Faire contre mauvaise fortune bon cœur

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Par Lisianne Tremblay
Faire contre mauvaise fortune bon cœur
Dans les prochains jours, les prochaines semaines, on se rendra compte sans doute que la vie, au final, est assez simple.

Par Brigitte Lavoie

Nous sommes riches de liberté. Tous les jours, sans se poser de question, nous allons ici et  là, n’ayant comme seul ennemi que nous-mêmes. Et voilà qu’un virus se pointe là-bas, et aussi là-bas, et finalement ici, nous contraignant à vivre à un autre rythme, à changer nos habitudes, à penser réellement aux autres, pour de vrai, même aux inconnus, et à mettre en veille ce qui dicte normalement nos vies et qui s’appelle notre liberté individuelle.

Personnellement, c’est lorsque le gouvernement a ordonné dimanche la fermeture des stations de ski que mon sentiment de liberté individuelle en a pris pour son rhume.

Pas de Grand-Fonds alors que les enfants sont en congé pour deux semaines et qu’on a de la neige jusqu’au ciel? Et pas de bibliothèque municipale? Zut de flûte…

Les loisirs communautaires, disons que c’est mon papier de toilette à moi; tant qu’il y en a de disponible et d’accessible, je me sens rassurée. Chacun ses lubies.

En fait, la maladie en général est une grande leçon d’humilité. Et quelle grande leçon d’humilité que celle du coronavirus. Elle ramène tout un chacun ici à l’essentiel: la vie d’abord, le reste ensuite.

Tout le reste, ensuite. Les grands événements comme le Salon de l’habitation? Non essentiel. Le Canadien de Montréal et tous les sports professionnels? Non essentiel. La salle d’entraînement, la piscine et la bibliothèque municipale, les cours de danse, de karaté, le volleyball scolaire, le hockey mineur, le spectacle de patin, les clubs de bridge, les soirées de l’Âge d’or? Non essentiel! Les écoles, les services de garde? On fait sans. Les assemblées générales annuelles d’entreprises ou d’organisme? Ça peut attendre. Les voyages et la cabane à sucre? Oui, c’est agréable, mais non, ce n’est pas essentiel. Même l’économie se met sur pause, c’est tout dire.

Depuis presque une semaine déjà, le premier ministre François Legault pilote la décroissance de notre liberté québécoise d’un ton ferme et martèle d’écouter les consignes. Il y a un plan et il faut le suivre.

Chaque jour, M. Legault et le Dr Horacio Arruda, le directeur national de la Santé publique, énumèrent tout ce qu’il faut « discarter » de nos vies pour aplanir la courbe de la propagation du virus. Et les directives, elles sont les mêmes pour tout le monde, que tu habites l’Abitibi, Charlevoix, la Côte-Nord ou le centre-ville de Montréal. Avec le coronavirus, il n’y a pas de si et de peut-être. Tout le monde écoute sinon tout le monde y goûte.

Ce que nous vivons est historique. Et par ses directives claires, exigeantes et courageuses, le gouvernement québécois démontre qu’il est possible d’avoir un certain contrôle sur le navire à l’approche de la tempête. La tempête va quand même frapper. Ça va brasser, c’est clair. Mais il faut être prêts. Faisons pour le mieux.

À ce stade-ci, notre société de consommation et de performance en prend elle aussi pour son rhume. Grand bien nous fasse. Une petite introspection sur nos habitudes de consommation est essentielle. Tout comme sur nos sources d’information.

Il a fallu que des gens se ruent dans les magasins mus par des mouvements de foule non fondés pour que nous prenions conscience que nos angoisses de Canadiens gâtés alimentés aux rumeurs de réseaux sociaux sont ridicules. Qu’on ne connait rien à l’industrie locale du papier hygiénique, sur les activités de l’entreprise Cascade et sur les méthodes d’approvisionnement des stocks en épiceries.

Qu’on pense que nous pourrions manquer de nourriture alors que, par exemple, les œufs, le lait et le poulet sont ici sous gestion de l’offre et que la production est fixée selon les besoins de la consommation canadienne démontre notre incompréhension du système en place et notre déconnexion du milieu agricole québécois. Sans compter qu’ici, personne ne nous bombarde.

Oui, ce que nous vivons est historique. Et les leçons que nous en tirerons, comme société, comme consommateur, comme citoyen et comme être humain pourraient l’être aussi. Dans les prochains jours, les prochaines semaines, on se rendra compte sans doute que la vie, au final, est assez simple.

Faire contre mauvaise fortune bon cœur, c’est être raisonnable et se contenter de l’essentiel lors d’une période difficile. Et du coup, pourquoi pas, prendre conscience que même en situation exceptionnelle d’austérité, nous sommes encore une société privilégiée, organisée et extrêmement riche.

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