Marcelline Picard-Kanapé – Une carrière politique riche et fructueuse

Par Steeve Paradis 12:00 AM - 01 août 2018
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Marcelline Picard-Kanapé (6e à partir de la gauche) pose ici en compagnie notamment de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, et du chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard. Photo Facebook

Marcelline Picard-Kanapé (6e à partir de la gauche) pose ici en compagnie notamment de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, et du chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard. Photo Facebook

Pessamit – La politique représente l’autre grand volet de l’engagement de Marcelline Picard-Kanapé. Là comme dans l’enseignement, jamais elle n’aurait pu croire qu’elle aurait connu une telle carrière.

Fille d’Adémar Picard, longtemps conseiller au conseil de bande de Betsiamites à l’époque, la nouvelle membre de l’Ordre du Canada a donc baigné toute jeune dans un environnement politique.

C’est donc tout naturellement, « comme ça, pour le fun », qu’à tout juste 21 ans, elle se présente à l’élection et elle remporte un des 12 sièges de conseiller, devenant ainsi la première femme à siéger au conseil de bande. Mme Picard-Kanapé sera aussi élue conseillère en 1966, 1976, 1978, 1980 et 2012.

La souriante dame est aussi devenue, en 1992, la première Innue à occuper le poste de chef d’un conseil de bande. Mais avant d’en arriver là, elle a mordu la poussière à deux reprises. Laissons-la raconter sa première tentative, en 1968.

« Cette année-là, on s’était présentés un groupe de jeunes. La veille de la fermeture des candidatures, notre candidat comme chef a dû se retirer », explique-t-elle en soulignant qu’après deux refus d’autres membres de prendre la relève, le groupe s’est tourné vers elle.

Avoir les couilles

« Je trouvais que ça n’avait pas de bon sens, aucune femme ne s’était jamais présentée comme chef. J’ai demandé conseil à mon père, qui m’a dit que je n’avais aucune chance d’être élue mais de me présenter quand même si j’en avais les couilles et que j’étais prête à encaisser la défaite parce que ça me ferait une expérience enrichissante. J’y suis donc allée », évoque Mme Picard-Kanapé avec un sourire.

« On a fait une campagne du tonnerre et le soir du scrutin, trois des cinq candidats comme chef ont été rapidement éliminés. La course s’est faite jusqu’à la toute fin entre Salomon Bacon et moi et c’est Salomon qui l’a emporté par 11 voix. Je n’ai pas demandé de recomptage car je ne voulais pas gagner. Je n’étais pas encore prête », lance-t-elle en ajoutant dans un éclat de rire que son père a été très étonné du résultat.

« On a besoin de toi »

Donc, l’heure de devenir chef a sonné en 1992 pour Marcelline Picard-Kanapé. La chose n’était pas préméditée, comme c’est la norme dans cette carrière hors norme.

« À l’époque, je travaillais à Sept-Îles (comme directrice de l’éducation à Uashat-Maliotenam) et un groupe de femmes est venu me chercher. « On a besoin de toi », qu’elles m’ont dit. Ce sont elles qui ont fait ma campagne. »

Le vent venait de tourner. D’ailleurs, dans la même semaine de l’élection de Mme Picard-Kanapé, première chef innue, trois autres femmes des Premières Nations ont accédé au poste de chef de leur communauté. La nouvelle élue n’a que trois membres de son équipe sur les 12 conseillers en place. Mais pour la première fois, les femmes sont majoritaires à la table du conseil.

Pour son second mandat en 1994, le nombre de conseillers passe de 12 à 6. Et ce sont six hommes qui sont élus! « Ce fut toutefois un mandat plus intéressant que le premier, mais j’étais fatiguée. J’ai perdu deux ans plus tard et pour être honnête, j’étais loin d’être déçue », confie-t-elle.

Pourquoi se représenter alors, si le cœur n’y était plus? « Une fois élue tu ne peux pas te sauver. Les gens prendraient presque pour un affront que tu te retires avant qu’eux aient choisi de te retirer », fait-elle valoir pour mettre en lumière la profondeur de son implication.

De son engagement politique, Marcelline Picard-Kanapé se rappelle ses efforts pour que la place de la femme dans la société soit la même que l’homme. « Je crois aussi que j’ai surtout envoyé le message aux femmes innues de se présenter aux élections et de faire valoir leur place », soutient en terminant la toute récente membre de l’Ordre du Canada, aujourd’hui âgée de 77 ans.

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