Briser les tabous de la santé mentale chez les ados

Par Charlotte Paquet 8:46 AM - 03 mai 2019
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Annie-Claude Simard et Charles Smith ont rencontré 400 adolescents de troisième et quatrième secondaire à Baie-Comeau, la semaine dernière, afin de leur parler de santé mentale et les inciter à aller chercher de l’aide au besoin. On aperçoit les deux animateurs avec des étudiants à la polyvalente des Baies. Photo Le Manic

Baie-Comeau – Quatre cents adolescents de Baie-Comeau se sont fait parler de santé mentale en général et de dépression en particulier, cette semaine, à l’occasion d’une tournée réalisée aux deux ans sur la Côte-Nord par la Fondation Jeunes en tête.

Si les sujets peuvent paraître lourds et arides de prime abord, Annie-Claude Simard et Charles Smith, les deux représentants du programme Solidaires pour la santé mentale, réussissent à capter l’intérêt des jeunes en les impliquant dans l’animation sur le thème La dépression est réversible. C’est ce qu’ils ont fait avec leur auditoire composé d’étudiants de troisième et quatrième secondaire de l’école secondaire Serge-Bouchard et de la polyvalente des Baies.

« Plus jeunes les ados sont informés et plus rapidement ils peuvent aller chercher de l’aide », explique l’animatrice. Elle rappelle que des études ont prouvé que 50 % des maladies mentales commencent avant l’âge de 14 ans et 75 % avant 21 ans, d’où l’importance d’agir tôt. Et, dans la majorité des cas, ce sont des dépressions que les jeunes vont vivre.

En démystifiant la dépression, ses causes, ses manifestations, les deux animateurs veulent outiller les jeunes afin qu’ils puissent identifier les passages difficiles qu’ils peuvent vivre, eux ou des proches, afin d’être capables ensuite d’aller chercher de l’aide. Les façons de faire pour y parvenir sont abordées en fin d’atelier, que ce soit les ressources à l’école ou celles à l’extérieur.

Raisons multiples

Les raisons qui amènent un adolescent à sombrer dans la dépression sont multiples. Selon Annie-Claude Simard, il n’y a pas une cause, il y en a plusieurs. Oui, l’hérédité peut jouer un rôle, tout comme le milieu social, mais il y a plus.

« C’est plusieurs facteurs qui vont avoir un impact les uns sur les autres. Parfois, on n’est pas capable d’identifier la cause. Parfois, un jeune est bien entouré, a des amis, des bonnes notes, mais il ne va pas bien quand même », admet-elle.

La multiplication des histoires de détresse chez les ados au fil du temps, l’animatrice l’explique par les recherches plus nombreuses qu’avant sur la santé mentale en général. « Les problèmes de santé mentale sont là depuis toujours, sauf que maintenant, on est plus informés. Il y a ça qui joue. »

Briser des tabous

Par l’entremise du programme Solidaires pour la santé mentale, la Fondation Jeunes en tête veut avant tout briser les tabous et pouvoir parler de santé mentale de façon ouverte.

« Les jeunes ont peur du jugement, peur de passer pour faible ou de décevoir leur entourage. Nous ce qu’on veut, c’est briser ça », poursuit Annie-Claude Simard en mentionnant que parfois, à la fin des ateliers, des jeunes interpellent les animateurs pour leur confier ce qu’ils vivent.
On pourrait être porté à croire que les garçons sont moins enclins à participer aux animations et à s’exprimer, mais ce n’est pas le cas.

D’ailleurs, à la polyvalente des Baies jeudi dernier, des quatre premiers jeunes à avoir répondu aux questions des animateurs sur la santé mentale, trois étaient des garçons.

La dépression demeure l’une des principales causes du décrochage scolaire et du suicide chez les jeunes. C’est d’ailleurs le suicide de cinq adolescents, qui ne se connaissaient pas, dans la région de l’Estrie qui est à l’origine de la création du programme Solidaires pour la santé mentale en 1998.

À ce jour, la Fondation Jeunes en tête a ainsi visité 24 établissements de la Côte-Nord et sensibilisé 16 000 jeunes et adultes. La semaine prochaine, les deux animateurs livreront leur message à l’école Manikoutai à Sept-Îles et la semaine suivante,  au Centre éducatif l’Abri à Port-Cartier.

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