y a le climat frais de la région Manicouagan qui est prometteur d’économies en coûts de climatisation par rapport aux entreprises de minage de monnaie virtuelle d’autres régions. « On a un des meilleurs sites au Québec », insiste-t-il.

M. Gagnon renchérit en soulignant que le principal point qui joue en faveur du développement du minage de monnaie virtuelle dans l’ancienne usine de Kruger demeure le coût nul pour Hydro-Québec, qui n’aurait absolument aucun investissement à faire pour accorder l’énergie réclamée.

« On espère que le gouvernement va faire le même calcul que nous (sur les bénéfices du projet). On ne lui demande pas d’argent », note M. Lagacé, en ajoutant aussi qu’un feu vert permettrait aussi d’aider une région qui, économiquement, en a bien besoin.

D’autres sites étudiés

L’usine désaffectée n’est pas le seul site qui a retenu l’attention des partenaires d’affaires. Plusieurs espaces disponibles dans la Manicouagan ont été étudiés, notamment l’ancien local d’Acklands Grainger (acheté par GPU One pour la création d’un centre de données) à Baie-Comeau et l’ancienne usine de rabotage de Scierie des Outardes à Pointe-aux-Outardes.

« On (lui et son associé de Québec) avait notre petit projet à Québec. Ça allait bien. On commençait à regarder pour un 2 000 ou 3 000 pieds carrés, ici, pour poursuivre nos opérations. Je savais que ma région, c’était la meilleure. Je savais que c’était la meilleure place », poursuit M. Lagacé.

Le promoteur en rajoute : « Depuis que je suis tout petit que mon père me traîne sur les bassins hydroélectriques pour la pêche, la chasse ou me promener. Toute ma vie, je me suis dit crime, ça n’a pas de sens que toute cette électricité-là soit produite ici et soit si peu exploitée. »

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