Chronique d’un rire mal placé

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Par Johannie Gaudreault
Chronique d’un rire mal placé

En ce troisième mois de pandémie mondiale, j’ai découvert que je ne réalise pas encore l’ampleur du fléau qui nous afflige tous, humains vivant sur la planète Terre.

Malgré mon empathie pour les proches qui ont perdu un être cher et ma conscientisation aux mesures sanitaires, je me crois loin de la crise, en sécurité, dans ma petite région éloignée. Voici pourquoi.

Lors d’une balade en voiture, sur mon heure de dîner, je me suis littéralement étouffée de rire. Mon regard a croisé celui de la conductrice circulant à mes côtés, en sens inverse, qui arborait un couvre-visage, seule dans sa petite compacte des années 2000.

Mon cerveau, empli d’imagination, m’a fait réalisé le non-sens de cette scène, qui aurait été considérée absurde trois mois plus tôt.

Suis-je dans un film de science-fiction ou dans la feu série Épidémie? Quelques secondes plus tard, mes cellules attitrées à la mémoire m’ont rappelé la crise actuelle, le nombre de décès par jour, la situation des CHSLD, le Dr Arruda qui s’excuse pour avoir dansé sur les médias sociaux…

Mon rire s’est estompé, vous comprendrez. La réalité des régions amène une insouciance, un je m’en foutisme, dont je plaide coupable.

Moi la journaliste aguerrie, qui suit tous les points de presse gouvernementaux, qui est informée et éduquée, j’ai émis un rire inapproprié en apercevant une dame, bien conscientisée, masque au visage dans sa voiture. Je ne suis pas fière.

Au lieu de rire à gorge déployée, j’aurais dû pleurer comme une Madeleine. Comme tous ceux qui ne prennent pas au sérieux cette pandémie.

Les hommes qui n’ont peur de rien, les femmes qui n’en peuvent plus d’être confinées à la maison avec leurs enfants, les aînés qui se pensent des super héros et qui vont faire leur « social » malgré les consignes sanitaires.

Ce sont d’eux que nous devrions rire. Ce sont eux que nous devrions pointer du doigt. Pas la petite madame masquée qui se sent en sécurité dans sa voiture.

Officiellement, via cette chronique d’un rire mal placé, je souhaite m’excuser chère dame. C’est vous qui auriez dû rire de moi.

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