La Commission d’examen sur l’assurance-emploi s’est arrêtée à Baie-Comeau

Par 12:00 AM - 06 septembre 2013
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Baie-Comeau – La voix des Nord-Côtiers s’est faite entendre à Baie-Comeau, le 3 septembre, à l’occasion de la consultation publique de la Commission d’examen sur l’assurance-emploi, alors que plusieurs instances publiques ou privées ainsi que des individus ont déploré les modifications apportées au régime depuis le 6 janvier, changements qu’ils qualifient tous de saccage.

Julie-Andrée Verville

Pas moins de sept personnes et groupes ont pris la parole devant la Commission, lors de cette consultation publique. La Conférence régionale des élus (CRÉ) de la Côte-Nord, à titre d’organisation régionale, a partagé son point de vue, qui fait écho à plusieurs autres instances du territoire. Elle a mentionné les particularités socioéconomiques de la région et les conséquences des changements apportés au régime, en précisant certains territoires plus particulièrement touchés, notamment la Basse-Côte-Nord, la Minganie et la Haute-Côte-Nord, qui sont déjà en écart avec le reste de la région et du Québec quant au développement économique. La CRÉ a souhaité présenter les secteurs d’activité affectés, qui sont surtout le tourisme, la pêche maritime, l’aménagement forestier, le transport routier, le commerce de détail et la transformation alimentaire, pour finalement faire quelques recommandations.

«L’emploi saisonnier se vit un peu partout dans la région, mais est concentré dans les territoires les plus précaires sur le plan économique […] La réforme ne fera qu’accroître les difficultés économiques et accentuer la dévitalisation de ces secteurs. Le gouvernement canadien devrait se concentrer sur la diversification des milieux», a soutenu le président de la CRÉ, Julien Boudreau.

La Conférence a notamment suggéré de faire le redécoupage des régions administratives pour que certaines MRC plus affectées soient jumelés à des régions dont le profil socioéconomique est semblable, une demande confortée par les autres groupes et individus qui ont pris la parole plus tard.

«Nous dénonçons vigoureusement le fait que cette façon de maquiller la réalité des régions les plus affectées par le chômage, en jumelant ces dernières à des régions plus favorisées, n’a pour objectif ultime que de faire bien paraître le gouvernement fédéral vis-à-vis l’électorat et les diverses instances internationales, en affichant un taux de chômage national inférieur à la réalité», a d’ailleurs souligné le représentant du Conseil de la Première Nation des Innus d’Essipit, Marc Chaloult.

Mesures considérées illégales

La communauté d’Essipit a transmis un mémoire, affichant des demandes conjointes avec Action chômage Haute-Côte-Nord. Ensemble, ils ont sollicité une réintroduction des mesures transitoires et des projets-pilotes ainsi que l’adoption d’une charte de l’industrie saisonnière. Ces derniers ont également recommandé à la Commission d’entreprendre des démarches juridiques pour contester la légalité de la réforme de la Loi sur l’assurance-emploi, jugeant illégal de diviser en catégories les prestataires du régime.

Les deux groupes ont finalement accusé le concept «d’emploi convenable» qui fait en sorte que la personne en chômage doive se conformer à des règles de recherche d’emploi qui forcent les travailleurs à accepter des postes permanents rémunérés à 70 % de leur salaire, en indiquant qu’il s’agit d’une mesure punitive, qui les oblige à quitter leur région.

Inquiétudes économiques

Parmi les autres acteurs qui ont pris la parole, on retrouvait la préfet de la MRC de la Haute-Côte-Nord, Micheline Anctil, et celle de la Manicouagan, Arlette Girard, qui ont aussi tenu à apporter leur avis devant les commissaires. Elles ont exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis le nouveau régime, ses lacunes et ses conséquences sur les régions. La perte de travailleurs expérimentés en raison de la privation de prestations de ses ouvriers saisonniers a également été soulevée par le représentant du Centre sylvicole de Forestville, Dany Paquet.

Un témoignage d’une travailleuse de l’entreprise Crabiers du Nord a été lu par l’un des commissaires. Celle-ci constatait les difficultés engendrées par le «trou noir», vécu entre la fin des prestations et le début du travail. De leur côté, le président de la CSN Côte-Nord, Guillaume Tremblay, et le président du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Côte-Nord (CSQ) ont relevé que, parmi leurs membres, non seulement les travailleurs saisonniers étaient touchés «de plein fouet», mais également ceux occasionnels. «C’est un régime auquel les travailleurs contribuent financièrement, mais qui ne les protège plus. La réforme touche tout le monde, les prestataires directement et ceux qui n’y ont pas recours, car ceux qui travaillent à l’année perdent des services en raison des effets pervers de la dévitalisation que cause le régime», a indiqué M. Tremblay.

 

Photo : Line Sirois, d’Action chômage Haute-Côte-Nord, et Marc Chaloult, représentant du Conseil de la Première Nation des Innus d’Essipit, ont soulevé certains aspects de la réforme de l’assurance-emploi qu’ils jugent illégaux, demandant à la Commission d’entreprendre des démarches juridiques pour contester la légalité du régime. (Le Manic)

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